L'Arabie saoudite s'oppose prudemment aux Etats-Unis sur le dossier de Jérusalem

Les dirigeants arabes lors du 29e Sommet Arabe de Dhahran le 15 avril dernier. ©REUTERS

L'Arabie saoudite a jugé "illégitime" la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël. La critique se veut néanmoins prudente car le pays souhaite préserver ses liens avec les États-Unis, notamment pour le dossier du nucléaire iranien.

Lors du sommet des dirigeants arabes ce dimanche, l'ensemble des autorités, l'Arabie saoudite en tête, a explicitement rejeté la décision américaine de proclamer Jérusalem capitale d'Israël. Néanmoins, le royaume saoudien tempère pour maintenir ses liens avec les États-Unis face à l'Iran qu'il considère comme une menace.

Rejet de la décision américaine

Dans le cadre du sommet de Dhahran ce dimanche, qui réunissait les dirigeants arabes, les autorités ont rejeté collectivement dans un communiqué "l'illégitime décision américaine" prise fin 2017.

"Jérusalem-Est restera la capitale de la Palestine arabe", ont affirmé les dirigeants. Pour sa part, le roi Salmane a annoncé un don de 150 millions de dollars "pour soutenir l'administration des biens islamiques" dans la partie palestinienne occupée et annexée par Israël.

441 millions
Nombre de dollars pour que l'agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens puisse poursuivre ses opérations.
Pierre Krähenbühl, commissaire général de l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine, a expliqué que l'agence cherchait 441 millions de dollars pour poursuivre ses activités.

Pour rappel, Donald Trump avait proclamé Jérusalem comme capitale d'Israël tout en annonçant le transfert de l'ambassade américaine de Tel-Aviv vers la ville sainte. Des décisions qui ont généré une vague de mécontentements du côté palestinien. Les Palestiniens qui veulent faire de la partie orientale de Jérusalem la capitale de l’État auquel ils aspirent ont depuis gelé leurs relations et contacts avec les États-Unis.

Cette déclaration du sommet de Dhahran contraste avec la position énoncée par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Début avril, il avait en effet estimé que les Israéliens avaient aussi le "droit" d'avoir leur propre État, potentiel signe de rapprochement avec Israël. D'autant que le régime iranien est une "bête noire" qu'ont en commun Israël et le royaume saoudien.

Pas de confrontation avec les Etats-Unis

Malgré ce consensus, nombre d'analystes doutent que Riyad ne s'implique davantage et estiment que toute confrontation avec les États-Unis sera empêchée.

"D'une façon générale, les sommets de la Ligue arabe font plus de rhétorique que d'action. Je ne pense pas que cela dépasse le déclaratoire. Pour l'Arabie saoudite, ce qui est essentiel, c'est la relation avec Washington", a commenté Denis Bauchard, expert du Moyen-Orient à l'Institut français des relations internationales.

Pour l'ancien ministre palestinien Ghassan al-Khatib, les dirigeants arabes "ne veulent pas non plus risquer leurs relations avec les Etats-Unis." Un responsable arabe, témoignant anonymement, va dans le même sens. "Ils cherchent à améliorer le plus possible la position des Palestiniens, mais n'iront pas à la confrontation" avec Washington.

"Compte tenu de l'ampleur des problèmes dans le monde arabe, aucun gouvernement ne va affronter Trump"
Nour Odeh
Experte palestinienne

D'ailleurs, le ministre saoudien des Affaires étrangères s'est gardé de fermer la porte diplomatique à son allié américain. Adel al-Jubeir a atténué les propos tenus contre la décision de Washington en expliquant que l'État continuerait à avoir des relations "fortes et stratégiques" avec les Etats-Unis.

Des propos nuancés qui ont à voir avec le positionnement de Donald Trump sur le nucléaire iranien. Le Président américain avait en effet invité les Européens à durcir l'accord nucléaire signé en 2015, faute de quoi il s'en retirerait.

> Lire aussi l'interview: "L'Iran représente un danger économique pour Riyad" pour comprendre l'origine des tensions entre l'Iran et l'Arabie Saoudite.

De leur côté, l'Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis ont affirmé de conserve que Téhéran avait profité de cet accord pour avancer ses pions dans la région, selon Khalil Harb, rédacteur en chef du Journal, site internet spécialisé dans les affaires du Golfe.

"Dans un contexte politique comme celui-là, Riyad ne veut pas embarrasser ou mettre en colère l'Amérique", a précisé le journaliste.

L'Iran chiite et l'Arabie saoudite sunnite sont en effet deux puissances rivales au Moyen-Orient et se confrontent régulièrement lors de conflits par alliés interposés comme en Syrie, au Yémen ou au Liban.

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