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L'Europe divisée face à l'accueil des réfugiés afghans

Plusieurs milliers d'Afghans menacés par le retour des talibans ont été évacués de Kaboul ces derniers jours. D'autres, pris au piège dans leur pays, devraient fuir par les frontières terrestres. ©Photo News

Les ministres européens de l'Intérieur se réunissent ce mardi pour traiter de la crise afghane et des réfugiés fuyant les talibans. L'UE, divisée sur les questions migratoires, devrait se concentrer sur une aide aux pays voisins de l'Afghanistan.

Plusieurs milliers d'Afghans ont réussi à fuir leur pays lors de l'opération d'évacuation organisée par les États-Unis et ses alliés à l'aéroport de Kaboul. Cette mission prenant fin le 31 août, de nombreux Afghans devraient choisir de fuir par les frontières terrestres vers les pays limitrophes. Les 27 ministres européens de l'Intérieur se réunissent ce mardi pour tenter d'élaborer une position commune sur cette crise migratoire potentielle et l'accueil de candidats réfugiés afghans supplémentaires. La discussion s'annonce difficile, l'UE étant traditionnellement divisée sur les questions migratoires.

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Selon les prévisions de l'ONU, la crise afghane pourrait provoquer l'arrivée d'un demi million de réfugiés supplémentaires dans les pays voisins.

La pression migratoire risque de monter durant les prochaines semaines. Selon les prévisions de l'ONU, cette crise pourrait provoquer l'arrivée d'un demi-million de réfugiés afghans supplémentaires cette année dans la région. Or, les pays voisins comme l'Iran et le Pakistan accueillent déjà près de 5,2 millions d'Afghans.

Pour ces réfugiés, la fuite est le seul salut face au régime des talibans. Si les "étudiants en théologie" affichent un visage plus modéré que lors de la prise de pouvoir en 1996, de nombreux Afghans se sentent menacés par le retour d'un régime islamiste fondé sur la charia.

Pas de référence à la crise de 2015

Les ambassadeurs européens se sont réunis lundi pour préparer la rencontre des ministres de l'Intérieur. Dans le texte discuté par les diplomates, toute référence à la crise migratoire de 2015 a été retirée afin d'éviter de "dramatiser" la situation.

Les Européens s'orientent vers une aide accrue aux pays voisins et aux organisation internationales, plutôt qu'à accueillir des réfugiés supplémentaires.

Le texte s'abstient aussi de fixer un nombre de réfugiés que l'UE pourrait accueillir ou qui pourraient être réinstallés entre les pays membres. Les ministres des Affaires intérieures discuteront de la proposition de la Commission de réinstaller 30.000 réfugiés d'ici 2022, toutes nationalités confondues. Mais il n'est pas question de fixer un nouveau cadre pour les réfugiés afghans.

Les ministres de l'Intérieur devraient insister sur les aspects de "sécurité", plutôt que de "solidarité". L'UE, divisée sur la question migratoire, n'a toujours pas réussi à réformer sa politique d'asile. Le dossier ne risque pas de progresser lors des quatre prochains mois sous la présidence slovène de l'UE, les pays de l'Est de l'Europe étant réticents à partager la charge de la migration.

Aide aux pays limitrophes

Lors de la crise de 2015-2016, l'UE avait conclu un pacte avec la Turquie, qui s'était chargée de l'accueil de millions de réfugiés fuyant la Syrie en échange d'une aide de 6 milliards d'euros.

"Les pays limitrophes seront impliqués davantage et avant l'Europe. Donc oui: cela veut dire également offrir à ces pays un soutien financier comme nous l'avons fait avec la Turquie."
Josep Borrell
Haut représentant de l'UE aux Affaires étrangères

L'UE devrait suivre la même stratégie avec les candidats réfugiés afghans. C'est ce qu'a laissé entendre le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, lors d'une interview avec le quotidien italien Corriere della Sera. "En ce qui concerne les questions relatives à l'Afghanistan, nous devrons renforcer la coopération avec les pays limitrophes. Nous devons les aider face à la première vague de réfugiés", a dit Josep Borrell.

"Les pays limitrophes seront impliqués davantage et avant l'Europe. Donc oui: cela veut dire également offrir à ces pays un soutien financier comme nous l'avons fait avec la Turquie", a-t-il ajouté.

Certains pays de la région ont clairement indiqué qu'ils resteraient fermés aux réfugiés. L'Ouzbékistan a annoncé lundi qu'il maintiendrait fermées ses frontières terrestres avec l'Afghanistan. La Turquie a entamé la construction d'un mur sur sa frontière avec l'Iran pour bloquer l'arrivée de nouveaux réfugiés afghans.

Les derniers GI's quittent Kaboul sous les tirs de Daech

Les dernières heures de l'occupation de l'Afghanistan ont sonné, alors que les troupes américaines terminent, ce mardi, leur opération de retrait. Lundi matin, pendant que les derniers diplomates américains étaient évacués, la défense antimissile américaine interceptait des roquettes tirées sur l'aéroport de Kaboul. Quelques heures plus tard, le groupe djihadiste État islamique au Khorasan revendiquait ce nouvel attentat.

Les tensions n'ont cessé de croître à l'approche de la date ultime du retrait occidental. Ces derniers jours, les Américains ont mené deux attaques de drones contre la branche afghane de l’organisation terroriste État islamique (Daech), en représailles à l'attentat de jeudi, qui pourrait avoir fait 170 morts.

Le porte-parole du Pentagone John Kirby a indiqué lundi que les menaces visant l'aéroport de Kaboul restaient "réelles" et "précises".

La date du retrait avait été fixée au 31 août par le président des États-Unis Joe Biden, suite à un accord conclu par Donald Trump. Mais Washington n'avait pas anticipé la reprise fulgurante du pays par les talibans. L'opération de retrait s'est déroulée dans le chaos le plus total, les Américains et leurs alliés étant forcés d'organiser l'évacuation précipitée des Occidentaux et d'anciens collaborateurs afghans. En dix jours, plus de 112.000 personnes ont été évacuées.

Les talibans ont promis aux Américains que le pays serait "en paix" après leur retrait, pour la première fois depuis 40 ans. Rien ne prouve qu'ils ne reviendront pas à une application stricte de la charia, comme ce fut le cas lorsqu'ils ont dirigé le pays de 1996 à 2001. Durant cette période les talibans ont procédé à des exécutions publiques, des lapidations et des amputations, et interdit aux filles et aux femmes d'aller à l'école ou de travailler. De nombreux Afghans, terrifiés par le retour des talibans, devraient tenter de fuir le pays.

La France et le Royaume-Uni ont réclamé lundi lors d'une réunion du conseil de sécurité de l'ONU la création d'une "zone protégée" à l'aéroport de Kaboul pour mener des opérations humanitaires. La Russie soutient cette initiative qui doit encore "être discutée" selon Moscou.

Le résumé

  • Face au risque d'une nouvelle crise migratoire suite à la prise de pouvoir des talibans, les ministres de l'Intérieur de l'UE se réunissent ce mardi pour tenter d'élaborer une position commune.
  • Le texte discuté lundi par les ambassadeurs européens ne fixe aucun chiffre concernant la réinstallation de réfugiés afghans.
  • L'UE devrait se concentrer sur l'apport d'une aide financière aux organisations internationales et aux pays voisins confrontés à l'arrivée de nouveaux réfugiés.
  • La plupart des réfugiés afghans sont accueillis dans les pays voisins, en Iran et au Pakistan.

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