La Turquie déclare vouloir accentuer son intervention en Syrie

©AFP

Ankara, qui soutient les rebelles, participe à la coalition menée par les Etats-Unis contre Daech mais s'est aussi réconciliée avec la Russie qui, elle, soutient Bachar al-Assad.

"Il est clair que le régime syrien a compris que la structure que les Kurdes tentent de former dans le nord a commencé à devenir une menace pour la Syrie aussi"
Binali Yildirim
Premier ministre turc

La Turquie souhaite être "plus active" sur la crise syrienne dans les six mois pour tenter de faire "cesser le bain de sang", a annoncé samedi son Premier ministre, sans toutefois fournir d'indication sur une plus grande implication turque.

"Nous disons que le bain de sang doit cesser. Les bébés, les enfants, les innocents ne devraient pas mourir", a dit le chef du gouvernement Binali Yildirim à des journalistes au sujet du conflit qui a fait en cinq ans et demi plus de 290.000 morts de l'autre côté de sa frontière.

"C'est la raison pour laquelle la Turquie va être plus active en essayant d'empêcher (la situation) de s'aggraver au cours des six prochains mois", a dit Yildirim.

Il n'a pas précisé les contours d'une plus grande intervention d'Ankara qui soutient les rebelles, participe à la coalition menée par les Etats-Unis contre le groupe Etat islamique (EI), met à sa disposition la base d'Incirlik (sud) pour les frappes antijihadistes et encore récemment réclamait le départ du président Bachar al-Assad.

L'aviation du régime syrien survole Hassaké malgré les menaces américaines

L'aviation syrienne a survolé ce samedi ostensiblement Hassaké en dépit de la mise en garde américaine contre des frappes pouvant mettre en danger ses conseillers qui aident au sol les forces kurdes dans cette région du nord-est de la Syrie.

Cette semaine s'est ouvert un nouveau volet de la guerre qui fait rage depuis cinq ans, avec le bombardement pour la première fois par les avions du régime des positions kurdes sur cette ville du nord-est du pays.

Il n'était pas clair si les avions du régime, qui ont effectué des survols dans la nuit de vendredi à samedi, ont effectué samedi des frappes alors que de violents accrochages se déroulaient au sol, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

A l'image du pays, la ville de Hassaké est morcelée: les deux-tiers sont tenus par les forces kurdes et le reste est aux mains du régime.
Les frappes du régime ont été déclenchées après le début mercredi de combats entre la milice pro-gouvernementale et les forces kurdes à Hassaké.
Les affrontements ont fait depuis au moins 41 morts, dont 25 civils, parmi lesquels 10 enfants, a indiqué l'OSDH. Par ailleurs, des milliers d'habitants ont quitté la ville.

Mais Ankara s'est réconcilié avec la Russie et a accéléré ses contacts avec l'Iran, avec un échange de visites des chefs de la diplomatie à Ankara et Téhéran en une seule semaine. La Russie comme l'Iran soutiennent activement Bachar al-Assad.

"Que nous l'aimions ou pas, Assad est aujourd'hui l'un des acteurs" de la guerre dans ce pays et il est possible de "lui parler pour la transition", a dit Yildirim, tout en ajoutant: "en ce qui concerne la Turquie cela est hors de question" de le faire.

"Nous pensons que le PKK, Daech et Assad ne devraient pas faire partie de l'avenir de la Syrie", a-t-il dit, en référence aux combattants kurdes du Parti des Travailleurs du Kurdistan et à l'EI.

"Nous allons travailler davantage. L'instabilité (en Syrie) nous fait souffrir", a ajouté Yildirim, dont le pays accueille 2,7 millions de réfugiés syriens, dont 10% dans des camps.

Interrogé sur Incirlik, Yildirim a indiqué que la Russie n'avait pas demandé à utiliser la base parce qu'elle n'en a pas besoin", disposant déjà "de deux bases en Syrie".

Livrant la première réaction turque aux frappes syriennes contre les combattants kurdes à Hassaké (nord-est), Yildirim s'est réjoui que Damas ait "compris" que les Kurdes devenaient "une menace pour la Syrie aussi".

"C'est une situation nouvelle" et "il est clair que le régime (syrien) a compris que la structure que les Kurdes tentent de former dans le nord (de la Syrie) a commencé à devenir une menace pour la Syrie aussi", a déclaré Yildirim, au sujet de l'ambition des Kurdes de relier les unes aux autres les régions sous leur contrôle, de l'autre côté de la frontière turque.

La Turquie ne veut surtout pas voir les Kurdes constituer une unité territoriale à ses portes. Elle livre une guerre interminable et très meurtrière dans le sud-est anatolien aux "terroristes" du PKK depuis 1984, un conflit qui a connu cette semaine une nouvelle flambée tout en gagnant l'est du pays.

Pourtant, les combattants kurdes du YPG, branche syrienne du PKK selon Ankara, sont devenus, notamment pour Washington, la force la plus efficace contre les jihadistes de l'EI.

Jeudi dernier, une source gouvernementale locale syrienne avait affirmé à l'AFP que les bombardements étaient "un message aux Kurdes pour qu'ils cessent de faire des revendications territoriales qui touchent à la souveraineté nationale", alors que ceux-ci ont déjà auto-proclamé en mars une "région fédérale".

Un combattant kurde près de Mossoul, en Irak. Les Kurdes sont présents sur plusieurs fronts pour lutter contre Daech. ©EPA

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