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analyse

"L'Iran va se venger, mais sans affronter directement les États-Unis"

©Photo News

Attaque d’une monarchie du Golfe, prise d’otages, harcèlement des troupes américaines par les milices en Irak… L’Iran promet de venger la mort de Soleimani. L’Otan l’appelle à "la retenue".

Des milliers d’Iraniens ont déferlé ce lundi dans les rues de Téhéran pour rendre hommage au général Qassem Soleimani, abattu le 3 janvier par un drone américain. Aux cris de "Mort à l’Amérique", "Mort à Israël", la foule a appelé l’Iran à se venger. Sur Twitter, un des organisateurs des funérailles promettait une prime de 80 millions de dollars contre la tête de Donald Trump.

Le risque d’escalade est réel. L’Iran a promis de venger Soleimani "en frappant au bon endroit et au bon moment". Donald Trump a averti qu’il était prêt, en retour, à frapper 52 cibles en Iran, menaçant même de "toucher des sites culturels".

"Les alliés ont appelé à la retenue et à la désescalade. Un nouveau conflit ne serait dans l’intérêt de personne, donc l’Iran doit s’abstenir de davantage de violence et de provocations."
Jens Stoltenberg
Secrétaire général de l’Otan

La Commission européenne a appelé ce lundi l’Iran et les Etats-Unis "au dialogue" et "à la désescalade". Le même jour, les ambassadeurs des 29 pays de l’Otan ont tenu une réunion extraordinaire à propos de cette crise. "Les alliés ont appelé à la retenue et à la désescalade. Un nouveau conflit ne serait dans l’intérêt de personne, donc l’Iran doit s’abstenir de davantage de violence et de provocations", a dit le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg.

Les ministres européens des Affaires étrangères aborderont la crise iranienne vendredi. Si l’Iran violait le traité sur le nucléaire, l’Union pourrait décider de sanctions contre le régime iranien. Les Etats-Unis, eux, ont rétabli les sanctions contre Téhéran l’an dernier.

Les options de l’Iran

"L’Iran doit se venger, sans quoi le régime iranien se mettrait en danger. De quelle manière? Il faut attendre que la période des funérailles soit terminée pour être fixé", dit Ron Ben-Yishai, analyste israélien, spécialiste de la question iranienne. "L’Iran va se venger, mais sans affronter directement les Etats-Unis." Le combat tournerait, sans aucun doute, à l’avantage de l’armée américaine.

L’Iran pourrait faire appel à ses alliés en Irak. "Les Iraniens vont demander à l’Irak de pousser les Etats-Unis hors du pays. Ce sera facile, les milices irakiennes vont harceler les bases américaines", poursuit Ron Ben-Yishai. Téhéran pourrait aussi diriger une attaque contre une ou plusieurs monarchies du Golfe alliées à Washington, ce qui déstabiliserait le marché du pétrole.

"Les Iraniens pourraient prendre des Américains en otage, ce qui détruirait les chances de Donald Trump d’être réélu."
Ron ben yishai
analyste et professeur à l’université hébraïque de Jérusalem

Une prise d’otages n’est pas exclue, ce qui réveille le cauchemar de la crise des otages américains ayant empêché la réélection de Jimmy Carter en 1980. "Les Iraniens pourraient prendre des Américains en otage, ce qui détruirait les chances de Donald Trump d’être réélu", estime Ron Ben-Yishai.

Des actions pourraient être menées dans le Golfe d’Ormuz contre les intérêts américains. Tout conflit dans ce détroit aurait un impact économique dévastateur. Une cyberattaque est aussi envisageable.

Téhéran a menacé Israël, mais l’analyste n’y croit pas. "L’Iran est trop loin, et ses moyens sont limités", dit-il.

En guise de représailles, l’Iran s’est contenté, pour l’instant, d’annoncer son retrait de l’accord sur le nucléaire, afin de reprendre la production d’uranium enrichi. Mais Téhéran ne peut, et ne compte pas, fabriquer de bombe nucléaire dans l’immédiat. "Ils veulent avant tout la levée des sanctions américaines", dit Ron Ben-Yishai.

Le camp chiite renforcé

Qassem Soleimani était le commandant de la Force al-Qods, chargée des opérations extérieures des Gardiens de la révolution islamique. Il planifiait la stratégie de l’Iran au Moyen-Orient, implantant depuis plusieurs années ses forces et des milices alliées dans un "croissant" comprenant l’Irak, la Syrie et le Liban, au Yémen et en Afghanistan.

L’attaque, ordonnée par le Président des Etats-Unis Donald Trump, fait suite à une série d’actions iraniennes dirigées fin décembre contre les intérêts américains: le tir de 36 roquettes contre une base américaine à Kirkouk et l’incursion d’une milice proche de l’Iran dans l’ambassade des Etats-Unis en Irak. L’onde de choc de l’assassinat de Qassem Soleimani a renforcé le camp chiite, de Beyrouth à Bagdad.

Cette opération pourrait renforcer la popularité de Donald Trump en vue des élections en vue de la présidentielle de novembre 2020. Si telle était l’intention du républicain, l’acte semble fort improvisé. "Trump n’est pas un penseur, il a pris une bonne décision malgré lui, car les Iraniens avaient besoin d’une démonstration de force", dit l’analyste. Depuis plusieurs mois, al-Qods se livrait à des attaques ciblées contre les intérêts des pays du Golfe et les navires occidentaux dans le détroit d’Ormuz.

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