Guerre au Yémen: quelles conséquences?

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La guerre au Yemen plonge tout le Proche-Orient dans la crise. Quelles sont les forces en présence, quel est le rôle des jihadistes? Nous analysons ce conflit.

L’Arabie saoudite et des pays alliés ont lancé jeudi une intervention militaire au Yémen pour contrer l’avancée de rebelles chiites soutenus par l’Iran. Décodage d’un conflit qui a fait bondir les prix du pétrole hier.

 

Pourquoi cette intervention saoudienne?

Les bombardements saoudiens ont fait au moins 14 morts civils à Sanaa. Aucun bilan n’a été communiqué sur les pertes parmi les combattants. ©EPA

Depuis plusieurs mois, des miliciens chiites houthis ont pris le contrôle de plusieurs grandes villes du Yémen, dont la capitale Sanaa, forçant le président reconnu par la communauté internationale, Abd Rabbo Mansour Hadi, à fuir Sanaa en février pour se réfugier dans son fief d’Aden. Ces derniers jours, les milices houthis se sont approchées d’Aden, deuxième ville du pays, prenant même le contrôle de l’aéroport avant-hier avant d’en être délogés hier. Le président Hadi a multiplié les appels à l’aide et l’opération militaire vise d’abord à le soutenir.

 

Pourquoi s’agit-il d’une crise régionale?

En toile de fond du conflit yéménite, qui est une quasi-guerre civile, l’enjeu de la confrontation en cours est aussi l’influence régionale. Les forces fidèles au président Hadi, bien implantées dans le sud du pays, sont sunnites, comme les Saoudiens et les grands pays arabes. Les miliciens houthis, dominants dans le nord, sont chiites et soutenus par l’Iran. Le Yémen est donc le théâtre d’une guerre par procuration entre deux poids lourds de la région.

Pour les gouvernements du Golfe, l’essor des miliciens houthis du Yémen démontre l’implication de l’Iran derrière les différents mouvements chiites de la région. Or, les monarchies du Golfe craignent comme la peste que ces mouvements déstabilisent leur propre pays.

Des analystes tempèrent ces accusations: ils considèrent que le Yémen n’est pas une priorité stratégique pour Téhéran, bien moins en tout cas que l’Irak ou la Syrie, où la république islamique est un acteur majeur des crises en cours.

 

Quelles sont les forces en présence?

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L’Arabie Saoudite a mobilisé 150.000 militaires et 100 avions de combat. D’autres pays du Golfe participent à l’intervention (Bahreïn, Koweït, Qatar), ainsi que plusieurs poids lourds arabes (Egypte, Jordanie, Soudan, Pakistan et Maroc). Les Etats-Unis soutiennent l’opération, sans y participer militairement. On épinglera que le Yémen sert ainsi de facto de laboratoire à une force militaire conjointe arabe. Initialement, cette force était censée combattre les djihadistes de l’État islamique (EI) en Syrie et en Irak. Mais sa gestation était compliquée. Le spectre iranien a donc permis de transcender les traditionnelles dissensions arabes.

Les houthis combattent avec des unités de l’armée fidèles à leur allié, l’ex-président Ali Abdallah Saleh, poussé en 2012 au départ après 33 ans au pouvoir. Âgé de 73 ans et extrêmement riche, Saleh joue un rôle clé en coulisse. Il espère évidemment revenir aux affaires. Les houthis affirment mener une révolution au nom de l’ensemble de la population yéménite et nient toute intention religieuse. Ils recrutent dans la communauté zaïdite, une branche du chiisme qui représente un tiers de la population du Yémen.

 

Quel est le rôle des mouvements terroristes?

La déliquescence de l’État yéménite — le président légitime Hadi n’a jamais pu imposer son autorité — a permis aux mouvements terroristes de s’y développer. Le réseau sunnite Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa) est bien implanté dans le sud-est. Le Yémen est le fief d’Aqpa, considéré comme la branche la plus active du réseau. Aqpa s’est rendu responsable depuis des années d’attentats à la bombe et de fusillades au Yémen, a planifié des projets d’attentat contre les Etats-Unis et a revendiqué l’attaque contre la rédaction de "Charlie Hebdo" à Paris. Pour ajouter au chaos, le groupe djihadiste État islamique (EI) a récemment signé son arrivée au Yémen en revendiquant une attaque qui a fait plus de 140 morts dans des mosquées fréquentées par les chiites à Sanaa.

 

Quelles sont les conséquences possibles?

Pour le Yémen tout d’abord, une guerre civile généralisée se précise. Ce sont des mois voire des années de conflits sanglants qui risquent d’être à l’agenda. L’espoir de l’ouverture d’un dialogue parrainé par l’ONU s’est évanoui. À terme, on pourrait aboutir à une désintégration d’un pays réunifié (une fusion entre nord et sud) en 1990. L’évolution de la situation pourrait aussi avoir des conséquences sur d’autres conflits en cours au Moyen-Orient, en Irak et en Syrie par exemple, en augmentant les tensions entre sunnites et chiites.

Elle pourrait aussi influencer les négociations en cours sur le programme nucléaire iranien. Le Yémen ne fera sans doute pas dérailler à lui seul le processus, vu l’importance de cet enjeu. Mais il risque de compliquer la donne. L’Iran a vigoureusement dénoncé l’opération saoudienne hier alors que les Etats-Unis la soutiennent. Le moment est décisif puisque les négociations entre l’Américain John Kerry et l’Iranien Mohammad Javad Zarif ont repris hier à Lausanne et doivent aboutir avant la fin du mois. L’Arabie Saoudite notamment est notoirement opposé à un accord entre Washington et Téhéran.

L’aggravation du conflit est également motif d’inquiétudes pour les marchés: le Yémen est situé sur une voie maritime stratégique, le détroit de Bab-el-Mandeb. Ce détroit, qui sépare le Yémen et Djibouti, relie le Golfe d’Aden et la mer Rouge et conduit au canal de Suez. Il est vital pour l’approvisionnement en hydrocarbures. L’annonce du déclenchement de l’offensive a immédiatement fait bondir les cours du pétrole. 

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Les forces en présence : notre carte interactive disponible ici

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