analyse

L'Irak, médiateur entre Riyad et Téhéran

Le Premier ministre irakien Adel Abdel-Mehdi lors d'une rencontre avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane à Djeddah (Arabie Saoudite). ©Reuters

Les attaques contre deux sites pétroliers saoudiens le mois dernier ont renversé le rapport de forces dans la région. L’Arabie saoudite a donné son feu vert à l’Irak pour organiser des négociations avec l’Iran.

"Les Saoudiens et les Iraniens ont énoncé des conditions avant le début des négociations (...) Ce n’est pas chose facile que de réunir deux parties opposées en termes d’idéologie, de confession et d’alliances dans la région", a déclaré un proche du Premier ministre irakien, Adel Abdul-Mahdi, au site Middle East Eye ce mardi, confirmant le rôle d’intermédiaire joué par Bagdad entre les deux ennemis ataviques du Moyen-Orient.

Ces contacts informels entre Téhéran et Riyad font suite à la destruction de deux sites pétroliers stratégiques le 14 septembre dernier à l’est de la péninsule arabique. Réalisées avec un matériel qui semble indétectable, ces attaques de drones et de missiles de croisières auraient été opérées depuis le territoire irakien, revendiquées par les milices houthistes yéménites mais imputées – sans preuve irréfutable – à la république islamique iranienne.

Affaiblie et impopulaire

Enlisée dans une guerre au Yémen depuis près de cinq ans et visiblement incapable de protéger son territoire, la monarchie wahhabite est davantage affaiblie sur la scène diplomatique. Le soutien des Etats-Unis, principal allié de la famille al-Saoud depuis la fin de la seconde guerre mondiale, affiche aujourd’hui ses failles. Refusant une guerre contre l’Iran et conscient de l’impopularité grandissante du royaume au sein de l’opinion publique américaine depuis l’assassinat – d’une sauvagerie inouïe – du journaliste et opposant Jamal Khashoggi, le président Donald Trump encourage désormais ces derniers à "l’autodéfense".

"Ce n’est pas facile de réunir deux parties (si) opposées."
un proche du premier ministre irakien

A son retour de Djeddah, où il s’est entretenu avec le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) la semaine dernière, le Premier ministre irakien a dépêché son conseiller à la sécurité nationale à Washington pour discuter du calendrier des rencontres entre les dirigeants iraniens et saoudiens. "S’il existe un accord potentiel dans la région incluant le Yémen, la Syrie et l’Irak, cela ne posera aucun problème aux Américains", a assuré un responsable irakien.

Engagé dans sa reconstruction, l’Irak veut éviter de devenir le champ de bataille d’une guerre par procuration entre l’Iran et les Etats-Unis, lesquels tirent, côte à côte, les ficelles à Bagdad. Tandis que les premiers utilisent le pays comme voie de secours aux sanctions américaines, les seconds maintiennent la pression sur le gouvernement irakien pour qu’il mette un terme à sa dépendance énergétique (en gaz et électricité) vis-à-vis de Téhéran.

De plus en plus isolé, MBS, qui déclarait il y a peu que, de son vivant, "le Moyen-Orient dominerait le monde", ne se vante plus de vouloir anéantir l’ennemi perse. Dans un entretien à la chaîne américaine CBS dimanche, il a estimé qu’une guerre entre son pays et l’Iran provoquerait un "effondrement total de l’économie mondiale", laissant la porte ouverte à des négociations avec Téhéran, grand gagnant de ce nouveau rapport de forces régional.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect