L'explosion du port de Beyrouth a finalement soufflé le gouvernement libanais

Le Premier ministre, Hussan Diab, a annoncé la fin de son gouvernement. ©REUTERS

La démission du gouvernement fait suite à celle de quatre ministres en deux jours. Des manifestants reprochent à la classe politique d’être responsable de l’explosion meurtrière qui a dévasté Beyrouth le 4 août.

Moins d'une semaine après la double explosion qui a rasé le port de Beyrouth, le Premier ministre libanais, Hussan Diab, a présenté la démission collective de son gouvernement. Le président libanais, Michel Aoun, a accepté cette démission et chargé Hussan Diab d’expédier les affaires courantes jusqu’à la formation d’un nouveau cabinet.

Dans son allocution, Hussan Diab accuse la classe politique traditionnelle libanaise et la corruption d'être responsables de l'explosion du port et de la situation politique et économique actuelle.

Face à l’ampleur du drame et la colère de la population, le ministre des Finances Ghazi Wazni a annoncé sa décision ce lundi, juste après celle de la ministre de la Justice Marie-Claude Najm. La ministre de l’Information Manal Abdel Samad et le ministre de l’Environnement Damianos Kattar avaient claqué la porte dimanche dernier.

La démission du gouvernement ne devrait cependant pas satisfaire le mouvement de protestation populaire qui réclame le départ de toute la classe politique.  Tous veut dire tous", ont clamé ces deux derniers jours les manifestants, appelant au départ de tous les dirigeants, dont Michel Aoun et le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah.

Gouvernement responsable

La raison de la colère de la rue est que la négligence du gouvernement serait parmi les responsables de la double explosion. Les 2.750 tonnes de nitrate d'ammonium qui ont rasé une partie de la capitale reposaient dans le port depuis plus de 6 ans. Le gouvernement était au courant du danger. Les Libanais crient leur colère et exigent donc des comptes.

Samedi, des milliers de protestataires ont défilé dans le centre-ville de Beyrouth. Menés par des officiers à la retraite, ils ont pris d’assaut le siège du ministère des affaires étrangères, le proclamant «quartier général de la révolution». Beaucoup pointent du doigt la corruption des pouvoirs politiques et financiers du pays, mais aussi leur incapacité à réformer le pays.

Une crise qui dure

Si l'explosion du 4 août a suscité de la colère, elle n'est que la goutte d'eau qui a fait déborder le vase une énième fois. Le matin même de l'explosion, une manifestation avait lieu contre les coupures d'électricité récurrentes devant le ministère de l'Energie.

"Je m’excuse auprès des Libanais, nous n’avons pas pu répondre à leurs attentes."
Manal Abdel Samad
Ancienne ministre de l'Information

Aujourd'hui, le pays est au coeur d'une crise économique sans précédent. Plus de 45% des Libanais vivent désormais sous le seuil de pauvreté au moment même où le pays entre en récession. Beaucoup se retrouvent sans rien et pour ceux qui possèdent encore des ressources financières, l'accès à leurs comptes est limité à une centaine d'euros.

En automne 2019, l'instauration d'une nouvelle taxe sur les appels effectués par des messageries en ligne avait poussé la population dans la rue. Au bout de plusieurs semaines, le gouvernement avait démissionné et avait été remplacé. Cette fois-ci, c'est l'explosion du port de Beyrouth qui a soufflé le gouvernement libanais. Si les Premiers ministres se succèdent, la crise pourrait s'éterniser.

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