L'Arabie saoudite se rapproche de plus en plus d'Israël

Le prince héritier saoudien a pour la première fois explicitement reconnu le droit d’Israël d’avoir son Etat. "Notre pays n’a pas de problèmes avec les Juifs", a-t-il insisté. ©EPA

Dans une interview publiée lundi par le journal américain The Atlantic, le jeune prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, a reconnu le droit d’Israël à exister et a loué la perspective de relations diplomatiques futures entre son royaume et l’Etat hébreu. C’est un nouveau signe de rapprochement entre les deux pays qui ont des intérêts et un ennemi communs: l’Iran.

C’est la première fois qu’un souverain du Golfe ne remet pas en cause l’existence d’Israël. Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a affirmé, dans une interview publiée lundi par le journal américain The Atlantic, "le droit de chaque peuple, où qu’il soit, de vivre en paix dans sa nation. Je crois que les Palestiniens et les Israéliens ont le droit d’avoir leur propre terre. Mais nous devons avoir un accord de paix pour assurer la stabilité de chacun et avoir des relations normales", ajoute-t-il alors que l’administration américaine de Donald Trump est supposée présenter son plan pour une solution politique au conflit israélo-palestinien. Les seules "inquiétudes religieuses" des Saoudiens concernent le sort de l’esplanade des mosquées à Jérusalem-Est annexée par Israël, qui est le troisième lieu saint de l’islam, dit Mohammed ben Salmane.

"Les Palestiniens et les Israéliens ont le droit d’avoir leur propre terre."
mohammed ben salmane
prince héritier et homme fort de l’arabie saoudite

Sur l’antisémitisme d’Etat, là encore le souverain de 32 ans a voulu s’affranchir des clichés en rappelant que le "prophète Mohammed avait épousé une femme juive". Il a insisté sur le fait que cette femme n’était pas seulement "une amie" mais "qu’il l’a bien épousée". "Les Juifs ont toujours été nos voisins", a-t-il ajouté dans cette interview, alors qu’il avait rencontré quelques jours plus tôt une délégation de juifs religieux américains à New York.

La personnalité du prince, qui détient aujourd’hui la réalité du pouvoir, n’est pas étrangère à ce changement de ton à l’égard des juifs et d’Israël. Jugé très répressif à l’égard de ses opposants, le prince Salmane, a tout de même fait souffler depuis l’année dernière un vent de libéralisme dans son royaume ultra-conservateur. Il a ouvert des cinémas et vient d’autoriser les femmes à conduire et créer des entreprises sans besoin préalable d’un accord de leur mari.

L’ennemi iranien

Si cette main tendue vers Tel Aviv n’ouvre pas automatiquement la voix à une officialisation des relations entre Israéliens et Saoudiens, elle confirme un rapprochement initié entre les deux nations et les autres monarchies du Golfe ces dernières années. Notamment à la faveur de leur opposition commune face à l’Iran. Lors de cette même interview, Mohammed ben Salmane a d’ailleurs lancé une nouvelle diatribe contre Téhéran. "À côté du guide suprême iranien, Hitler semble gentil, lance-t-il. Hitler a tenté de conquérir l’Europe, le guide suprême tente de conquérir le monde."

Renseignement militaire, biens technologiques, import-export de marchandises: les échanges se sont intensifiés et n’ont plus rien d’un secret entre l’Arabie saoudite et Israël. L’Etat hébreu a ouvert l’année dernière une représentation diplomatique officielle à Abu Dhabi, des opérations militaires conjointes avec les Emirats Arabes Unis ont eu lieu en Grèce en décembre dernier, et Riyad vient de permettre à une compagnie aérienne indienne de traverser son ciel pour se rendre à Tel Aviv. L’année dernière, les chefs d’État-major israéliens et saoudiens s’étaient rencontré en marge d’une conférence militaire américaine.

"Mais le chemin, entre des échanges très étroits et une relation reconnue formellement, reste considérable", estime l’agence de presse juive américaine JNS news. Le conflit israélo-palestinien est bien entendu l’obstacle majeur à un tel rapprochement même si là encore, l’Arabie saoudite s’est rapprochée des positions israéliennes et américaines. Riyad a soutenu le plan Trump déniant Jérusalem comme capitale d’un futur Etat palestinien, excluant un retour des réfugiés et préservant de nombreuses colonies israéliennes dans la partition finale.

En revanche, Riyad veut être au cœur du jeu diplomatique régional et n’aime pas trop les décisions unilatérales. Pour preuve, le ministre des Affaires étrangères saoudien avait estimé que la reconnaissance américaine de Jérusalem comme capitale d’Israël était un "pas en arrière". Hier, le roi Salmane a d’ailleurs rappelé que son royaume soutenait toujours Jérusalem comme capitale d’une future Palestine à négocier. Une manière de rappeler à son fils que c’est encore lui qui dirige les affaires du pays…

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