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analyse

"La Turquie risque un clash en Syrie avec plus fort qu'elle"

Un commando turc soutient les rebelles syriens dans l'enclave d'Iblib. ©Photo News

Après la mort de 33 militaires turcs, et, en représailles, celle de 309 soldats syriens, les craintes d'une guerre totale entre la Syrie et la Turquie sont fortes. Ankara cherche l'aide des Occidentaux et menace l'Europe d'une nouvelle crise migratoire.

Une frappe aérienne des forces syriennes a tué jeudi 33 militaires turcs à Idlib (nord-ouest de la Syrie). En représailles, la Turquie a procédé à des tirs massifs d'artillerie et de drones, abattant 309 soldats syriens. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a demandé une réunion d'urgence de l'Otan et menacé l'Europe d'une nouvelle vague migratoire.

C'est une escalade sans précédent dans le conflit opposant le régime syrien, appuyé par la Russie et l'Iran, aux derniers combattants rebelles enclavés à Idlib. Depuis l'offensive de l'armée syrienne en janvier, les Turcs ont perdu 13 soldats au cours de deux attaques. L'armée turque dispose sur place d'un statut d'observateur.

La frappe aérienne, chirurgicale, visait un immeuble à Balyoun, dans la région d'Idlib. Les soldats turcs abattus y avaient trouvé refuge après que leur convoi ait été attaqué. Ils étaient venus aider des groupes rebelles. 

"Une dangereuse escalade"

Une réunion d'urgence du Conseil de l'Otan a eu lieu vendredi matin à Bruxelles. La Turquie qui a invoqué le processus de consultation prévu à l"article 4 du Traité. "La situation est très préoccupante, a dit le Secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg après la rencontre, "les alliés expriment leur solidarité envers la Turquie" et "condamnent les attaques de la Syrie appuyée par la Russie".

"Nous appelons la Russie et la Syrie à respecter pleinement le droit international."
Jens Stoltenberg
Secrétaire général de l'Otan

L'Otan a décidé de renforcer les défenses antiaériennes le long de la frontière turque. Un avion radar AWACS de l'alliance survole la région. "Nous appelons la Russie et la Syrie à respecter pleinement le droit international", a averti Jens Stoltenberg.

Le président russe Vladimir Poutine a réuni vendredi son conseil de sécurité. Le Kremlin a rappelé que les soldats turcs doivent éviter de se trouver hors de leurs postes d'observation. Elle a également invité les autorités turques à protéger les installations diplomatiques russes en Turquie. Un échange téléphonique a aussi eu lieu ente Moscou et Washington.

La Russie maîtrise l'espace aérien

L'hypothèse d'une guerre entre la Turquie et la Syrie est peu probable. "C'est difficile à croire que la Turquie prendra la voie de l'escalade, car la Russie a la totale maîtrise de l'espace aérien", résume Jonathan Spyer, directeur du Middle East Center for Reporting and Analaysis.

"Les Russes continueront à soutenir le régime d'al-Assad dans sa reconquête territoriale."
Jonathan Spyer
Directeur du Middle East Center for Reporting and Analaysis

"C'est une dangereuse escalade, le nombre de soldats turcs tués est important", dit-il, "le président Erdogan est imprévisible, on l'a vu ces derniers temps, mais ici la Turquie risque un clash en Syrie avec plus fort qu'elle".

Le président Erdogan a appelé vendredi le président des États-Unis Donald Trump pour obtenir de l'aide. Ni l'Otan, ni les États-Unis ne devraient suivre leur allié dans son aventure syrienne, sauf débordement sur le territoire turc.

Les Russes et les Syriens pourraient temporiser, avant de passer à l'offensive finale. "Les Russes continueront à soutenir le régime d'al-Assad dans sa reconquête territoriale", conclut Jonathan Spyer. 

3,5 millions de civils pris au piège

Idlib est défendue par 50.000 rebelles et divers groupes armés, dont le groupe terroriste islamiste Hayat Tahrir al-Cham et des milices pro-turques. La Turquie a envoyé à Idlib 12.000 soldats, de l'artillerie et des chars Leopard II, répartis dans des postes d'observation, conformément aux accords d'Astana de 2017.

L'offensive syrienne et les bombardements russes ont jeté sur les routes un million de réfugiés dans l'enclave d'Idlib. ©Photo News

Le gouvernement de Bachar al-Assad a lancé une offensive pour récupérer Idlib, la dernière poche de résistance des rebelles syriens. L'armée syrienne est parvenue à récupérer l'autoroute M5 (voir infographie) et à nettoyer Alep des dernières poches de résistance.

Plus de 3,5 millions de civils sont pris au piège dans l'enclave, dans des conditions de vie insupportables. Au nord, la frontière avec la Turquie est bloquée par un gigantesque mur. Un million de personnes sont sur les routes, piégées, exposées aux bombardements de l'aviation russe et de la Syrie. Il s'agit de la pire crise humanitaire depuis le début de la guerre en Syrie. Depuis janvier, plus de deux cents personnes seraient mortes à Idlib sous les bombes.

©mediafin

Menace de crise migratoire

Le président Erdogan a ordonné vendredi aux gardes-frontières de laisser passer des migrants vers l'Europe, en opposition à l'accord de 2015 entre l'UE et la Turquie. Ce pacte avait mis fin à la crise migratoire en Europe.

3,5
millions
Depuis l'offensive syrienne, 3,5 millions de civils sont pris au piège dans l'enclave d'Idlib.

Ankara entend, par la menace migratoire, faire pression sur ses alliés européens. Officiellement la Turquie estime que l'aide européenne ne suffit pas pour prendre en charge les 3,5 millions de réfugiés que la Turquie héberge sur son sol depuis le début de la guerre en Syrie.

Vendredi, des dizaines de migrants arrivaient de Turquie aux frontières grecques et bulgares.

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