analyse

L'Europe hors jeu dans la crise entre les Etats-Unis et l'Iran

©AFP

Une nouvelle fois, l’Union européenne affiche son impuissance face à une crise majeure au Moyen-Orient susceptible de l’affecter. Promesse de vengeance, accusations… Les tensions sont toujours fortes entre l’Iran et les Etats-Unis après l’assassinat du général Qassem Soleimani.

"Le Pape, combien de divisions armées?", disait Staline quand on lui demandait de garantir la liberté religieuse en Russie. "L’Europe, combien de divisions armées?" peut-on dire aujourd’hui, alors qu’une crise est en cours au Moyen-Orient après l’assassinat d’un général iranien, héros de la guerre contre Daech, sur ordre du président Donald Trump. Et que les Européens sont, à nouveau, confinés au rang de spectateurs.

Une nouvelle déstabilisation du Moyen-Orient, aux portes de l’Europe, aurait des conséquences dramatiques. Il suffit de se souvenir de la vague d’attentats et de la crise migratoire de 2015 provoquée par la guerre en Syrie. Tétanisée, l’Union fut confrontée, en retour, à un blocage institutionnel, des replis nationalistes et une montée de l’extrême droite.

"La Commission européenne peut faire des déclarations en politique étrangère. Et alors?"
Michel Vanden Abeele
Ancien directeur général de la Commission européenne

Une réunion des ministres européens des Affaires étrangères aura lieu vendredi à Bruxelles pour tenter de réagir au risque d’escalade entre l’Iran et les Etats-Unis. Vu l’urgence, le ministre belge des Affaires étrangères, Philippe Goffin, a renoncé à sa visite en République démocratique du Congo pour assister à cette rencontre. Ce mardi, les ministres des Affaires étrangères de la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont eu un premier échange sur la question, sans que rien de consistant n’en sorte.

Invisibles

Jusqu’ici, les Européens sont restés invisibles, à l’exception d’un appel à la désescalade du président du Conseil Charles Michel dès samedi.

La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a attendu trois jours avant de faire une déclaration similaire. Un peu court pour celle qui a annoncé une Commission "géostratégique". À sa décharge, l’exécutif européen n’a été doté par les traités d’aucun moyen de pression — comme une défense — pour appuyer une politique étrangère digne de ce nom.

La responsabilité en incombe aux États européens, assis sur leurs compétences dans ce domaine. "La Commission peut faire des déclarations en politique étrangère. Et alors? Elle ne dispose d’aucun instrument pour peser sur la crise iranienne, pas plus que sur la crise libyenne", dit Michel Vanden Abeele, ancien directeur général de la Commission européenne.

La tension continuait à monter en Iran, cinq jours après la mort du général Qassem Soleimani, abattu par un drone américain en Irak. L’enterrement du "martyr", à Kerman, a été accompagné de nouveaux appels à la vengeance scandés par une marée humaine déferlant sur la ville, aux cris de "Mort à l’Amérique".

Le régime iranien a fait savoir qu’il étudiait "treize scénarios de représailles".

Une bousculade a fait une cinquantaine de morts et environ 230 blessés. Un drame, ajoutant au climat anxiogène alimenté par les risques d’un conflit avec la première puissance mondiale. L’enterrement a été reporté de sept heures.

L’Iran a promis un "cauchemar historique" aux Etats-Unis, par la voie de son ministre de la Défense, Ali Shamkhani. Le régime iranien a fait savoir qu’il étudiait "treize scénarios de représailles" après l’assassinat du commandant d’al-Qods, la force des Gardiens de la révolution à l’étranger.

Les Etats-Unis maintiennent la pression sur l’Iran, à la limite du droit international. Le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, s’est vu refuser le visa américain pour assister ce jeudi à une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU.

L’assassinat de Qassem Soleimani pose aussi question sur le plan de la légalité. Pour tenter de s’en prémunir, les Etats-Unis ont affirmé ce mardi que le général iranien était en visite en Irak le jour de son assassinat pour planifier des opérations contre des diplomates et des installations de l’armée américaine.

"Une poignée" de soldats belges présents en Irak
Les soldats belges présents en Irak sont exposés à cette nouvelle montée des tensions entre l’Iran et les états-Unis. Qu’en est-il des effectifs? L’armée belge reste discrète.

"Nous avons encore une poignée de Belges en Irak qui travaillent au sein de la coalition mais pour des raisons de sécurité opérationnelle, nous ne fournissons pas de détails supplémentaires", dit un porte-parole de la Défense. La grande muette mérite plus que jamais son nom.

On évalue entre 30 et 80 le nombre de militaires belges présents en Irak ces dernières années, ce nombre évoluant en fonction des opérations.

Les forces belges sont présentes en Irak pour dans le cadre de la coalition internationale contre Daesh dirigée par les états-Unis. Les forces spéciales belges ont réalisé des opérations sur le terrain. Entre 2016 et 2017, notre pays a envoyé 6et puis 4 F-16. Les Pays-Bas ont pris le relais, les militaires belges assurant la protection des appareils.

Une trentaine de militaires belges contribuent au programme Building Partner Capacity visant à soutenir les troupes irakiennes. Il s’agit de "conseillers ou d’assistants agissant depuis un endroit sécurisé en Irak", explique la Défense.

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