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La Turquie envoie des forces en Libye

©REUTERS

La Turquie annonce l’envoi de troupes en Libye. Pour l’instant, il s’agit de conseillers, de drones et de quelques forces spéciales. L’Europe craint une "escalade imminente de la violence".

Le ministre des Affaires étrangères turc Mevlut Cavusolglu a annoncé lundi le déploiement de troupes turques sur le sol libyen. Il serait question, dans un premier temps, d’experts militaires et d’éléments des forces spéciales, qui viennent renforcer des équipes de conseillers déjà sur place depuis avril dernier.

Le parlement turc a voté le 2 janvier une loi autorisant la Turquie à intervenir en Libye pour soutenir le gouvernement d’union nationale (GNA) dirigé par Fayez el-Sarraj et reconnu par l’ONU. Dimanche, le président turc Recep Tayyip Erdogan annonçait le début imminent du déploiement "au sol, sur mer et dans les airs". La loi, au contenu très flou, lui laisse tout pouvoir de décision.

"Il est plus urgent que jamais de travailler véritablement à une solution politique à la crise en Libye."
Josep Borrell
haut représentant de l’UE aux affaires étrangères

Les forces turques combattront celles du maréchal Haftar, soutenu, par la Russie, la France, l’Egypte et les Emirats arabes unis.

Le conflit local entre l’est et l’ouest de la Libye semble attirer de plus en plus les tensions entre puissances étrangères qui s’étaient jusqu’ici focalisées sur la Syrie.

Sur le terrain, les forces d’Haftar hâtent leur progression. Lundi, elles annonçaient s’être emparées de la ville de Syrte, à 450 km de Tripoli. Cette prise stratégique a été réalisée après une progression rapide. La ville était aux mains du gouvernement officiel depuis qu’il en avait éjecté le groupe État islamique en 2016.

L’Europe divisée

La situation inquiète l’Union européenne. "Les derniers événements en Libye indiquent qu’une escalade de la violence autour de Tripoli pourrait être imminente", estime Josep Borrell, le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères. "Il est plus urgent que jamais de travailler véritablement à une solution politique à la crise en Libye", a-t-il ajouté. Un mantra plein de bonne volonté, mais que l’Union répète depuis plusieurs années sans que la situation n’ait évolué.

Cette fois encore, la diplomatie européenne étale son impuissance. La France et la Grèce sont opposées aux ambitions de la Turquie. Athènes est d’autant plus remontée qu’Ankara a signé fin décembre avec la Libye un accord lui donnant l’accès à des zones maritimes regorgeant d’hydrocarbures et proches de ses eaux territoriales.

L’Italie, par contre, soutient le gouvernement officiel de Fayez al-Sarraj. Cette division laisse le champ libre aux pays dirigés par des autocrates, comme la Chine, la Russie et la Turquie.

Drones, milices syriennes

Reste à savoir si la Turquie, qui détient l’armée la plus puissantes de la région, est en mesure de déployer les grands moyens en Libye. Pour l’instant, le déploiement se limite à des conseillers, quelques forces spéciales et environ 300 hommes appartenant à des milices syriennes fidèles à la Turquie.

L’ambassade des Etats-Unis à Tripoli s’est inquiétée lundi "des interférences étrangères toxiques" dans le conflit local. Elle fait aussi état de la présence de mercenaires russes sur le terrain. La Turquie a également envoyé des drones en Libye, véritable terrain d’essai pour sa technologie dans ce domaine.

Pour beaucoup d’observateurs, l’escalade entamée par le président Erdogan est avant tout verbale. Il ne semble pas avoir de plan précis derrière ses annonces, sinon montrer à l’opinion publique turque sa volonté de rétablir la "grandeur de la Turquie" et la sphère d’influence de l’ancien empire ottoman.

Face aux députés de son parti, l’AKP, il a rappelé à plusieurs reprises le rôle de la Turquie dans la création de l’État libyen, pour lequel le fondateur de la république turque Mustafa Kemal Pacha Atatürk s’est battu.

Enjeu économique

Le soutien armé de la Turquie à la Libye intervient en échange de la signature de l’accord sur les hydrocarbures, qui rétablit une frontière entre les deux pays. Cet accord pourrait bloquer le passage d’un pipeline entre Israël, Chypre et la Grèce.

Parallèlement, Erdogan s’apprête à lancer le gazoduc Turkstream, le 8 janvier, lors d’une visite du président russe Vladimir Poutine.

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