L'ambassade des Etats-Unis installée à Jérusalem pour les 70 ans d'Israël

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Les Etats-Unis déménagent ce lundi à Jérusalem leur ambassade en Israël. Une décision "normale" pour Israël, une "provocation" pour l’Autorité palestinienne.

Ce lundi, les Etats-Unis inaugurent leur ambassade à Jérusalem. Un événement à haut risque, qui a valu à Donald Trump les foudres des Nations unies. Pour les Israéliens, le geste ne fait que reconnaître la réalité. "Jérusalem est le cœur du monde juif depuis plus de trois mille ans. C’était la capitale de la Judée, ce qui signifie le pays des juifs. C’est normal qu’elle soit la capitale d’Israël", dit Ze’ev Elkin, ministre israélien de Jérusalem et du Patrimoine. "La plupart des rencontres avec les autorités d’autres pays se font ici. Les ambassades sont symboliquement à Tel Aviv."

Heurts à la frontière avec Israël

Des heurts ont éclaté lundi matin entre Palestiniens et soldats israéliens dans la bande de Gaza le long de la frontière avec Israël, faisant 16 morts, selon le ministère gazaoui de la Santé. Plus de 500 Palestiniens ont également été blessés, toujours d'après la même source. Ces morts portent à 70 le nombre de Palestiniens tués dans la bande de Gaza par des tirs israéliens depuis le début d'une protestation massive le 30 mars.

L'armée israélienne s'attendait à ce que des dizaines de milliers de Palestiniens protestent dans la bande de Gaza sous blocus, mais aussi en Cisjordanie occupée contre l'inauguration dans l'après-midi de l'ambassade américaine à Jérusalem. Elle avait prévenu les Gazaouis par tracts distribués par les airs qu'ils exposaient leur vie en prenant part aux manifestations.

Début décembre, Donald Trump annonçait sa décision. L’inauguration devait arriver bien plus tard pour ne pas enflammer une situation tendue. Elle aura lieu plus vite que prévu, la date ayant été avancée pour coïncider avec les 70 ans de la création d’Israël.

Les bâtiments seront localisés à la place du consulat américain, dans le quartier d’Arnona, à Jérusalem Ouest. L’ambassadeur prendra ses fonctions lors d’une cérémonie en présence d’Ivanka Trump, la fille du président américain arrivée dimanche, du Premier ministre Benjamin Netanyahu et de quelques officiels américains et israéliens triés sur le volet. Le gendre de Donald Trump, à qui le président a confié la tâche périlleuse de réconcilier Israéliens et Palestiniens, sera lui aussi présent. Quant au président milliardaire, il sera absent. Sans attendre le jour J, le maire de Jérusalem Nir Barkat a posé lundi dernier le premier panneau indicateur – rédigé en hébreu, arabe et anglais – conduisant à l’ambassade.

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Une installation symbolique

Cette installation est symbolique et provisoire. L’insigne du consulat sera changé et seule une petite équipe accompagnera l’ambassadeur. Une ambassade permanente sera construite à la place de l’hôtel Diplomat, à 10 minutes de l’actuel consulat. Le chantier devrait durer au moins six ans. Des entreprises américaines et israéliennes construiront un bâtiment ultramoderne. D’après Donald Trump, le projet devrait coûter 400 millions de dollars. Les anciens locaux du consulat seront agrandis et la sécurité renforcée. Un mur de trois mètres sera érigé, des routes d’évacuation construites. Le sous-sol sera aménagé et des appartements de luxe pour l’ambassadeur seront installés. Mais le lieu n’aura d’ambassade que le nom. L’essentiel du personnel restera à Tel Aviv pour gérer les opérations courantes durant les trois prochaines années.

En déménageant son ambassade à Jérusalem, Donald Trump s’est fâché avec la communauté internationale. Quelques jours après l’annonce, l’ONU condamnait dans une résolution adoptée à une large majorité cette décision et la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël. Seuls 35 pays proches des Etats-Unis votèrent contre la résolution, présentée par la Turquie et le Yémen.

"Jérusalem est le cœur du monde juif depuis trois mille ans, c’est normal qu’elle soit la capitale d’Israël."
ze’ev elkin
ministre israélien de Jérusalem et du patrimoine

Pour les Palestiniens, ce déménagement est une "provocation". "La direction palestinienne refuse cette décision, considérée comme non existante car contraire à plus de 86 résolutions du Conseil de l’ONU, considérant entre autres Jérusalem-Est comme la future capitale de la Palestine, dit Abdalrahim Alfarra, représentant de la Palestine en Belgique. La question des capitales n’est pas encore résolue, les Etats-Unis n’ont pas le droit de transférer leur ambassade à Jérusalem. Je pense que M. Trump n’a pas réfléchi et j’espère que l’administration américaine lui fera entendre raison pour qu’il ne bouge pas l’ambassade."

