La nouvelle crise du Golfe menace l'économie mondiale

Les marchés financiers sont inquiets quant à l’issue de la crise entre l’Iran et l’Arabie saoudite. ©AFP

Même si l’économie mondiale résiste pour l’instant, la nouvelle crise du Golfe la menace. Les Etats-Unis et l’Arabie saoudite tentent de calmer le jeu. Le risque vient surtout de l’imprévisibilité des acteurs de cette crise: Donald Trump, Mohammed ben Salmane et Ali Khamenei.

L’incertitude continuait à régner, trois jours après l’attaque de deux installations majeures du numéro un mondial du pétrole, Aramco. Les Etats-Unis et l’Arabie saoudite pointent l’Iran, qui a réduit de moitié les capacités de production du royaume, comme responsable de l’attaque. Mardi, les deux alliés s’abstenaient de jouer la surenchère, tant la situation est instable et inédite depuis la guerre du Golfe de 1990. Les risques de déstabilisation de l’économie mondiale sont élevés.

"L’Arabie saoudite est capable de répondre à une telle attaque", a averti mardi le gouvernement saoudien. Les dégâts causés par les tirs, attribués à des drones, ont révélé la vulnérabilité des installations stratégiques du premier producteur mondial d’or noir. Cette fragilité expose toute l’économie mondiale, même s’il apparaît que sa résistance s’est accrue par rapport aux précédentes crises.

"Négocier avec les Etats-Unis reviendrait à accepter qu’ils imposent leurs exigences à l’Iran."

Le président des Etats-Unis Donald Trump n’a pas réitéré ses menaces de représailles lancées dimanche, au lendemain de l’attaque.

L’Iran dément être derrière cette agression, revendiquée officiellement par des rebelles houthis. Les tensions se sont accrues depuis que les Etats-Unis ont dénoncé les accords sur le nucléaire conclus avec l’Iran et redémarré le régime des sanctions. L’attaque de samedi est une étape de plus vers un conflit dans la région.

Le président Trump a offert une négociation en direct avec l’Iran, mais le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei a affirmé mardi qu’il ne négocierait pas hors du format multilatéral des accords sur le nucléaire. "Négocier avec les Etats-Unis reviendrait à accepter qu’ils imposent leurs exigences à l’Iran", a-t-il écrit sur Twitter.

Les Etats-Unis ont la capacité militaire de frapper l’Iran en réponse à l’attaque inédite – et d’une précision chirurgicale – contre Aramco. Mais la question divise à Washington. Une telle opération nécessiterait une collaboration totale de l’Arabie saoudite. Or le royaume est usé par une guerre de cinq ans contre les rebelles chiites houthis au Yémen, qui a fait des dizaines de milliers de victimes au sein de la population civile. Ce conflit et l’assassinat sordide l’an dernier du journaliste Jamal Khashogi, a fini par ternir l’image du prince héritier Mohammed ben Salmane, dit "MBS".

La priorité de l’Arabie saoudite est de recouvrer ses capacités de production. L’attaque a éliminé d’un seul coup 5% de la capacité de fourniture mondiale de pétrole, ce qui a entraîné une flambée des cours du pétrole. Il faudra des semaines, voir des mois, pour les récupérer.

La résistance limitée de l’économie mondiale

Pour l’instant, l’économie mondiale résiste bien, démontrant qu’elle est moins vulnérable que lors des précédentes crises pétrolières. En 1990, lors de l’invasion du Koweït par l’Irak, c’est le risque de déstabilisation majeure des prix du pétrole qui avait conduit les Etats-Unis à entrer en guerre. La sacro-sainte règle de stabilité des prix, tirée de la crise pétrolière de 1973, devait être respectée. Mais la résistance de l’économie mondiale est limitée. Une prolongation de la crise actuelle, dans un monde dépendant des hydrocarbures, pourrait provoquer un ralentissement de la croissance et une inflation dans les pays les plus exposés.

Une issue imprévisible

L’Arabie saoudite, premier mondial du pétrole, vient de démontrer la fragilité de son système de défense. Mais le plus grave, dans cette crise, tient dans l’imprévisibilité de ses acteurs, qu’il s’agisse de Trump, "MBS" ou Khamenei. Un Président des Etats-Unis prompt à jouer la surenchère dans les menaces de conflit armé et l’usage de l’arme nucléaire. Une monarchie saoudienne affaiblie, qui n’hésite pas à faire tuer et découper un opposant dans un consulat et connu pour son irrespect des droits humains. Un régime iranien de plus en plus radical, qui cherche la moindre occasion pour allumer des incendies dans une région du monde qui s’avère, plus que jamais, être une véritable poudrière.

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