"L'Europe est notre dernier espoir"

A Téhéran, un Iranien lit le journal du 9 mai, annonçant la décision du président américain Donald Trump de quitter l'accord sur le nucléaire. ©AFP

Encore sous le choc après le retrait américain de l’accord nucléaire, beaucoup d’Iraniens se disent anxieux pour leur avenir et craignent que la crise qui bouleverse leur pays les propulse vers la guerre.

"On savait que les Etats-Unis ne voulaient plus de cet accord, mais on espérait quand même que Trump changerait d’avis, explique Kamelia, 32 ans. J’ai l’impression que le cauchemar ne fait que commencer. La situation du pays était déjà catastrophique, elle risque maintenant de nous être fatale", poursuit cette habitante de Téhéran par téléphone.

Pour Payam, le mari de la jeune femme, c’est surtout le présage d’une guerre régionale contre l’Iran qui lui fait craindre le pire. "L’alliance entre l’Arabie Saoudite, Israël et les Américains ne présage rien de bon, confie-t-il. Le rapport de force n’a jamais été aussi menaçant et déséquilibré."

Crise existentielle du régime

Outre la sortie américaine et l’incertitude quand à la pérennité de l’accord nucléaire avec les autres signataires – européens et chinois en tête – la République islamique fait face à une telle crise existentielle que la presse et les opinions publique et intellectuelle évoquent l’éventualité d’un coup d’état au profit des Gardiens de la révolution, l’armée d’élite du régime iranien.

Selon ce politologue basé à Téhéran – et qui n’a pas souhaité être nommé – la survie du système politique iranien tel qu’il est aujourd’hui fait l’objet de "profondes divergences parmi les instances dirigeantes du pays". Des conflits idéologiques qui risqueraient, selon lui, de "mener à un coup d’état" orchestré par l’aile dure du pouvoir.

"Les ultra-conservateurs ont perdu une grande partie de leur soutien populaire, comme en témoignent les manifestations de ces derniers mois, mais ils contrôlent l’ensemble de l’appareil sécuritaire, explique-t-il. Ce sont eux qui ont les clés de la paix et de la guerre. Ils n’ont aucun intérêt à sortir de cette logique héritée de la révolution et qui consiste à s’opposer, de façon dogmatique et systématique, aux Etats-Unis et à Israël. Or, nous avons besoin de dialoguer ouvertement avec ces pays, ce n’est plus un tabou."

Désormais affaibli, le président réformateur Hassan Rohani est acculé par ses adversaires politiques pour avoir pris le risque de négocier avec les Américains.

"Pendant trois ans, le Trésor américain n’a cessé de bloquer l’accès de l’Iran au système bancaire international. Comment assurer nos échanges commerciaux et permettre l’arrivée de capitaux étrangers? Les Etats-Unis n’ont pas respecté leur part du contrat et veulent faire plier l’Iran", interpelle Reza, journaliste d’un quotidien conservateur.

Depuis plusieurs mois, les médias locaux évoquent la possibilité d’une prise de pouvoir par un "président-militaire", présenté comme étant l’unique alternative d’une reprise en main efficace et salvatrice des affaires du pays. "C’est le rêve des ultra-conservateurs, assure Reza. Les Iraniens sont conscients que le président Rohani n’est pas pleinement responsable de l’échec de l’accord sur le nucléaire, c’est surtout la méthode qui est remise en question. Certains parlent de la nécessité d’élaborer une stratégie beaucoup plus dure et sévère."

Dans ce contexte, le rôle de l’Union européenne apparaît crucial. "Par sa volonté de sauvegarder l’accord nucléaire et de rester ferme face aux Etats-Unis, l’Europe a la capacité de peser sur le jeu politique iranien et d’encourager les réformes voulues par le gouvernement actuel", soutient le journaliste. Un avis que partage Kamelia, pour qui l’Europe est le "dernier espoir".

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