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L'homme qui voit des ennemis partout

©Photo News

Au terme de six années à la tête du gouvernement israélien, Binyamin Netanyahou est un leader vieillissant et quelque peu usé. Sa rhétorique consistant à voir des ennemis d’Israël à peu près partout dans le monde commence à fatiguer les ressortissants de l’Etat hébreu.

Dix-neuf ans après avoir effectué une entrée fracassante sur la scène politique israélienne en battant le Premier ministre travailliste Shimon Peres aux élections, Binyamin Netanyahou (66 ans) n’est plus le leader charismatique de la droite qu’il était alors. Sa silhouette s’est épaissie et s’il a gardé la même voix grave et envoûtante, sa rhétorique consistant à voir des ennemis d’Israël à peu près partout dans le monde commence à fatiguer les ressortissants de l’Etat hébreu. Car ceux-ci préféreraient qu’il s’occupe un peu plus de leurs problèmes quotidiens. De la hausse du coût de la vie alors que les salaires ne suivent pas, du manque d’écoles et de logements…

©REUTERS

Mais voilà, Netanyahou, "Bibi" pour ses proches, ne se considère pas comme un leader israélien ordinaire. Né dans une famille très à droite défendant l’idée du "Grand Israël" englobant l’actuelle Jordanie, il est en effet persuadé d’avoir une mission à remplir envers et contre tout. Ce qui explique pourquoi, dans ses discours, il affirme souvent parler au nom des Israéliens, mais également du "peuple juif", ainsi que du "monde civilisé".

Lorsqu’il a accédé pour la première fois à la fonction de Premier ministre (1996-1999), Netanyahou se prétendait en tout cas mandaté pour défaire les accords de paix d’Oslo signés trois ans auparavant par les "traîtres" Itzhak Rabin et Peres. Un accord que le monde encensait et qui avait valu le Prix Nobel de la paix à ses protagonistes.

Puis, lorsqu’il est revenu au pouvoir en 2009, il a fait de la "lutte contre le terrorisme" son nouveau cheval de bataille. Cela, sur la base du livre "Combattre le terrorisme" (2002) dans lequel le futur patron du Likoud avait théorisé sa politique de la main de fer envers le Hamas, le Hezbollah et quiconque voudrait, selon lui, "rejeter les Juifs à la mer".

C’est sur la base de cette bible que le blocus israélien de la bande de Gaza a été renforcé et que trois opérations militaires importantes ont été déclenchées dans cette enclave palestinienne. Dans le même temps, Tsahal (l’armée de l’Etat hébreu) a également multiplié les "coups de filet antiterroristes" en Cisjordanie et que les chantiers poussaient comme des champignons dans les colonies de peuplement.

"Nouveau Churchill"

A tort ou à raison, les nombreux admirateurs israéliens de Netanyahou le considèrent comme un "nouveau Churchill". En raison de sa fermeté envers les Palestiniens malgré les pressions américaines, mais également parce qu’il a réussi à attirer l’attention de la communauté internationale sur le développement d’un programme nucléaire iranien et à obtenir que des sanctions économiques soient prises contre le régime de Téhéran. C’est d’ailleurs au nom de cet "esprit churchillien" que Netanyahou est allé narguer Barak Obama en prononçant le 4 mars, devant le Congrès américain, un discours censé torpiller la conclusion éventuelle d’un accord entre la communauté internationale et l’Iran.

Nombre de ceux qui le fréquentent en privé affirment pourtant que "Bibi" est un "homme charmant". Un bon vivant adorant la bonne bouffe et les traits d’humour. Reste que son mode de vie dérange en Israël. Son goût pour le luxe, sa villa en Césarée, (l’une des régions les plus chères de l’Etat hébreu), ainsi que ses nombreuses dépenses peu ou mal justifiées suscitent des interrogations. Elles risquent d’ailleurs de déboucher sur des poursuites judiciaires au lendemain des prochaines élections et de mettre fin à cette "destinée" que Netanyahou croit porter sur ses épaules.

Sa tête de Turc

Binyamin Netanyahou estime que "80% des journalistes sont des gauchistes" et que la presse locale ou étrangère lui en veut. Parmi ses têtes de Turcs figure Raviv Drucker, le chroniqueur de la chaîne télé Canal 10 qui a, entre autres, dévoilé des malversations financières actuellement à l’instruction.

Depuis lors, Netanyahou refuse de croiser Drucker. Le 12 mars, alors que la campagne électorale touchait à sa fin et que le Likoud avait besoin de rattraper son retard sur la liste travailliste, il a préféré annuler une longue interview prévue de longue date au prétexte que Drucker allait se trouver en studio.

 

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