La Russie et la Turquie prennent la main en Libye

Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan ©EPA

Alors que l’Union européenne tente en vain de s’imposer sur la question libyenne, la Russie et la Turquie semblent désormais tenir dans leurs mains l’avenir du pays en guerre civile.

Comme pour la crise iranienne, l’Union européenne semble à nouveau relégué au rang d’observateur en Libye. Mercredi, le président du Conseil européen Charles Michel a promis au chef du gouvernement libyen Fayez el-Sarraj "d’intensifier les efforts" pour empêcher "une escalade" dans le conflit l’opposant au maréchal Haftar. Peu après, le Président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan annonçaient un cessez-le-feu en Libye dimanche prochain, damant le pion à l’Europe.

Le cessez-le-feu sera-t-il respecté? Ni el-Sarraj, ni Haftar n’ont à ce jour donné de réponse claire. Mais Poutine et Erdogan ont les moyens de se faire entendre.

"L’armée d’Haftar est appuyée par une force d’environ 2.500 mercenaires russes du groupe Wagner."
Une source diplomatique

La Russie et la Turquie sont mieux positionnées que l’Union pour imposer une suspension des hostilités. Le Président Erdogan a commencé à déployer des troupes en début de semaine pour soutenir le gouvernement d’union nationale (GNA) dirigé par el-Sarraj, le seul reconnu par les Nations unies.

L’intervention de la Turquie a été sollicitée par la Libye, les deux pays étant des alliés historiques. Elle est motivée par la mise en œuvre de deux accords conclus avec le gouvernement libyen sur la coopération militaire et les frontières maritimes, dans des eaux regorgeant d’hydrocarbures, à la grande colère d’Athènes.

Mercenaires russes

En face, les forces du maréchal Haftar, l’Armée nationale libyenne (ANL) sont soutenues par la Russie, l’Egypte et les émirats arabes unis. "L’armée d’Haftar est appuyée par environ 2.500 mercenaires russes du groupe Wagner. Ces militaires, bien entraînés et suréquipés, auraient infligé des pertes sérieuses aux forces du GNA", dit une source diplomatique.

Ces derniers jours, les combats se sont intensifiés au sud de Tripoli où les forces d’Haftar tentent d’entrer dans la ville. Leur avancée se poursuit depuis qu’elles se sont emparées de Syrte, une ville stratégique entre l’est et l’ouest de la Libye.

Intérêts énergétiques

Moscou et Ankara, soucieux de renforcer leur assise géopolitique dans cette région, sont parvenus à s’entendre sur la question libyenne.

Moscou et Ankara, soucieux de renforcer leur assise géopolitique dans cette région, sont parvenus à s’entendre sur la question libyenne. Tout comme ils l’ont fait en Syrie, où leurs intérêts divergent également.

Outre leurs vues politiques, Moscou et Ankara poursuivent leurs intérêts énergétiques. L’annonce du cessez-le-feu s’est faite le jour même de la visite de Vladimir Poutine en Turquie pour procéder au lancement du gazoduc TurkStream avec le Président Erdogan. Grâce à cette nouvelle infrastructure, la Russie pourra alimenter l’Europe du sud en gaz sans passer par l’Ukraine.

L’Europe sur la touche

En dépit des efforts de Charles Michel, l’Union européenne a du mal à parler d’une seule voix dans ce dossier. L’Italie, comme un bon nombre d’autres gouvernements européens, soutient el-Sarraj, en partie pour des questions migratoires, tandis que la France et la Grèce sont derrière le maréchal Haftar.

La France, comme l’Egypte, considère comme "nuls et non avenus" les accords entre la Turquie et la Libye sur la délimitation territoriale et le soutien militaire turque.

La France, comme l’Egypte, considère comme "nuls et non avenus" les accords entre la Turquie et la Libye sur la délimitation territoriale et le soutien militaire turque. Pour le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, ces accords "s’écartent délibérément du droit international et aggravent la situation".

L’Algérie, pays voisin de la Libye, a multiplié les initiatives ces derniers jours en faveur d’une solution diplomatique. Le gouvernement algérien s’inquiète des ingérences étrangères dans cette guerre civile où les grandes puissances s’affrontent sur fond d’enjeux énergétiques.

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