Benny Gantz, le général qui défie Netanyahou

Benny Gantz a dévoilé son programme électoral mardi soir dans un discours rassembleur et patriotique où il a cherché à se démarquer du Premier ministre sortant Benjamin Netanyahou. ©EPA

Intransigeance sur la sécurité d’Israël, rectitude en politique: le général Benny Gantz, concurrent sérieux et jusqu’alors énigmatique de Benjamin Netanyahou aux législatives du 9 avril, a lancé sa campagne.

Personnalité populaire et respectée en tant qu’ancien chef d’état-major de Tsahal, la puissante armée israélienne, Benny Gantz, 59 ans, se pose désormais comme le principal rival du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou pour l’élection législative du 9 avril. "Bibi" (le surnom de Netanyahou), en poste depuis une décennie, reste, selon les analystes, le mieux placé pour former un gouvernement. Mais l’ombre d’une inculpation plane dans plusieurs affaires de corruption présumée. Les sondages élèvent Gantz au statut de deuxième personnalité la plus à même d’exercer les fonctions de chef de gouvernement.

Depuis qu’il s’est lancé en politique en fondant le parti Résilience pour Israël, le général à la retraite restait très flou sur ses intentions. Mardi soir, il a levé un coin du voile en lançant sa campagne et en révélant son programme électoral.

Aucune concession aux Palestiniens

Dans un discours rassembleur et patriotique le plaçant à la droite du centre, il a ainsi rejeté tout retrait du plateau du Golan annexé par Israël, de la vallée du Jourdain en Cisjordanie occupée, ou encore de Jérusalem-Est annexée, dont les Palestiniens veulent faire la capitale de l’Etat. Jérusalem, y compris la partie orientale annexée et occupée, "restera à jamais la capitale" d’Israël et les grands blocs de colonies existants seront "renforcés", a-t-il prévenu.

"Il n’y a pas de pitié pour les faibles. Seuls les forts survivent."
Benny Gantz
Candidat aux élections du 9 avril

"Le gouvernement fera tout son possible pour la paix". Mais, au Proche-Orient, "il n’y a pas de pitié pour les faibles. Seuls les forts survivent", a-t-il résumé.

Sur l’Iran, le grand ennemi d’Israël, celui qui fut chef d’état-major de 2011 à 2015 s’est adressé au président Hassan Rohani: "J’œuvrerai contre vous sur la scène internationale, sur le terrain économique et sur le terrain militaire. Et si vous ne comprenez pas le message transmis en paroles, vous le comprendrez par la force de coups douloureux et précis."

"Mains propres"

Alors que des commentateurs jugeaient probable qu’il accepte de servir de ministre de la Défense dans un éventuel nouveau gouvernement de Netanyahou, Gantz est resté ambigu sur cette éventualité. "La simple idée qu’un Premier ministre puisse exercer le pouvoir alors qu’une inculpation est présentée contre lui me semble ridicule, cela n’arrivera pas, a-t-il déclaré. J’ai les mains propres, je ne dois rien à personne et mon gouvernement fera preuve de zéro tolérance envers toute forme de corruption."

Benny Gantz, un parachutiste aux yeux clairs, mâchoire carrée et visage impassible ou indolent selon les points de vue, est l’un des personnages les plus éminents dans un pays confronté à de nombreuses menaces et où l’armée joue un rôle fédérateur.

Mardi soir, il a annoncé une alliance avec Moshé Yaalon, un ancien chef de l’armée et ex-ministre de la Défense réputé très à droite, renforçant ainsi le volet sécuritaire de sa candidature.

Un sondage indiquait la semaine passée que le parti de Gantz pourrait devenir la deuxième force à la Knesset, le Parlement, avec 15 sièges sur 120, derrière le Likoud de Netanyahu, crédité de 31 sièges.

Faits d’armes

Aux yeux de nombreux Israéliens, les services de Gantz sous l’uniforme, bien connus de l’opinion, sont comme un résumé de l’histoire militaire nationale, des guerres du Liban à celles de Gaza, en passant par les soulèvements palestiniens. Avant son discours de mardi soir, Gantz avait ainsi surtout revendiqué ses faits d’armes de soldat, notamment dans des vidéos publiées la semaine dernière. Trois de ces vidéos lui attribuent l’élimination en 2012 d’Ahmed Jaabari, chef militaire du Hamas, celle de 1.364 "terroristes" en 2014, lors de la deuxième opération qu’il a commandée dans l’enclave palestinienne, et enfin la destruction de 6.000 cibles à Gaza, renvoyant certains secteurs de la ville "à l’âge de pierre". Ces vidéos se concluent par son slogan "Seuls les forts l’emportent".

Ces clips ont suscité l’indignation ou des sarcasmes de ceux qui ont rappelé la mort de centaines d’enfants palestiniens à Gaza en 2014.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect