Israël crée sa première colonie depuis plus de 25 ans

Défiant la communauté internationale, Israël crée une nouvelle colonie en Cisjordanie occupée. La première depuis 1993.

Au terme de longues heures de discussion à huis clos, le cabinet israélien de la Politique et de la Défense a autorisé dans la nuit de jeudi à vendredi la création d’une nouvelle colonie de Cisjordanie occupée.

Située dans la vallée de Shilo à proximité de la colonie d’Eli où sont installés de nombreux Français, la nouvelle implantation s’étendra sur 90 hectares et s’appellera Geulat Tzion. D’ici quelques mois, elle accueillera les 240 habitants d’Amona, une petite colonie évacuée le 1er février dernier sur ordre de la Cour suprême parce qu’elle avait été érigée sur des terres privées appartenant à des agriculteurs palestiniens spoliés. Plus tard, des dizaines d’autres ressortissants israéliens seront également autorisés à s’y installer.

"Il faut que nous puissions construire partout sans entrave."
uri ariel
ministre de l’agriculture israélien

Peu avant la destruction d’Amona, Netanyahou était descendu sur le terrain au milieu de la nuit pour y rencontrer les futurs expulsés en compagnie des dirigeants du "Yecha", le lobby des colons. Au cours de cette réunion éclairée par des néons blafards, il avait alors promis à ses interlocuteurs de créer une nouvelle colonie avant le 31 mars pour les y reloger. Et il a tenu parole, marquant ainsi un point sur le ministre de l’Éducation Naftali Bennett et les autres ultras de son gouvernement qui l’accusent quotidiennement "de céder aux pressions de l’étranger".

"La création de Geulat Tzion en ‘Judée-Samarie’ (la Cisjordanie occupée) est un point positif, nous voyons l’avenir sous de meilleurs auspices", a déclaré le ministre de l’Agriculture Uri Ariel, lequel est également le chef de file du "Yecha" au sein du gouvernement.

Partisan de l’annexion de la Cisjordanie, Ariel ne boude d’ailleurs pas son plaisir puisque le cabinet restreint a également autorisé la mise en chantier de 2.000 des 6.000 habitations dont il a annoncé la construction depuis l’élection de Donald Trump. Celles-ci seront construites dans les grands blocs d’implantations qu’Israël n’évacuera sans doute jamais. "Il faut que nous puissions construire partout sans entrave", a-t-il ajouté.

Les Palestiniens outrés

À deux mois du cinquantième anniversaire de la Guerre des Six Jours (juin 1967), donc du début de la colonisation des territoires palestiniens par l’État hébreu, ces décisions provoquent un tollé dans l’Autorité palestinienne (AP).

Au nom de l’OLP, la députée Hanan Ashrawi a réagi en accusant Netanyahou et sa coalition "de persister dans leur politique colonialiste et raciste". Elle a également décrit Israël comme un "État raciste qui pratique l’apartheid et le nettoyage ethnique".

De leur côté, le mouvement La paix maintenant, le parti progressiste d’opposition Meretz et plusieurs ONG israéliennes de défense des droits de l’Homme ont estimé que leur gouvernement est "l’otage des colons" et qu’il "se plie à tous leurs ukazes". Des critiques sévères répercutées, mais de manière plus feutrée, par plusieurs pays européens dont la France. Quant au secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, il se déclare "déçu" et "alarmé" par ces décisions qui risquent d’embraser à nouveau les territoires occupés.

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