Gaza enterre ses morts, Israël dans l'étau diplomatique

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Les violences de lundi ne se sont pas reproduites hier aux abords de Gaza. Les Etats-Unis ont réitéré leur soutien à Israël, tandis que l’Union européenne l’appelait à la retenue.

Dans les rues de Gaza, les pleurs et les cris des cortèges funéraires ont remplacé mardi les appels des mosquées qui exhortaient la veille, la journée durant, les Gazaouis à rejoindre la frontière avec Israël. Les manifestations se sont poursuivies aux abords de la frontière entre Gaza et Israël, où des monceaux de pneus ont continué à brûler, et en Cisjordanie pour célébrer la "naqba" (la "catastrophe"), les 70 ans de l’exode des Palestiniens suite à la création d’Israël.

Au moins 60 Palestiniens sont tombés la veille sous les balles des forces de défense israéliennes alors qu’ils traversaient la frontière. Mardi, un seul fut abattu. Aux abords de Bethléem, environ douze manifestants ont été blessés par des tirs de balles en caoutchouc et une trentaine par des émanations de gaz lacrymogènes.

Réactions diplomatiques variables

Le bain de sang s’est tari, faisant place à des réactions parfois très variables des chancelleries. La Turquie, dénonçant un "terrorisme de masse", a rappelé son envoyé en Israël et convoqué l’ambassadeur des États-Unis. Israël a répliqué en expulsant le consul général de Turquie. "Erdogan est parmi les grands supporters du Hamas et il ne fait aucun doute qu’il comprend parfaitement le terrorisme et les massacres. Je suggère qu’il ne nous donne pas de leçons de morale", a dit le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Cette crise menace la normalisation des relations entre la Turquie et Israël.

L’Afrique du Sud a rappelé son ambassadeur. La Belgique et l’Irlande ont convoqué l’ambassadeur d’Israël. La France et l’Allemagne ont appelé à la retenue. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian s’est dit "très attaché à la sécurité d’Israël", ajoutant que "la sécurité d’Israël ne saurait justifier un tel niveau de violence".

"Ces événements ne vont pas modifier les rapports de force dans la région."
didier billion
expert du moyen-orient à l’iris

La Russie s’est dite "très inquiète" par les morts de Gaza. La Ligue arabe a, elle aussi, appelé à une enquête internationale, estimant que les "massacres" s’apparentent à des crimes de guerre. La procureur de la Cour pénale internationale (CPI) Fatou Bensouda a affirmé qu’elle suivait de près les violences à Gaza et a promis de "prendre toute mesure appropriée".

Les États-Unis ont reporté la responsabilité des événements sur le Hamas, bloquant une résolution du Conseil de sécurité qui proposait de condamner Israël. L’ambassadrice américaine à l’ONU Nikki Haley a estimé qu’Israël "a fait preuve de retenue" lundi face aux manifestations. "Le Hamas est satisfait des résultats d’hier", a-t-elle ajouté, estimant que le groupe terroriste avait provoqué ces violences.

Au-delà de ces réactions, et une fois la crise retombée, "ces événements ne vont pas modifier les rapports de force dans la région, explique Didier Billion expert du Moyen-Orient à l’IRIS. Le soutien des États-Unis et de l’Arabie saoudite donne au gouvernement Netanyahou un sentiment d’impunité". La situation des Palestiniens s’est encore plus compliquée. "Le Hamas et l’Autorité palestinienne vont devoir revoir leurs orientations stratégiques pour négocier."

Les Arabes israéliens appellent à la grève

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Côté israélien, le Shin Bet (renseignements) faisait état de la présence avérée "de 24 terroristes du Hamas et du djihad islamiste palestinien" dans les 60 personnes abattues. L’armée israélienne a expliqué comment elle a évité "une infiltration massive" du Hamas en combattant une cellule terroriste progressant à la frontière de Gaza.

Les jours à venir resteront tendus, la police israélienne craignant de nouveaux débordements à l’occasion du ramadan. Les Arabes israéliens, qui commémorent aussi la "naqba", ont appelé à la grève générale ce mercredi en solidarité avec les Palestiniens de Gaza.

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