Israël temporise sur l'annexion d'une partie de la Cisjordanie

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou s'est abstenu, le jour attendu, d'annoncer ses plans d'annexion d'une partie de la Cisjordanie. ©AFP

À la date prévue, le gouvernement israélien n'a donné aucun signe de décision concernant l'annexion controversée d'une partie de la Cisjordanie. Plusieurs raisons expliquent ce silence.

Les frontières d'Israël vont-elles bouger, après des décennies de statu quo et de colonisation de la Cisjordanie? La question divise le gouvernement israélien et celui des États-Unis, son principal allié. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou (Likoud, droite) a négocié la date avec son partenaire et ancien rival Benny Gantz (Bleu-Blanc, centriste) lors de la formation du gouvernement. À partir du 1er juillet, il peut révéler son projet d'annexion d'une partie de la Cisjordanie conformément au plan Trump pour le Proche-Orient.

Le jour arrivé, Benyamin Netanyahou a gardé le silence, choisissant de temporiser. La veille, il avait annoncé que les discussions au sein de la coalition "continueront dans les jours à venir". Le ministre des Affaires étrangères israélien Gabi Ashkenazi a laissé entendre qu'il n'y aurait aucun mouvement à attendre mercredi.

Le plan américain

Le plan Trump autorise Israël à annexer environ 30% de la Cisjordanie occupée, soit un territoire où vivent 450.000 colons juifs et 300.000 Palestiniens. Il donne aussi le feu vert à l'annexion de la Vallée du Jourdain, une zone stratégique pour protéger le pays des velléités des puissances voisines.

"L'annexion serait une violation du droit international."
Boris Johnson
Premier ministre britannique

Le gouvernement israélien justifie ses prétentions sur ces terres, que les Israéliens appelle "Judée et Samarie", par des sources bibliques et la sécurité nationale. Une grande partie de la communauté internationale s'y oppose. L'Europe menace de prendre des sanctions. Quant aux Palestiniens, ils rejettent le plan Trump.

"L'annexion serait une violation du droit international", a averti, pour sa part, le Premier ministre britannique Boris Johnson, dans une tribune publiée mercredi dans le journal israélien Yediot Aharonot. Cette décision mettrait aussi "en danger les progrès réalisés par Israël vis-à-vis des pays arabes et du monde musulman", a-t-il ajouté.

Pourquoi Netanyahou n'a rien dit

Plusieurs raisons expliquent le silence de Netanyahou. "Ils ne sont pas prêts, la commission chargée de tracer les cartes n'a pas terminé son travail, les États-Unis freinent des quatre fers", dit une source israélienne. L'administration Trump, confrontée à une explosion de l'épidémie de coronavirus, a du mal à s'engager simultanément dans une décision géopolitique susceptible de déstabiliser le Proche-Orient. Le président des États-Unis, critiqué pour sa gestion de la crise sanitaire, voit sa popularité baisser. Par ailleurs, l'armée israélienne a été maintenue à l'écart des discussions entre la Maison-Blanche et Netanyahou.

"Ils ne sont pas prêts, la commission chargée de tracer les cartes n'a pas terminé son travail, les États-Unis freinent des quatre fers."
Une source israélienne

Au sein du gouvernement israélien, Benny Gantz subit des pressions très fortes pour ralentir la marche. L'opinion publique israélienne est davantage préoccupée par l'épidémie de Covid-19, en plein retour, que par l'annexion de territoires en Cisjordanie. Le plan Trump recueille l'appui des Israéliens, mais son volet territorial reste controversé.

L'autorité palestinienne a changé la donne en annonçant, pour la première fois depuis longtemps, qu'elle est prête à relancer des discussions avec Israël si le plan Trump n'était pas appliqué. Le mouvement islamiste Hamas considère que l'annexion serait "un acte de guerre", mais il ne jouit pas de l'appui de toute la population palestinienne, dont une partie travaille en Israël.

Israël risquerait, en annexant une partie de la Cisjordanie, non seulement d'engager la région dans un conflit, mais aussi de perdre les bonnes relations tissées durant des années avec les pays arabes.

Une fenêtre d'opportunité s'ouvre au gouvernement israélien, d'ici la présidentielle américaine, pour abattre son jeu. Mais le mouvement est risqué et il semble que la priorité actuelle – lutter contre le coronavirus – l'emporte.

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