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Disparition de Khashoggi: Riyad rejette les menaces de sanctions

Jamal Khashoggi ©AFP

L'Arabie saoudite a prévenu dimanche qu'elle riposterait à toute sanction économique qui pourrait lui être infligée dans le cadre de l'affaire de la disparition du journaliste dissident Jamal Khashoggi. Une allusion à peiine voilée à la production de pétrole. Paris, Londres et Berlin réclament des éclaircissements rapides.

Riyad a promis dimanche des représailles si des sanctions étaient prises à son encontre, au lendemain de menaces du président américain Donald Trump évoquant un "châtiment sévère" pour l'Arabie saoudite si sa responsabilité était avérée dans la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

Cette disparition au retentissement planétaire pourrait avoir un impact significatif sur le programme de réformes, notamment économiques, mises en avant par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Dimanche, la Bourse de Riyad a accusé une baisse de plus de 7%, face aux possibles répercussions de l'affaire.

La veille, dans un entretien à la chaîne de télévision CBS, le président américain Donald Trump, grand allié de l'Arabie saoudite, a pour la première fois haussé le ton, après avoir jugé possible l'implication de Riyad dans le sort de Jamal Khashoggi, entré le 2 octobre dans le consulat de son pays à Istanbul pour ne plus réapparaître depuis.

Si Riyad est responsable, il y aura "un châtiment sévère", a ajouté Donald Trump.

Riyad, qui dément catégoriquement toute implication dans l'éventuel meurtre du journaliste -- exilé aux Etats-Unis depuis 2017--, a de son côté dit "rejeter entièrement toute menace ou tentative de l'affaiblir, que ce soit via des menaces d'imposer des sanctions économiques ou l'usage de pression politique".

Si des sanctions sont appliquées, le royaume répondra avec "de plus grandes" sanctions, a déclaré un haut responsable saoudien, citée par l'agence officielle SPA, sous le couvert de l'anonymat. "L'économie du royaume a un rôle vital et d'influence pour l'économie mondiale", a-t-il mis en garde. Une allusion à la production de pétrole que Riyad a déjà dû augmenter pour compenser la baisse des exportations de brut iranien sous l'effet du rétablissement des sanctions américaines.

La Bourse de Riyad a fortement dévissé dimanche, enregistrant sa plus grave dégringolade en trois ans, les investisseurs saoudiens réagissant principalement aux propos de Donald Trump.

Investisseurs échaudés

Samedi, Ankara a reproché à Riyad de ne pas coopérer, et notamment de ne pas laisser les enquêteurs accéder au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul.

Des responsables turcs ont affirmé que le journaliste y avait été assassiné par des agents saoudiens. Riyad affirme qu'il a quitté le bâtiment.

Une délégation saoudienne devait s'entretenir à Ankara avec des responsables turcs dans le cadre de l'enquête sur le meurtre de Jamal Khashoggi.

Samedi, le ministre saoudien de l'Intérieur, Abdel Aziz ben Saoud ben Nayef, cité par l'agence SPA, a dénoncé de "fausses accusations contre l'Arabie saoudite".

Alors que les investisseurs s'enthousiasmaient encore il y a quelques semaines des pharaoniques projets économiques du prince héritier Mohammed ben Salmane, dit "MBS", l'affaire Khashoggi semble en avoir refroidi certains.

"Il y a une sorte d'incertitude autour de la situation concernant la disparition de (Jamal) Khashoggi, qui provoque la chute du marché", a déclaré à l'AFP Mohammed Zidan, analyste en stratégie pour Thinkmarket à Dubaï.

Le milliardaire britannique Richard Branson a annoncé geler plusieurs projets dans le royaume.

Autre contrecoup de l'affaire Khashoggi, plusieurs partenaires prestigieux ont annoncé ne plus participer au "Davos du désert", la deuxième édition de la conférence "Future Investment Initiative", qui doit se tenir du 23 au 25 octobre à Riyad.

Cher à MBS, l'événement est boudé notamment par des médias, comme le Financial Times, The New York Times et The Economist, mais aussi le patron de la société de VTC Uber.

Du côté du camp saoudien, un puissant hommes d'affaires émirati, Khalaf Al-Habtoor, a enjoint les pays du Golfe et les alliés de Riyad à boycotter les entreprises qui se désolidarisaient de ce rendez-vous.

"Le fait que des participants de premier plan (...) se retirent a aussi eu un impact négatif sur l'attitude des investisseurs" dimanche, a ajouté l'analyste Mohammed Zidan.

De leur côté, Londres, Paris et Berlin ont publié dimanche une déclaration commune adressée aux autorités saoudiennes demandant à ce que "la lumière soit faite" sur la disparition de Jamal Khashoggi.

"Défendre la liberté d'expression et une presse libre, et assurer la protection des journalistes sont des priorités essentielles pour l'Allemagne, le Royaume-Uni et la France", ont déclaré dans un communiqué commun les ministres des Affaires étrangères des trois pays, Heiko Mass, Jeremy Hunt et Jean-Yves le Drian.

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