En Syrie, une "pause" fragile

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Turcs et Américains se sont mis d’accord pour une trêve de 5 jours de l’opération militaire turque au nord de la Syrie. Celle-ci résoudra-t-elle le conflit? Rien n’est moins sûr.

Après plus de quatre heures de réunion tendue jeudi entre la délégation américaine et les autorités turques à Ankara, la nouvelle d’une "pause" dans l’offensive militaire turque en territoire syrien a pris tout le monde de vitesse. Même l’un des principaux intéressés, le locataire de la Maison-Blanche, ne s’attendait pas à un résultat aussi rapide. "C’est un grand jour pour les Etats-Unis, un grand jour pour la Turquie, un grand jour pour les Kurdes, un grand jour pour la civilisation", a exulté Donald Trump, en visite au Texas. Le Président américain a remercié son "ami" Erdogan, "un leader fantastique", pour cet accord qui, selon lui, permet de "sauver des millions de vies".

Une zone tampon

Les mines étaient réjouies également du côté turc, mais le ton était plus posé. Ce n’est pas le président Erdogan en personne, mais son ministre des affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, qui a décrit le contenu de l’accord. "Nous avons obtenu ce que nous voulions", s’est-il félicité.

Selon les termes de cet accord américano-turc, la Turquie va stopper son offensive militaire pendant une période de 120 heures (5 jours) pour laisser le temps aux forces arabo-kurdes de se retirer de la "zone de sécurité" qu’Ankara veut imposer dans le nord-est de la Syrie. Selon l’accord, la milice kurde des Unités de Protection du Peuple (YPG) doit abandonner ses armes et ses installations de défense doivent être détruites. Les autorités d’Ankara sont claires: un arrêt total des hostilités interviendra si et seulement si une zone tampon de 32 km de largeur aux abords de sa frontière sud est débarrassée du YPG d’ici 5 jours.

"Nous avons obtenu ce que nous voulions."
Mevlut Cavusoglu
Ministre turc des Affaires étrangères

Cet accord prévoit aussi l’annulation des sanctions américaines imposées cette semaine contre certains ministres turcs, une fois l’arrêt de l’opération "Source de Paix". Mais l’enthousiasme américain n’est-il pas exagéré? Selon la "feuille de route" proposée par Ankara et Washington, les troupes américaines doivent accompagner le retrait de la milice kurde du YPG, considérée par Ankara comme "terroriste", hors de la dite zone de sécurité.

Le vice-président américain Mike Pence a donné l’assurance que le YPG avait été consulté et avait donné son accord pour un retrait. Rien n’est moins sûr. Dans la soirée, plusieurs voix s’élevaient dans les rangs des instances politiques et militaires des Kurdes de Syrie pour dénoncer cet accord. "Erdogan veut pénétrer sur 32km de profondeur, et nous avons déjà rejeté ces conditions", a fait savoir jeudi le leader kurde-syrien Aldar Khalil. "Un cessez-le-feu c’est une chose, mais se rendre est autre chose. Nous sommes prêts à nous défendre", a déclaré de son côté Salih Muslim, dirigeant du Parti de l’Union démocratique kurde (PUD)

Encore plus parlante est la réaction du président Bachar el-Assad, qui s’est exprimé quelques heures avant l’accord conclu à Ankara. Le président syrien a dénoncé l’"agression" de la Turquie et assuré que la Syrie "y répondra et y fera face, sous toutes ses formes, dans n’importe quelle région du territoire syrien et par tous les moyens légitimes disponibles". Pas sûr que Damas laisse agir comme bon lui semble son voisin turc sur au nord de son territoire. Il y a donc fort a parier que le sort de cette région soit discuté en tête à tête mardi prochain entre le président Russe Vladimir Poutine, qui rencontrera à Sotchi, en Russie, son homologue turc Recep Tayyip Erdogan. Hasard du calendrier ou non, les 120h de "pause" seront justement écoulées…

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