La Turquie lance son opération militaire en Syrie, réunion d'urgence du Conseil de sécurité

©REUTERS

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé le début d'une nouvelle opération militaire contre la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) soutenue par les pays occidentaux, mais bête noire d'Ankara. Une opération condamnée par l'Union européenne et qui a poussé plusieurs pays à saisir le Conseil de sécurité de l'ONU.

L'armée turque a commencé à bombarder les milices kurdes dans le nord de la Syrie. Baptisée "Source de paix", l'opération militaire a été lancée ce mercredi par l'aviation et l'artillerie turques. Le président turc Recep Tayyip Erdogan l'a annoncée sur Twitter: "Les Forces armées turques et l'Armée nationale syrienne (des rebelles syriens soutenus par Ankara) ont débuté l'opération 'Source de paix' dans le nord de la Syrie", a-t-il écrit sur le réseau social.

Une forte explosion a été entendue dans la région de Ras al-Aïn, située dans le nord syrien à la frontière avec la Turquie, a rapporté un correspondant de l'AFP, peu après l'annonce par Ankara du lancement de son offensive. Rapportant la fuite de milliers de civils, le correspondant de l'AFP a pu voir des colonnes de fumée s'élever tout près de la frontière tandis que des avions survolaient le secteur. "Les avions de guerre turcs ont commencé à mener des frappes aériennes sur des zones civiles, il y a une forte panique parmi les gens", a indiqué de son côté un porte-parole des forces kurdes, Mustafa Bali.

"La zone de sécurité que nous allons créer va permettre le retour des réfugiés syriens dans leur pays", a-t-il ajouté. Cette offensive, que la Turquie menaçait de lancer depuis plusieurs mois, est la troisième que mène Ankara en Syrie depuis 2016. Après quelques heures de bombardement, le bilan était déjà d'au moins 15 morts, dont 8 civils, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). D'après l'OSDH, qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie, 40 personnes ont également été blessées ce mercredi.

Vers 21h30, la Turquie a annoncé le début de la phase terrestre de l'offensive. L'armée turque est entrée dans le nord de la Syrie, à l'est de l'Euphrate, et a commencé ses opérations au sol, a ainsi indiqué le ministère turc de la Défense.

Que cherche la Turquie?

Ankara voudrait créer une "zone de sécurité", sorte de tampon de 30 km de profondeur s'étirant de l'Euphrate à la frontière irakienne, soit 480 km.
Cette zone aurait vocation d'accueillir une partie des 3,6 millions de Syriens réfugiés en Turquie et de séparer la frontière turque des territoires conquis par les YPG en plein chaos syrien.

Si les pays occidentaux louent le rôle des YPG dans la défaite militaire du groupe Etat islamique (EI) en Syrie, Ankara les considère comme des "terroristes" en raison de leurs liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui mène une guérilla en Turquie.

 

Feu vert américain

La Turquie a reçu le feu vert des Américains pour lancer cette opération préparée de longue date. Suite à un coup de fil avec Erdogan ce week-end, le président américain Donald Trump avait indiqué qu'il ordonnait le retrait des troupes US présentes dans la zone, abandonnant leurs alliés kurdes à leur sort en laissant le champ libre à une invasion turque. Donald Trump avait ensuite fait mine de faire marche arrière, menaçant "d'anéantir" l'économie turque si Erdogan et son armée "dépassent les bornes".

©MEDIAFIN

Préparant le terrain de l'invasion, Recep Tayyip Erdogan s'était aussi entretenu ce mercredi avec Vladimir Poutine, dont l'armée est également présente en Syrie. Le président turc a assuré que cette opération - illégale aux yeux des règles internationales - contribuerait à apporter "paix et stabilité" dans le chaos syrien.

La Russie et la Turquie, qui soutiennent des camps opposés dans le conflit syrien, ont renforcé leur coopération ces dernières années, en particulier dans le nord-ouest de la Syrie. Mais mardi, Moscou a appelé à ne pas "saper le règlement pacifique" du conflit en Syrie. De son côté, le régime syrien de Bachar el-Assad s'est dit déterminé à "contrecarrer toute agression turque par tous les moyens légitimes".

Réactions indignées

Le Congrès américain va faire payer "très cher" au président turc son offensive en Syrie. C'est ce qu'a déclaré dans la foulée du lancement de cette opération l'influent sénateur républicain Lindsey Graham. "Priez pour nos alliés kurdes qui ont été honteusement abandonnés par l'administration Trump", a-t-il écrit sur Twitter. "Je vais mener les efforts aux Congrès pour qu'Erdogan paie très cher", a ajouté celui qui est d'ordinaire un proche soutien du président Donald Trump.

Donald Trump qui a indiqué quelques minutes plus tard qu'il ne cautionnait pas cette attaque. "Les Etats-Unis n'approuvent pas cette attaque et ont clairement indiqué à la Turquie qu'il s'agissait d'une mauvaise idée", a déclaré le président américain. "La Turquie s'est engagée à protéger les civils, les minorités religieuses, notamment les chrétiens, et à faire en sorte qu'aucune crise humanitaire ne se produise - et nous veillerons au respect de cet engagement."

Par la voix de son président Jean-Claude Juncker, la Commission européenne a exigé quant à elle l'arrêt de l'offensive turque "qui ne donnera pas de résultat" et averti qu'aucun financement européen ne serait accordé "pour une zone de sécurité". La France a, elle aussi, condamné "très fermement" cette opération militaire et saisi le Conseil de sécurité de l'ONU, dont le président en exercice, l'ambassadeur sud-africain Jerry Matthews Matjila, a appelé à "épargner les civils" et à "exercer un maximum de retenue" en Syrie. Celui-ci se réunira en urgence ce jeudi, à la demande donc de la France, mais aussi de la Belgique, l'Allemagne, la Pologne et le Royaume Uni.

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