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"L'Égypte est l'acteur décisif d'un cessez-le-feu entre Israéliens et Palestiniens"

De la fumée s'échappe d'un incendie à la suite d'un bombardement naval israélien autour du port de Gaza. ©Photo News

L'Égypte tente d'obtenir un cessez-le-feu entre Israéliens et Palestiniens, avec l'aide de pays arabes et des États-Unis. L'affaiblissement du gouvernement Netanyahou et de l'Autorité palestinienne rend la situation instable.

Alors qu'Israël et la Palestine sont en proie aux hostilités les plus violentes depuis 2014, des négociations sont en cours entre les belligérants par l'intermédiaire de l'Égypte, avec l'aide des pays arabes. À l'heure actuelle, c'est le seul espoir de sortie de crise. Le reste de la communauté internationale semble impuissant dans un contexte de multilatéralisme affaibli par les années Trump.

Les décisions du Conseil de sécurité de l'ONU sont, pour l'instant, bloquées par Washington. L'Europe tentera de revenir dans le débat mardi, lors d'une réunion d'urgence des 27 ministres des Affaires étrangères.

"La question n'est pas de savoir s'il y aura un cessez-le-feu, mais quand."
David Khalfa
Senior fellow au Center for Peace Communications à New York.

"L’Égypte est l'acteur décisif d'un cessez-le-feu. Le pouvoir égyptien entretient de bonnes relations avec Israël et le Hamas, entre autres à travers leurs services de renseignement", analyse David Khalfa, senior fellow au Center for Peace Communications à New York. "La question n'est pas de savoir s'il y aura un cessez-le-feu, mais quand. Les deux côtés doivent pouvoir crier victoire." Le Hamas demande le retrait des forces israéliennes du pourtour du Mont du Temple et la fin des frappes sur Gaza. Israël veut la fin des bombardements du Hamas et du Djihad islamique.

En une semaine, le Hamas et le Djihad islamique ont tiré plus de 3.200 roquettes et missiles contre Israël, causant une dizaine de morts. Le système de défense israélien "Iron Dome" a bloqué 90% des projectiles. Israël a répliqué en bombardant des objectifs militaires des deux organisations terroristes à Gaza. Environ 200 Palestiniens ont été tués.

Comment pourrait évoluer cette crise? Trois scénarios sont envisageables.

Scénario 1: le cessez-le-feu

Le premier est celui de la négociation, en quelques jours, d'une trêve suivie d'un cessez-le-feu. "La cessation des hostilités est l'hypothèse la plus élevée", estime David Khalfa. "Le Hamas le veut. Il a rempli son double objectif, s'ériger en défenseur des Palestiniens et de l'islam, mais aussi accroître le sentiment de vulnérabilité des Israéliens."

"Les pays arabes ne voient pas d'un bon œil une montée en puissance du Hamas."
David Khalfa

L'Égypte négocie avec le soutien de l'Arabie saoudite, des Émirats et de la Jordanie. Les pays arabes ont intérêt à un apaisement. "Nous sommes dans un contexte post-Printemps arabe et post-accords d'Abraham. Les chancelleries arabes condamnent Israël. Mais c'est un jeu de dupe. En coulisse, elles sont d'accord avec un affaiblissement du Hamas, car il est soutenu par les Frères musulmans, qui sont des ennemis des régimes arabes", ajoute l'analyste.

Les États-Unis pèsent discrètement sur la situation. "Le président Joe Biden connaît depuis 40 ans tous les acteurs du conflit israélo-palestinien. Il connaît les limites de l'influence américaine dans ce dossier et ne peut pas se substituer aux parties. Il ne peut pas non plus laisser la situation pourrir et dégénérer", poursuit-il. Les États-Unis se désinvestissent du Moyen-Orient pour se concentrer sur la Chine. Mais le conflit israélo-palestinien s'intensifiant, ils sont tenus de s'impliquer.

20.000
Le Hamas et le Djihad disposent d'environ 20.00 roquettes et missiles dont la plupart sont désormais téléguidées.

La Russie joue aussi un rôle. Le régime de Poutine, qui s'est renforcé dans la région, suite à son rôle en Syrie, entretient aussi de bonnes relations avec Israël et le Hamas.

La Turquie tente d'influer. Mais les récentes imprécations aux relents islamistes du président Erdogan le poussent hors de la partie.

Scénario 2: la guerre d'usure

Le deuxième scénario est celui d'une guerre d'usure, d'une dizaine de jours, où chaque camp rend coup sur coup. "Une guerre d'attrition où chacun remplit ses objectifs. Israël détruit un maximum de capacités militaires de Gaza. Le Hamas et le Djihad terrorisent les Israéliens avec tirs de missiles", poursuit David Khalfa.

Depuis 2014, le Hamas et le Djihad se sont équipés de nouveaux missiles, achetés au Soudan et au Liban. Ils disposent d'environ 20.000 roquettes et missiles dont la plupart sont téléguidées, et entre 10 et 20 missiles "Ayache" capable de frapper toutes les villes israéliennes. L'Iran et le Hezbollah ont joué un rôle majeur ces dernières années dans ce sursaut technologique.

"La vacance de leadership tant en Israël qu'en Palestine rend la situation dangereuse, car les extrémistes armés en profitent pour marquer des points."
David Khalfa

Scénario 3: l'invasion de Gaza

L'invasion terrestre est l'hypothèse la moins probable. "Cela coûterait cher au Hamas, qui veut maintenir son emprise sur Gaza. Pour Israël comme pour les Palestiniens, le coût humain serait élevé et l'opération durerait plusieurs semaines", résume David Khalfa.

La grande incertitude, dans ce conflit, tient dans l’affaiblissement tant du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, que de celui du pouvoir du président de l'autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qui vient d'annuler les élections de peur de les perdre. "La vacance de leadership tant en Israël qu'en Palestine rend la situation dangereuse, car les extrémistes armés en profitent pour marquer des points", conclut l'analyste. "Nous sommes dans un conflit sisyphéen, où la paix semble impossible et une guerre totale improbable."

Le résumé

  • L'Égypte joue un rôle déterminant dans des négociations en cours entre Israéliens et Palestiniens pour tenter de mettre fin aux hostilités.
  • Trois scénarios sont envisageables. Une trêve suivie d'un cessez-le-feu. Une guerre d'usure d'une dizaine de jours. Une invasion terrestre de Gaza.
  • La situation est dangereuse en raison de l'affaiblissement du Premier ministre Netanyahou et du président palestinien Mahmoud Abbas.

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