L'Europe laisse le Canada isolé face à l'Arabie saoudite

La militante saoudienne des droits humains Samar Badawi, dont l'arrestation est à l'origine de la querelle diplomatique entre le Canada et l'Arabie saoudite. ©AFP

L’Arabie saoudite a déclenché un puissant feu diplomatique contre Ottawa après que le Canada a demandé la libération de défenseurs de l’égalité homme-femme récemment écrouées. L’Union européenne reste en retrait sur le sujet, contribuant de facto à isoler le Canada dans sa démarche.

Le Canada est seul pour défendre publiquement le sort des prisonnières politiques d’Arabie saoudite, et il en paye le prix fort. Riyad a déclenché un puissant feu diplomatique contre Ottawa après que le gouvernement de Justin Trudeau ait appelé à la "libération immédiate" des défenseurs des droits humains écrouées dans le pays.

Lundi, le gouvernement saoudien a suspendu ses liens diplomatiques avec le Canada, laissant 24h à l’ambassadeur canadien pour quitter le pays. Il a aussi suspendu "toute nouvelle initiative d’affaires et d’investissement" et fait part de son intention de transférer les 7.000 étudiants boursiers saoudiens du Canada vers d’autres pays – le Royaume-Uni et l’Irlande notamment. La compagnie aérienne Saudia a annoncé dans la foulée que ses quatre vols hebdomadaires vers le Canada seraient interrompus à compter du 13 août.

L’Europe en retrait

L’Union européenne, qui dit suivre la même ligne que le Canada en matière de droits humains, reste muette dans ce dossier, contribuant de facto à isoler Ottawa dans sa démarche face à Riyad. La Commission européenne a refusé mardi de prendre position, tant sur l’intensité de l’attaque diplomatique saoudienne contre son allié canadien que sur le fond du dossier. Elle s’en tient pour l’heure à une déclaration générale sur le fait que le respect des droits humains est au cœur de ses politiques, en attendant d’éventuelles précisions.

Nous avons passé notre propre message à l’Arabie saoudite, a encore ajouté la porte-parole sans en préciser la nature. Comme toujours, nous utilisons notre propre chaîne de contacts.
Maja Kocijančič
La porte-parole de la diplomatie de l’Union

"Nous avons demandé des clarifications aux autorités saoudiennes sur les circonstances autour de l’arrestation de défenseurs des droits humains en Arabie saoudite depuis la première arrestation en mai", a indiqué à L’Echo la porte-parole de la diplomatie de l’Union, Maja Kocijančič. L’Europe attend en particulier des détails sur les accusations portées contre elles. "Nous avons passé notre propre message à l’Arabie saoudite, a encore ajouté la porte-parole sans en préciser la nature. Comme toujours, nous utilisons notre propre chaîne de contacts."

"Nous avons demandé des clarifications aux autorités saoudiennes sur les circonstances autour de l’arrestation de défenseures des droits humains en Arabie saoudite depuis la première arrestation en mai."
Maja Kocijančič
Porte-parole du service européen d’action extérieure


Deux Badawi écroués

La semaine dernière, le régime saoudien avait arrêté deux défenseurs de l’égalité homme-femme et des droits des minorités, Samar Badawi et Naima al Sada. La première est la sœur d’un prisonnier politique célèbre, le blogueur Raïf Badawi, qui purge depuis 2012 une peine de dix ans de prison et de 1.000 coups de fouet pour ses prises de position.

Ces nouvelles arrestations, à la source du conflit diplomatique, ne sont que les dernières d’une longue série. Plusieurs des activistes des droits des femmes ont été arrêtées depuis le mois de mai pour raisons de "sécurité intérieure". Amnistie internationale cite notamment Loujain al Hathloul, Iman al Nafjan et Aziza al Yousef.

Retour de bâton

Dans ce contexte, le ministère canadien des Affaires étrangères s’était dit "gravement inquiet" par les nouvelles arrestations de défenseurs des droits des femmes, et avait lancé un appel aux autorités saoudiennes "à les libérer immédiatement, ainsi que tous les autres activistes pacifiques des droits humains". Riyad avait réagi en affirmant que le régime "n’acceptera d’aucun pays des diktats imposés", avant de rompre les liens diplomatiques avec Ottawa.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystina Freeland, a à son tour réagi en en affirmant que "le Canada se dressera toujours pour la protection des droits humains, y compris les droits des femmes et la liberté d’expression à travers le monde".

Le gouvernement Trudeau a fait de l’égalité des genres un de ses combats, et le risque économique découlant d’une telle crise est limité: les échanges entre les deux pays dépassent tout juste les 3 milliards de dollars. À titre de comparaison, l’UE a exporté l’an dernier pour 33,1 milliards d’euros vers l’Arabie saoudite, et en a importé pour 21,9 milliards.

La vague d’arrestations qui traverse l’Arabie saoudite depuis le mois de mai, et l’intransigeance diplomatique de Riyad tempèrent lourdement le caractère réformiste prêté au régime du nouvel homme fort du royaume, le prince Mohammed ben Salmane. Si le régime a accédé à l’une des requêtes portées par les militantes en question – permettre aux femmes de prendre le volant – il pratique depuis avec zèle le retour de bâton.

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