Israël divisée sur une "annexion maximale" ou "minimale" d'une partie de la Cisjordanie

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou (à droite) et son ancien rival Benny Gantz, ministre de la Défense, doivent s'accorder sur l'annexion d'une partie de la Cisjordanie. ©EPA

Le Premier ministre israélien est déterminé à annexer une partie de la Cisjordanie occupée, avant la présidentielle américaine, en application du plan Trump pour le Proche-Orient. Cette annexion aura-t-elle lieu? Sera-t-elle maximale ou minimale? La question divise la société israélienne, tandis que l'équilibre de la région est menacé.

À partir du 1er juillet, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou (Likoud, droite) aura la possibilité d'annoncer sa stratégie pour concrétiser le plan Trump pour le Proche-Orient, selon l'accord de gouvernement conclu entre le Premier ministre et son ancien rival Benny Gantz (Bleu et blanc, centriste).

L'un des axes du plan consiste à annexer des pans entiers de la Cisjordanie occupée ou, pour le camp israélien, la Judée et Samarie, le territoire englobant les zones contrôlées par l'État d'Israël (zone C). Le plan Trump prévoit un partage 50/50 de la zone C.

La question est de savoir si le gouvernement israélien ordonnera une annexion maximale, incluant la Vallée du Jourdain et la centaine de colonies. Ou une annexion minimale, portant sur certaines colonies, comme Maalé Adoumim, proches de Jérusalem. Le plan Trump prévoit, en outre, la création d'un État palestinien réduit, sans Jérusalem-est pour capitale. 

La décision est attendue de toute part. Benyamin Netanyahou bénéficie du soutien de l'administration Trump. L'Europe est divisée sur la question.

Pour le Premier ministre israélien, la proximité de l'élection présidentielle américaine, en novembre prochain, justifie une décision rapide. Son allié, Benny Gantz, craint que l'annexion ne mette en danger le processus de paix et les relations avec la Jordanie.

En Israël, les avis sont partagés 

L'Autorité palestinienne est opposée au plan Trump, même si la population palestinienne n'est pas encore mobilisée en bloc contre le projet. Quant aux Israéliens, ils sont mitigés. La crise du coronavirus semble avoir pris le dessus. "Les Israéliens sont fans du plan Trump à 70%", dit Micah Goodman, philosophe israélien et chercheur au Shalom Hartman Institute. "Mais quand on leur demande s'ils soutiennent l'annexion, ils sont contre en majorité. À peine 4% d'entre eux pensent que c'est une question prioritaire."

"Les Israéliens souhaitent que les Palestiniens soient beaucoup plus souverains, mais pas au point d'être une menace."
Micah Goodman
Chercheur au Shalom Hartman Institute

Le volet sécuritaire passe avant tout. "Les Israéliens souhaitent que les Palestiniens soient beaucoup plus souverains, mais pas au point d'être une menace", poursuit-il.

Micah Goodman craint, en cas d'annexion, "une détérioration des relations avec la Jordanie, une troisième intifada, des sanctions européennes et une mise à mal des relations avec les pays arabes."

Pour le philosophe, "le plan Trump est une réussite pour Netanyahou, mais l'annexion risque de mettre cette réussite en danger". Sa proposition? Privilégier les parties du plan favorisant l'autonomie palestinienne, comme la construction de couloirs entre les territoires palestiniens. "Si vous voulez appliquer le plan de manière unilatérale, faites-le en augmentant l'indépendance des Palestiniens", dit-il.

Micah Goodman n'est pas certain que le Premier ministre israélien choisira l'option maximale. "Bibi est un leader plus prudent que Donald Trump, ils n'ont pas le même caractère, on l'a vu lors de la gestion de la pandémie.

"Notre présence dans la Vallée du Jourdain est vitale pour Israël, mais aussi pour les Palestiniens car c'est une protection contre l'Iran et les djihadistes."
Eran Lerman
Vice-président du Jerusalem Institute for Strategy and Security

Eran Lerman, vice-président du Jerusalem Institute for Strategy and Security, est plus catégorique. "Notre présence dans la Vallée du Jourdain est vitale pour Israël, mais aussi pour les Palestiniens car c'est une protection contre l'Iran et les djihadistes", explique-t-il.

Le terme "annexion" fait débat, du moins en Israël. "Annexion n'est pas le bon terme, ce n'est pas une action militaire, c'est le plan Trump", ajoute Eran Lerman, "les risques de cette décision sont élevés, oui, et face au Covid-19, ce n'est pas une priorité. Mais c'est une opportunité. Le risque peut être géré intelligemment si nous prenons des mesures pour nous limiter à des mesures que nous considérons comme répondant à un besoin de sécurité".

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