La date de l’inauguration est aussi celle de la commémoration, douloureuse pour eux, de la création de l’État d’Israël. La "Naqba" ("catastrophe" en arabe). Les Palestiniens, qui représentent un tiers de la population de Jérusalem, revendiquent l’Est de la ville comme capitale. C’est du moins la position de l’Autorité palestinienne, qui est la seule interlocutrice d’Israël. Le mouvement terroriste Hamas, basé à Gaza, prône quant à lui la destruction de l’État d’Israël et considère toute la ville de Jérusalem comme la capitale du futur État palestinien. Le Hamas a intensifié ses opérations dans les semaines qui suivirent. Attaque au couteau par des loups solitaires et manifestations en bordure de Gaza.

Le monde arabe discret

Le monde arabe est resté plutôt discret. "Les Palestiniens n’ont reçu aucun soutien du monde, à l’exception de la Turquie où le président Erdogan a l’intention de faire de l’escalade en s’alliant avec le Hamas, dit Michael Kobi, chercheur pour l’INSS (Institute for National Securities Studies), fondateur de l’appareil de coordination de la sécurité israélo-palestinienne à Gaza et en Cisjordanie. L’absence de réaction s’explique par le fait que l’ambassade américaine sera localisée à Jérusalem-Ouest, ce qui ne pose pas de problème en soi. De plus, Trump a clairement dit que le déménagement de l’ambassade ne signifie pas que les Etats-Unis reconnaissent les frontières de Jérusalem, ce qui fera l’objet de négociations avec les Palestiniens, ni les colonies, vis-à-vis desquelles ils sont critiques. L’anormalité, c’est que les autres pays ne bougent pas leurs ambassades de Tel Aviv. Le fait qu’ils ne reconnaissent pas les colonies ne veut pas dire qu’ils ne peuvent pas venir à Jérusalem."

"La direction palestinienne refuse cette décision, considérée comme non existante car contraire à plus de 86 résolutions du Conseil de l’ONU, considérant entre autres Jérusalem-Est comme la future capitale de la Palestine."
Abdalrahim Alfarra
Représentant de la Palestine en Belgique

Pour Michael Kobi, "le jour de l’inauguration sera très sensible sur le plan de la sécurité car les Palestiniens veulent continuer à attirer l’attention. Mais cela ne change rien en soi, la violence est là tous les jours en Israël". Les réactions palestiniennes divergent. La Cisjordanie, en territoire occupé, ne s’est pas soulevée après l’annonce de Trump. "Nous restons très vigilants sur ce qui se passe en Cisjordanie, mais je ne pense pas que ce soit un problème pour eux. Notre intérêt commun est d’affaiblir le Hamas", ajoute Kobi.

D’autres pays, alliés de Washington, ont annoncé le déménagement de leur ambassade à Jérusalem: le Paraguay, le Guatemala, le Honduras, la Tchéquie et la Roumanie. D’autres devraient suivre. "En reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël et le siège de son gouvernement, nous reconnaissons la réalité", avait indiqué le secrétaire d’État Mike Pompeo. Les Etats-Unis n’excluent pas de laisser une place aux Palestiniens à Jérusalem. Mais jusqu’à présent, le geste n’a rien fait pour apaiser le conflit israélo-palestinien.

Une ville déchirée

L’histoire récente de Jérusalem est émaillée de luttes. Peu après la déclaration d’indépendance d’Israël, en 1948, la ville fut divisée entre sa partie orientale, annexée par la Jordanie, et occidentale, détenue par Israël. Un an plus tard, Jérusalem-Ouest fut déclarée capitale du jeune État. Les Israéliens reprirent Jérusalem-Est aux Jordaniens en 1967, lors de la guerre des Six Jours. Aucun État ne reconnut cette annexion. En 1980, la Knesset reconnut Jérusalem comme capitale "éternelle et indivisible" d’Israël. Une décision déclarée nulle et non avenue par l’ONU (résolutions 476 et 478). En 2000 enfin, l’Autorité palestinienne vote une loi faisant de Jérusalem-Est la capitale du futur État palestinien.

L’histoire ancienne n’est pas plus paisible. À 4 km de la future ambassade américaine s’étend la cité de David, aux pieds de la Vieille Ville, à Jérusalem-Est. Des fouilles archéologiques ont exhumé récemment une voie pavée vieille de trois mille ans, où deux mille juifs furent exterminés par les Romains en 70, quand la cité fut mise à sac. "C’est le lieu historique de la fondation de Jérusalem par le roi David, poursuit Ze’ev Elkin. C’est là que nous avons fait cette promesse de reconstruire un jour Jérusalem. Et c’est un sentiment étrange pour moi d’aller là, quand j’y pense, deux mille ans plus tard."

Aux yeux de la communauté internationale, cet argument historique n’a aucune valeur juridique, l’avenir de Jérusalem devant être négocié entre Israéliens et Palestiniens.

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