Dernier souffle d'une économie libanaise à l'agonie

Mardi, une explosion a détruit le port de Beyrouth et fait des milliers de blessés. Le désastre se rajoute à l'agonie économique du pays. ©Photo News

Alors que le Liban est en pleine crise économique, l'explosion du port de Beyrouth a balayé la capitale et mis à genoux l'économie.

Mardi, une double explosion a soufflé la capitale libanaise. Les 2.750 tonnes de nitrate d'ammonium, source de l'accident, ont rasé le port de Beyrouth et endommagé plus de la moitié de la ville. Déjà au bord de l'implosion, l'économie du pays est à genoux.

Trois fois plus petit que la Belgique, le pays dépend énormément de ses importations. "Le Liban importe près de 85% de ses denrées alimentaires; les graves dégâts subis par le port de Beyrouth – le plus important du pays – risquent de rendre inaccessibles au peuple les denrées alimentaires", explique le Programme alimentaire mondial.

Depuis plusieurs mois, la situation économique du Liban se détériore et devient critique. Depuis l'année dernière, le pays est entré dans une récession massive. La Banque mondiale estime un recul de -11% de la croissance économique du pays.

170%
La dette publique du liban par rapport à son pib

Sa dette publique a atteint plus de 170% de son PIB. Record intenable: le Liban avait annoncé en mars ne plus pouvoir payer les intérêts mensuels afin "d'éviter l'hémorragie". Depuis, les négociations avec le Fond monétaire international (FMI) n'aboutissent pas. La raison? Les responsables politiques ne feraient aucun effort pour redresser la situation. Plus les réformes attendent, plus le gouffre économique engloutit le pays.

Les prix flambent...

Fin 2019, l'annonce de l'instauration d'une taxe sur les appels en ligne (WhatsApp) devient la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Les Libanais sont en colère, ils n'en peuvent plus. Ils obtiennent l'annulation de la taxe, ainsi que la démission du Premier ministre en place à l'époque. Mais, depuis, la situation ne s'est pas améliorée.

+ 97%
L'inflation en UN an au liban

En l'espace d'un an, le niveau des prix a doublé dans le pays. L'augmentation est telle que certains prix ne sont plus affichés dans les magasins afin de ne pas avoir à les adapter tous les jours. "Le prix du panier alimentaire mensuel – c'est-à-dire une sélection de produits alimentaires de base dont une famille a besoin – a plus que doublé au cours des six derniers mois", alerte le Programme alimentaire mondial.

Dur de payer cette augmentation avec un salaire moyen qui s'effondre de 950€ à 770€. Les Libanais crient leur colère et demandent de l'aide. Aujourd'hui, plus de 45% de la population vit sous le seuil de pauvreté et plus de 35% est au chômage.

Si les prix explosent, c'est en réalité parce que la livre libanaise est en plein effondrement. L'économie étant très dépendante des importations et du dollar, la dépréciation de la monnaie libanaise a fait gonfler les prix.

... les économies fondent

Depuis plusieurs mois, la livre libanaise, officiellement fixée au dollar, perd en valeur sur les marchés parallèles. En novembre dernier, une perte de confiance dans le système bancaire a créé une ruée vers les banques afin de retirer des dollars. Des taux anormalement hauts, allant jusqu'à +20%, sont à l'origine de l'inquiétude vis-à-vis du système financier.

Les banques ont d'abord limité, puis interdit, les retraits en dollars, ainsi que les transactions de devises. Aujourd'hui, les Libanais ne peuvent retirer que quelques centaines d'euros par semaine. Le cours de la livre libanaise a depuis franchi les 9.000 pour un dollar, soit 6 fois le taux officiel.

Dans les rues, les slogans appelant à libérer les retraits et les transactions continuent. Pour le moment, les Libanais sont contraints à voir la valeur de leurs économies disparaître jour après jour.

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