Incident frontalier meurtrier entre Israël et le Liban

Un incident sérieux a fait quatre morts mardi à la frontière israélo-libanaise, rompant inopinément une trêve conclue il y a quatre ans sous l'égide des Nations unies, qui ont appelé les deux voisins à la "retenue".

Trois Libanais -deux soldats et un journaliste- et un officier israélien ont été tués mardi à la frontière entre Israël et le Liban dans des affrontements meurtriers sans précédent depuis 2006.
En soirée, le mouvement chiite Hezbollah, très présent dans le sud du pays, a affirmé qu'il avait décidé de ne pas intervenir dans ces heurts ayant opposé les armées libanaise et israélienne mais a averti qu'il n'hésiterait pas à le faire en cas de "nouvelle agression" de l'Etat hébreu.

Un porte-parole militaire libanais a indiqué que deux soldats libanais, âgés de 31 et 39 ans, avaient été tués et quinze autres personnes avaient été blessées, sans préciser le nombre de civils et de militaires parmi les blessés.
Le quotidien libanais proche du Hezbollah Al Akhbar a lui annoncé la mort de l'un de ses journalistes, Assaf Abou Rahal, 55 ans, dans ces heurts.
Côté israélien, l'armée israélienne a indiqué qu'un officier, le lieutenant-colonel Dov Harari, 45 ans, avait été tué et qu'un autre avait été grièvement blessé.

Accusations réciproques

Israël et le Liban se sont rejeté la responsabilité des violences, les pires à la frontière entre les deux pays encore techniquement en guerre depuis le conflit destructeur de 2006 entre l'Etat hébreu et le Hezbollah.
Les accrochages ont eu lieu vers midi dans le secteur d'Aadaissé, "après que des soldats israéliens eurent tenté d'arracher un arbre du côté libanais", selon le porte-parole militaire libanais.
Une patrouille israélienne a traversé la barrière de sécurité dans un territoire controversé près du village, situé dans le secteur est du sud du Liban, selon l'armée.
"La patrouille ne s'est pas arrêtée malgré l'intervention de la Force des Nations unies au Liban (Finul) pour l'en empêcher. L'armée libanaise est intervenue en faisant usage d'armes à feu et de roquettes de type RPG", selon un communiqué.
L'armée israélienne a elle estimé que l'armée libanaise portait la "pleine responsabilité" des heurts, tandis que le ministère des Affaires étrangères a averti le Liban des "conséquences" en cas de nouveaux incidents.
"L'armée libanaise a ouvert le feu en direction d'une position de l'armée le long de la frontière libanaise, dans le nord d'Israël. La force se trouvait en territoire israélien, menant des travaux d'entretiens de routine en coordination avec la Finul", a indiqué l'armée.
Le commandant du secteur nord d'Israël, le général Gadi Eisencott, a estimé que les soldats étaient tombés dans une "embuscade" de l'armée.

Au Liban, le puissant parti chiite Hezbollah s'est élevé contre l'"agression" israélienne. "Est-il possible de rester spectateur après ces agressions?", a demandé Hassan Nasrallah, son chef, dans un discours diffusé sur grand écran devant des milliers de ses partisans.
"Partout où l'armée sera agressée et où se trouvera la Résistance (Hezbollah), celle-ci ne restera ni silencieuse ni disciplinée", a-t-il martelé.
Il a précisé que les militants du parti avaient été mis "à la disposition de l'armée" libanaise mais que les combattants avaient reçu l'ordre de ne pas intervenir. "Nous leur avons dit: +retenez-vous, ne faites rien+", a-t-il dit.

Le Premier ministre libanais, Saad Hariri, a dénoncé pour sa part "des violations israéliennes de la souveraineté libanaise" et contacté le président égyptien Hosni Moubarak pour examiner "les moyens de faire face à l'agression israélienne contre l'armée libanaise". Le président libanais Michel Sleimane a réuni les responsables de la défense et décidé de porter plainte auprès du Conseil de sécurité de l'ONU.
Ce dernier, qui s'est réuni à huis clos, s'est dit "profondément inquiet" au sujet des affrontements, et a rejoint l'appel à la retenue lancé par le secrétaire général de l'organisation, Ban Ki-moon.
L'Union européenne a fait part de sa "profonde préoccupation", appelant les deux pays à "la plus grande retenue", comme les Etats-Unis, alors que la France les appelait "au sens des responsabilités".
La Syrie a assuré le Liban de son soutien et l'Iran a condamné l'"incursion" de l'armée israélienne en territoire libanais.

A l'été 2006, à la suite de l'enlèvement par le Hezbollah de deux soldats israéliens à la frontière, un conflit destructeur de 34 jours a opposé l'Etat hébreu et le parti chiite, tuant plus de 1.200 Libanais, en majorité des civils, et 160 Israéliens, en majorité des militaires.
Israël n'est pas parvenu à briser les capacités militaires du Hezbollah, empêcher les tirs de roquettes vers son territoire et obtenir la libération des deux soldats capturés dont les dépouilles lui ont ensuite été remises.
Depuis quelques mois, les tensions entre l'Etat hébreu et le Hezbollah se sont accentuées, après qu'Israël a accusé la Syrie de fournir des missiles Scud au Hezbollah.

Le Hezbollah accuse Israël d'avoir tué Rafic Hariri

Le chef du Hezbollah chiite Hassan Nasrallah a d'ailleurs accusé mardi Israël d'avoir assassiné l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, indiquant qu'il allait présenter des "éléments" en ce sens qui vont aider l'enquête menée par un tribunal de l'ONU. "J'accuse l'ennemi sioniste d'avoir assassiné le Premier ministre martyr Rafic Hariri le 14 février 2005", a-t-il dit dans un discours diffusé sur grand écran devant des milliers de ses partisans rassemblés dans la banlieue sud. "Lors d'une conférence de presse que je vais tenir le 9 août, je vais présenter des éléments qui vont dévoiler des pistes importantes au niveau de l'enquête en vue de parvenir à la vérité", a-t-il précisé dans ce discours

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