analyse

L'offensive turque rebat les cartes en Syrie

©AFP

L’opération militaire turque "Source de paix" dans le nord de la Syrie a débuté mercredi 9 octobre dans l’après-midi. Après huit ans de guerre, cette incursion militaire turque en Syrie marque une nouvelle phase du conflit.

1/ Pourquoi une intervention turque?

La Turquie avance deux raisons majeures à son intervention militaire dans le nord-est de la Syrie. D’une part, garantir sa sécurité avec la création d’un "corridor de paix" de 120 km de long et 30 km de large au sud de sa frontière avec la Syrie, entre l’Euphrate et la frontière irakienne. Le président Erdogan veut éliminer de cette zone les combattants kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), décisifs dans la lutte contre l’État islamique (EI) mais considérés par la Turquie comme une organisation terroriste liée au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). D’autre part, Ankara veut relocaliser entre 1 et 2 millions de réfugiés syriens actuellement en Turquie dans cette zone tampon au nord-est de la Syrie.

2/ Quelles sont les conséquences du retrait américain?

Malgré l’opposition de son gouvernement, le président Trump a décidé le retrait des unités américaines de la région, donnant ainsi un feu vert tacite à Erdogan.

Malgré l’opposition de son gouvernement, le président Trump a décidé le retrait des unités américaines de la région, donnant ainsi un feu vert tacite à Erdogan. Alliés des Américains et grands vainqueurs contre l’EI, les Forces démocratiques syriennes arabo-kurdes (FDS), commandées par les YPG, se retrouvent donc seules face à l’armée turque. Ces forces ont bien l’intention de défendre leur territoire durement repris à l’EI. Armées par les Etats-Unis, les FDS disposent d’un équipement militaire récent mais ne font pas le poids face à la puissance turque, deuxième armée de l’OTAN.

3/ Quelle marge de manœuvre reste-t-il aux Kurdes?

Les FDS qualifient le retrait américain de "poignard dans le dos". Elles ont lancé ce mercredi un appel à la "mobilisation générale pendant trois jours". "Nous appelons toutes les composantes de notre peuple à se diriger vers la zone frontalière pour assurer la résistance dans ce moment historique délicat", y lit-on. Mais face à la supériorité militaire turque, les Kurdes de Syrie n’excluent pas de demander son soutien à Damas. Une aubaine pour Bachar al-Assad, qui pourrait dès lors reprendre la main sur de larges territoires du nord-est, avec l’aide de ses alliés russes et iraniens.

4/ Est-ce une porte ouverte au régime syrien et à ses alliés?

"Nous défendrons l’ensemble du territoire syrien et nous n’accepterons aucune occupation".
Fayçal Mekdad
Vice-ministre syrien des Affaires étrangères

Fayçal Mekdad, le vice-ministre syrien des Affaires étrangères, a prévenu: "Nous défendrons l’ensemble du territoire syrien et nous n’accepterons aucune occupation". Le président russe Vladimir Poutine, grand allié du régime syrien, a demandé à son homologue turc de ne pas "saper le règlement pacifique" du conflit syrien. L’Iran, autre soutien de Damas, a fait part de son opposition à une "action militaire" turque en Syrie.

5/ Où en est la menace de l’État islamique?

Des milliers de djihadistes de l’EI capturés par les FDS sont gardés dans des camps fermés au Kurdistan syrien. Les forces kurdes ont mis en garde contre de possibles débordements, surtout si elles étaient appelées au front contre la Turquie. "Les camps et les centres de détention sont une bombe à retardement. Nous pouvons les surveiller, mais dans les zones où la sécurité est défaillante, l’État islamique pourrait se réorganiser", a fait savoir Kino Gabriel, porte-parole des FDS. L’EI a revendiqué mercredi un attentat à Raqqa, son ancien fief.

6/ Quid de la communauté internationale?

Réunis en Conseil de sécurité aux Nations unies, la Belgique, la France, l’Allemagne, la Pologne et la Grande-Bretagne condamnent l’offensive turque et préviennent qu’une déstabilisation de la région ouvrira la voie à la réorganisation de l’EI. La communauté internationale s’inquiète aussi pour les populations civiles forcées à fuir la zone des combats.

©Mediafin

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