Nouveaux heurts à Beyrouth

©EPA

Des nouveaux heurts ont éclaté dimanche soir dans le centre de Beyrouth entre les forces de l'ordre et un groupe de manifestants, ce qui marque la seconde journée consécutive d'affrontements après l'explosion meurtrière au port de la capitale libanaise.

Sur une avenue menant au Parlement, les manifestants ont jeté des pierres et tiré des feux d'artifice en direction de la police qui a répliqué avec des tirs de gaz lacrymogènes pour tenter de les disperser, a constaté un correspondant de l'AFP au lendemain de heurts similaires ayant fait des dizaines de blessés.

Cinq jours après la gigantesque explosion de Beyrouth qui a fait au moins 158 morts et des milliers de blessés, le gouvernement est confronté à la pression accrue d'une population accablée et furieuse.

Dans un pays déjà mis à genoux par une crise économique inédite aggravée par l'épidémie de Covid-19, des quartiers entiers de la capitale ont été dévastés par l'explosion. Et des centaines de milliers de Libanais se retrouvent sans abri, dormant parfois dans des maisons à moitié écroulées.

Contestation revigorée

Cette tragédie illustrant l'incurie du pouvoir a revigoré la contestation inédite déclenchée fin 2019, qui s'était notamment essoufflée avec la pandémie de nouveau coronavirus.

Chômage, services publics en déliquescence, difficiles conditions de vie: un soulèvement avait éclaté le 17 octobre 2019 pour réclamer le départ de toute la classe politique quasi-inchangée depuis des décennies. La crise économique s'était encore aggravée au cours des mois suivants, malgré la formation d'un nouveau gouvernement.

Dimanche, sur l'emblématique place des Martyrs, des centaines d'hommes, femmes et enfants se sont à nouveau rassemblés, brandissant des drapeaux libanais, sur fond de chants patriotiques. Des tentes ont été installées pour distribuer du pain, de l'eau et des repas chauds.

©REUTERS

Samedi, des milliers de manifestants avaient brandi sur la même place des balais et pelles, à l'heure où la population doit elle-même mener les opérations de nettoyage, le gouvernement n'ayant pris selon elle aucune mesure. Des groupes de protestataires avaient alors brièvement pris d'assaut les ministères des Affaires étrangères, de l'Economie, de l'Energie, ainsi que l'Association des banques. Quelque 250 personnes au total ont été blessées dans les heurts de samedi.

Démission

Face à l'ampleur du drame et l'ire de la population, qui réclame le départ depuis des mois de l'ensemble d'une classe dirigeante accusée de corruption, d'incompétence et de négligence, la ministre de l'Information, Manal Abdel Samad, a présenté sa démission. Selon des médias locaux, le Premier ministre Hassan Diab a lui rencontré plusieurs membres de son gouvernement et examine encore la situation avant de trancher sur une éventuelle démission collective de son cabinet. Face à la montée de la contestation, Hassan Diab, a annoncé samedi soir qu'il allait proposer des élections parlementaires anticipées.

Alors qu'une vingtaine de personnes sont toujours portées disparues, les recherches se poursuivent dans les ruines du port ravagé. L'armée libanaise a toutefois souligné dimanche qu'il y avait désormais peu d'espoir de retrouver des survivants.

Donateurs

Au niveau international, dans le sillage de son déplacement jeudi dans la capitale libanaise sinistrée, le président français Emmanuel Macron a appelé à "agir vite et avec efficacité" pour que l'aide "aille très directement et en toute transparence à la population", lors d'une visioconférence internationale de soutien au Liban meurtri.

©Photo News

Les pays réunis en visioconférence ont aussi insisté sur la nécessité d'une "enquête impartiale, crédible et indépendante" sur les circonstances de la catastrophe et proposé une assistance aux autorités libanaises en ce sens. Le président américain Donald Trump a également exhorté le gouvernement libanais à mener une enquête "complète et transparente".

Le président libanais Michel Aoun a exclu vendredi toute enquête internationale, opposant une fin de non recevoir à une demande en ce sens de son homologue français Emmanuel Macron.

5
millions d'euros
La Belgique a ajouté cinq millions d'euros d'aide humanitaire supplémentaire.

Au niveau financier, les participants à la conférence internationale des donateurs pour le Liban dimanche ont promis une aide d'urgence de 250 millions d'euros, selon l'Elysée.

Pour sa part, la Belgique a ajouté 5 millions d'aide humanitaire supplémentaire. "Nous le ferons par l'intermédiaire d'organisations partenaires multilatérales dans les secteurs où les besoins de la population libanaise sont les plus importants: en termes médicaux, bien sûr, mais aussi en termes de distribution de nourriture et de reconstruction de logements et d'infrastructures", a déclaré le ministre de la coopération au développement, Alexander De Croo. Comme plusieurs autres pays, la Belgique a déjà envoyé un avion-cargo C130 à Beyrouth vendredi soir avec du matériel médical et humanitaire urgent. Il a également été décidé de débloquer un million d'euros pour la Croix-Rouge.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés