La politique belliqueuse de Trump pousse Erdogan vers d'autres alliés

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L’économie turque est douchée par les sanctions américaines. Le président Erdogan accuse les Etats-Unis de vouloir frapper la Turquie "dans le dos". Ankara se tourne vers de nouveaux alliés.

"J’aime bien ce type", avait lâché le président des Etats-Unis Donald Trump, avec désinvolture, à propos de son homologue turc Recep Tayyip Erdogan devant quelques journalistes, lors du sommet de l’Otan à Bruxelles début juillet. Un mois plus tard, l’idylle entre les deux hommes est morte, pour faire place à un pugilat qui bouscule les marchés.

Officiellement, la livre turque décroche depuis la décision de Donald Trump d’imposer, vendredi dernier, des sanctions économiques contre la Turquie suite à l’arrestation par Ankara du pasteur évangélique Andrew Brunson pour "terrorisme" et "espionnage". Washington a doublé les tarifs douaniers sur les importations d’acier et d’aluminium. Du coup, la livre s’est effondrée de 16%. Début août des sanctions individuelles avaient déjà été prises contre deux ministres turcs.

En réalité, la monnaie turque se déprécie depuis de longs mois. Cette année, elle a perdu 40% de sa valeur face au dollar et l’euro. Le dollar de plus en plus fort et l’opposition du président Erdogan de remonter les taux d’intérêt ont alarmé les investisseurs en mars, au début de la campagne présidentielle. La réélection d’Erdogan et sa propension à concentrer tous les pouvoirs ont ajouté au climat pessimiste.

"Tout président que tu es, tu ne peux pas t’endormir et dire au réveil: voilà, j’impose tant de taxes sur l’acier et l’aluminium."
Recep Tayyip Erdogan
président de la Turquie

Depuis plusieurs années, le président Erdogan inquiète les Etats-Unis et l’Europe par le durcissement progressif et irréversible de son régime autocrate. La nomination, lundi, de son gendre Berat Albayrak au poste des Finances est une illustration de plus de cette volonté de concentrer des pouvoirs au sein de son clan.

Ankara s’isole de ses alliés occidentaux. Or, l’économie turque ne peut vivre en autarcie. Elle a besoin chaque année de 200 millions de dollars de fonds étrangers pour continuer à croître. Si les Etats-Unis ne lui fournissent pas, elle devra aller les chercher ailleurs.

Recep Tayyip Erdogan sait faire profil bas quand les intérêts de son pays le réclament. Cette fois, il a choisi l’escalade et accumule les pieds de nez à Washington. "D’un côté, vous êtes avec nous dans l’Otan, de l’autre, vous cherchez à frapper votre partenaire stratégique dans le dos. Une telle chose est-elle acceptable?" a-t-il lancé lundi, avant de viser Donald Trump personnellement. "Tout président que tu es, tu ne peux pas t’endormir et dire au réveil: voilà, j’impose tant de taxes sur l’acier et l’aluminium."

La Turquie se tourne vers de nouveaux alliés

Cette contre-attaque permet au président Erdogan de renforcer son aura auprès de ses partisans, en invoquant un "complot" contre la Turquie, une rengaine déjà utilisée lors du putsch manqué de juillet 2016. Elle signale aussi son intention de se tourner vers d’autres alliés.

Où va-t-il aller chercher ses capitaux? La Turquie peut compter sur plusieurs alliés. La Russie et la Chine, de plus en plus en froid avec les Etats-Unis depuis que Donald Trump leur a déclaré une guerre commerciale sans merci.

La Russie n’est plus cet ennemi d’antan qui cabrait la Turquie. Le Président turc s’est rapproché de Vladimir Poutine lors de la guerre en Syrie, au point d’acheter à la Russie un système de défense antiaérien S-400, devenu une source de tensions entre Ankara et Washington.

La Chine est prête à se rapprocher de la Turquie. Le mois dernier, à peine les Etats-Unis avaient-ils menacé de prendre des sanctions que le pouvoir turc annonçait l’octroi d’un prêt de 3,6 milliards de dollars par ICBC, la première banque du monde, pour les secteurs de l’énergie et des transports.

Le Qatar, doté d’un puissant fond souverain, est aussi sur la liste des partenaires privilégiés de la Turquie, même si le petit pays du Golfe est touché par des sanctions imposées par les Etats voisins.

Le jeu dangereux d’Erdogan

Le jeu du président Erdogan est dangereux. Ses éclats de voix et autres discours incantatoires, utiles pour coaliser ses électeurs sur le plan politique, n’ont aucune prise sur les cours de la livre. Ce n’est pas en demandant à ses concitoyens d’investir dans la monnaie nationale qu’il va en redresser le cours. La crise monétaire pourrait se muer en crise de la dette, voire financière.

Le ministre turc de l’Intérieur avait beau, lundi, accuser des internautes de "comploter" contre la monnaie turque en cherchant à faire baisser son cours par des messages décourageants, cela n’a rien changé. La banque centrale turque a tenté de rassurer les investisseurs en annonçant qu’elle fournirait les liquidités dont les banques auraient besoin. Mais les sorties du Président turc ont sapé ses efforts. Le refus constant de Recep Tayyip Erdogan de toucher aux taux d’intérêt n’arrange rien. Les Turcs, eux, voient leur pouvoir d’achat fondre de jour en jour.

Cette stratégie visant à isoler les Etats-Unis pourrait se retourner contre le président Erdogan. Après tout, la Chine et la Russie n’ont qu’un intérêt limité à aggraver leurs tensions avec Washington. L’économie russe, à peine au niveau de celle de l’Espagne, n’a pas la résistance suffisante. Quant au Qatar, il doit se concentrer sur l’embargo qui pèse sur son économie.

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