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Désormais maîtres de l'Afghanistan, les talibans tentent de rassurer

©AFP

Les talibans ont essayé d'apaiser les craintes d'une partie de sa population et des puissances étrangères quant à leur future gestion du pays, mais la situation demeure chaotique.

Alors que les États-Unis et d'autres États occidentaux procédaient toujours à des évacuations dans le chaos à partir de l'aéroport de Kaboul, Zabihullah Mujahid, porte-parole des talibans, prenait la parole pour la première conférence de presse du mouvement, deux jours après avoir pris le contrôle de la capitale afghane.

"La guerre est terminée, tout est pardonné."
Zabihullah Mujahid
Porte-parole des talibans

Le ton de l'allocution se voulait plutôt rassurant. "La guerre est terminée, (le leader des talibans) a pardonné tout le monde", a déclaré le responsable. Un message qui se veut cohérent avec ceux délivrés depuis ce week-end. Plus tôt dans la journée, les talibans avaient annoncé une "amnistie générale" pour tous les fonctionnaires d'État, appelant chacun à reprendre ses "habitudes de vie en pleine confiance".

Malgré les assurances des talibans, certaines informations semblaient suggérer qu'ils continuaient à rechercher des responsables gouvernementaux, un témoin racontant que des islamistes étaient entrés dans la maison d'un de ces officiels pour l'emmener de force.

Quelle place pour les femmes?

Les nouveaux maîtres de l'Afghanistan se sont également exprimés sur la place que les femmes seront amenées à prendre dans le "nouveau" pays. Suhail Shaheen, porte-parole du bureau politique des talibans à Doha, a indiqué à Sky News que le port de la burqa, un voile intégral, ne serait pas obligatoire pour les femmes car "il existe différents types de voile".

"Nous nous engageons à laisser les femmes travailler dans le respect des principes de l'islam."
Zabihullah Mujahid
Porte-parole des talibans

Pendant leur premier règne entre 1996 et 2001, les talibans ont mis en place une politique particulièrement violente et discriminatoire à l'égard des femmes, inspirée d'une lecture ultrarigoriste de la loi islamique: elles ne pouvaient ni travailler, ni étudier, ni sortir sans être accompagnées d'un "mahram", un chaperon masculin de leur famille. Les flagellations et les exécutions, y compris les lapidations pour adultère, étaient pratiquées sur les places des villes et dans les stades.

"Nous nous engageons à laisser les femmes travailler dans le respect des principes de l'islam", s'est contenté de déclarer Zabihullah Mujahid.

Réactions internationales

La journée de mardi a également vu le retour du mollah Abdul Ghani Baradar à Kandahar. Cofondateur et numéro 2 des talibans, il dirigeait le bureau politique de l'organisation depuis le Qatar et devrait être appelé à de hautes fonctions dans l'appareil afghan.

Face au discours apaisant des talibans, plusieurs pays, dont la Chine et la Russie, qui n'ont pas fermé leurs ambassades, ont indiqué leur volonté de normaliser les relations avec les nouveaux maîtres du pays.

Une position qui n'est pas partagée par les puissances occidentales. Joe Biden, violemment critiqué pour la débâcle qui met un terme à la plus longue intervention militaire à l'étranger de l'histoire des États-Unis, a défendu bec et ongles la décision de retirer les troupes américaines du pays.

Joe Biden ne regrette aucunement le retrait des troupes américaines d'Afghanistan. ©Photo News

Le porte-parole du département d'État a quant à lui indiqué que les États-Unis pourraient reconnaître un gouvernement taliban s'il "préserve les droits fondamentaux de son peuple (…) y compris de la moitié de sa population - ses femmes et ses filles", et qu'il "n'offre pas de refuge aux terroristes".

"L'Union européenne devra parler aux talibans car ils ont gagné la guerre."
Josep Borrell
Chef de la diplomatie des 27

L'Europe, dont l'attentisme dans le conflit au cours des vingt dernières années a également été fustigé, semble prendre une position pragmatique. Josep Borrell, le chef de la diplomatie des 27, a estimé que l'Union européenne "devra parler" aux talibans "aussi vite que nécessaire", car ces derniers "ont gagné la guerre" en Afghanistan.

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan, s'est quant à lui dit mardi particulièrement préoccupé par la situation en Afghanistan, évoquant des crimes et des exécutions en guise de représailles pouvant relever de violations du droit international humanitaire.

Évacuation toujours chaotique

Les vols militaires d'évacuation de diplomates et de civils ont repris mardi à Kaboul, après avoir été interrompus lundi. En Belgique, un Falcon 7-X de la Défense a quitté le pays vers 16h avec une équipe de préparation et une équipe consulaire à son bord. Deux C-130 et un A400M devraient le suivre dans le cours de la soirée.

Des Afghans qui ont un lien avec la Belgique seront également du voyage, qu'il s'agisse de partenaires afghans d'un ressortissant belge, d'enfants ayant un parent belge, d'interprètes ayant assisté les militaires qui ont été en opération en Afghanistan ou d'employées d'organisations belges de défense des droits des femmes, selon Sammy Mahdi, le secrétaire d'État à l'Asile. "Pour les Afghans évacués par la Belgique, je fournirai un visa humanitaire. C'est un devoir moral", a-t-il ajouté.

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