interview

"L'Iran n'est pas la Corée du Nord"

Le président iranien Hassan Rohani et son ministre des affaires étrangères, Javad Zarif. ©EPA

Une opération militaire américaine contre l'Iran a été avortée en dernière minute dans la nuit de jeudi à vendredi. De quoi faire craindre une nouvelle montée des tensions irano-américaines et plus largement au Moyen Orient. Chercheur associé au CECRI, Vincent Eiffling nous confie son analyse de la situation.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, des avions de chasse et des navires de guerre américains étaient en position d'ouvrir le feu sur des installations militaires iraniennes avant que Donald Trump ne débranche la prise et annule l'opération. Alors que les tweets incendiaires et les déclarations belliqueuses font rage d'un côté comme de l'autre, nous avons demandé à Vincent Eiffling, chercheur associé au CECRI, au GRIP et spécialiste de l'Iran, de nous éclairer sur les risques que causent les tensions entre les Etats-Unis de Donald Trump et l'Iran d'Hassan Rohani, alors qu'elles semblent avoir atteint leur paroxysme.

Vincent Eiffling ©doc

Comment interpréter l'opération militaire américaine avortée de la nuit dernière? Esbroufe ou drame évité de justesse?
Les événements de la nuit dernière constituent le dernier épisode en date d'une logique qui a commencé il y a plus d'un an, avec le retrait américain des accords sur le nucléaire iranien. Par après, en plaçant les Gardiens de la révolution sur leur liste des organisations terroristes, les Etats-Unis de Trump savaient qu'ils touchaient à une organisation puissante, ayant des ramifications à beaucoup de niveaux et que l'Iran ne resterait pas sans réagir. Le sabotage des pétroliers en mer d'Oman n'a évidemment pas aidé à l'apaisement des tensions non plus et la vérité n'a pas encore été établie à ce sujet.

"Je pense qu'il n'y a jamais eu de réelle volonté de frapper du côté américain."
Vincent Eiffling

Concernant l'attaque de la nuit passée, je pense qu'il n'y a jamais eu de réelle volonté de frapper du côté américain. Le message prévenant l'Iran de l'opération militaire en cours que Donald Trump avait fait parvenir par l'intermédiaire d'Oman le prouve.

Comment comprendre la stratégie de communication des Etats-Unis (de Trump)? Et celle de l'Iran?
Comme lorsque deux voitures se défient frontalement en fonçant l'une vers l'autre, le premier à dévier de sa trajectoire se retrouvera perdant. Donald Trump cherche à faire monter la pression au maximum, comme il l'a fait avec la Corée du Nord. Ce qu'il veut, c'est organiser un sommet international avec le président Rohani, dans des conditions identiques à celles de sa rencontre avec Kim Jong-un, le leader nord-coréen. Seulement, l'Iran n'est pas la Corée du Nord, la stratégie de la pression maximum menée par les Américains ne fonctionnera pas. 

"Le risque d'incidents vient plus des acteurs sur le terrain que des décideurs."
Vincent Eiffling

En Iran, il faut toujours bien faire la différence entre les mots et les actes. Les dirigeants se diront inévitablement prêts au combat mais ils ne feront pas le premier pas. Il faut cependant bien comprendre que l'Iran a été humilié par la réimposition des sanctions économiques par les Etats-Unis. La population, même celle en opposition avec le régime, ne comprend pas l'acharnement de Trump et céder une nouvelle fois, après les concessions lourdes faites dans le cadre de l'accord nucléaire, est hors de question pour elle, comme pour ses dirigeants. En cela, le comportement agressif et menaçant de Trump est très dangereux.

Quels sont, selon vous, les risques réels de l'escalade des tensions?
Aucun des deux camps n'a intérêt à ce qu'une guerre éclate mais le risque d'incidents isolés, provoqués directement par des acteurs du terrain augmente avec la pression. Les forces armées américaines et celles des Gardiens de la révolution islamique sont souvent proches géographiquement de par leurs implications dans de nombreux conflits au Moyen-Orient (Syrie, Israël, Yémen) et il n'est pas inenvisageable que des incidents soient déclenchés indépendamment de la volonté des chefs d'Etats. Le risque d'incidents vient plus des acteurs sur le terrain que des décideurs.

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