"Ils tuaient les enfants avant les adultes"

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Yarmouk "commence à ressembler à un camp de la mort", constate l'Onu. L'Etat Islamique a envahi ce camp palestinien de la banlieue de Damas. Les civils fuient, le régime syrien promet d'intervenir; l'Onu s'y oppose, et appelle à l'aide. Les témoignages parlent d'atrocités.

Yarmouk, grand quartier au sud de Damas, est un camp de réfugié palestiniens.

Depuis fin 2012, ce camp est un champ de bataille entre forces du régime de Bachar al-Assad et rebelles syriens, appuyés chacun par des groupes palestiniens différents. Depuis 2012, Yarmouk a été soumis à un siège impitoyable de la part du régime, provoquant la mort de près de 200 personnes par malnutrition et absence de médicaments.

Et cette situation s'est nettement aggravée avec l'assaut de l'EI, poussant près de 2.500 civils terrorisés à fuir le camp. C'est le 1er avril que les jihadistes avaient lancé l'assaut.

Tout a changé avec l'arrivée de l'EI. La peur de la mort n'existait pas auparavant car durant les combats dans le camp, les rebelles mettaient les civils à l'abri.
Abir
47 ans, elle a fui Yarmouk

Avec l'arrivée de l'EI à Yarmouk, le groupe ultraradical n'a jamais été aussi proche du centre de la capitale.

• Sur les 160.000 Palestiniens qui habitaient à Yarmouk en 2011, au début du conflit syrien, seuls 17.500 s'y trouvaient toujours avant l'attaque de l'EI et 2.000 ont été évacués depuis les derniers combats.

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Depuis cette attaque, la majorité des groupes palestiniens combattent ce groupe, tandis que l'armée de l'air du régime bombarde ses positions. La situation humanitaire est dite "désespérée": des milliers de réfugiés palestiniens sont piégés dans ce camp.

Pour l'Union européenne, qui a débloqué une aide d'urgence à une agence de l'ONU pour aider ce camp palestinien, le plus grand de Syrie, la souffrance des habitants a atteint des "niveaux intolérables".

J'ai vu, rue de Palestine, deux membres de Daesh (acronyme en arabe de l'EI) jouer avec une tête coupée comme si c'était un ballon.
Amjad Yaacoub
16 ans, il a fui le camp

Quelle sortie de crise?

Le responsable des factions palestiniennes du camp, Khaled Abdel-Majid, a indiqué vendredi par téléphone à l'agence de presse DPA que ses hommes étaient parvenus à repousser l'EI dans une portion de 35% du camp de Yarmouk, reprenant le contrôle de son centre.

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Jeudi, le régime officiel syrien avait jugé qu'une opération militaire était désormais nécessaire pour chasser les jihadistes de l'Etat islamique du camp. "La priorité est d'expulser et de défaire les hommes armés et les terroristes du camp", situé à huit kilomètres seulement du centre de Damas, a affirmé le ministre syrien de la Réconciliation nationale Ali Haïdar. "Dans les circonstances actuelles, une solution militaire s'impose". "Ce n'est pas l'État qui l'a choisie mais ceux qui sont entrés dans le camp."

L'entrée de Daesh est en soi une destruction et un massacre. Leur comportement n'est pas humain et leur religion n'est pas la nôtre.
Oum Ousamma
40 ans, elle a fuit Yarmouk

Juste après cette intervention, on entendait que les organisations palestiniennes acceptaient pour la première fois de coordonner des opérations militaires avec l'armée syrienne pour repousser le groupe État islamique du camp de Yarmouk. Mais ensuite, un démenti tombait. L'Organisation de libération de la Palestine (OLP) a rejeté l'idée de participer aux combats à Yarmouk, contrairement à ce qu'avait déclaré un représentant palestinien ayant rencontré des responsables du régime de Damas. L'OLP a signalé que sa "position n'a jamais varié": "nous refusons de pousser notre peuple et ses camps dans l'enfer du conflit qui se déroule en Syrie amie et nous refusons catégoriquement de devenir une des parties du conflit armé qui a lieu à Yarmouk". La direction palestinienne, depuis la Cisjordanie occupée, maintient régulièrement ses appels à "ne pas s'ingérer dans les affaires syriennes".

Et l'ONU?

"Ce camp de réfugiés commence à ressembler à un camp de la mort", selon Ban Ki-moon, secrétaire général de l'ONU.  Yarmouk au "dernier cercle de l'enfer".

Il aappelle à éviter un "massacre". "Il est temps de mener une action concertée pour sauver des vies", a-t-il déclaré à la presse. "Nous ne pouvons pas rester inactifs et laisser se dérouler un massacre, la population de Yarmouk ne doit pas être abandonnée." Il a lancé un appel "aux pays qui ont de l'influence sur le gouvernement (syrien) et toutes les parties sur le terrain" afin qu'ils persuadent les belligérants d'épargner les civils. "Cette catastrophe humanitaire à Yarmouk est un test majeur de la détermination de la communauté internationale", a-t-il estimé.

J'ai vu des têtes coupées. Ils tuaient les enfants avant les adultes. Nous étions effrayés. Nous avions entendu parler de leur cruauté à la télévision mais quand nous les avons vus, je peux vous assurer que leur réputation n'est pas usurpée.
Ibrahim Abdel Fatah
55 ans, cet ancien concierge a fui Yarmouk à l'arrivée de l'EI

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