Le "deal du siècle", un cadeau pour Netanyahou

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Ce mardi, le président Donald Trump doit révéler les détails de son "plan de paix", après avoir rencontré les leaders politiques israéliens. Les Palestiniens s’opposent fermement à l’initiative américaine.

La veille de son investiture comme 45e Président des Etats-Unis, Donald Trump confiait une tâche épineuse à son gendre, Jared Kushner. Proposer un plan pour établir la paix entre Israéliens et Palestiniens. Trois ans plus tard, un accord controversé accouche dans la douleur.

Le timing semble parfait pour Benyamin Netanyahou. Donald Trump a choisi de publier le "plan de paix" à peine cinq semaines avant les élections israéliennes. C’est également ce mardi que le Parlement israélien doit se prononcer sur la demande d’immunité du Premier ministre, dans trois affaires de corruption. De quoi soulever des critiques en Israël, quel que soit le bord politique. Pour nombre d’Israéliens, cette manœuvre vise à détourner l’attention générale des ennuis judiciaires de "Bibi".

Pour Mahmoud Abbas, pas question d’accepter l’initiative américaine, qui signe selon lui "la fin de la solution à deux États".

Les détails ne sont pas encore connus, mais les grandes lignes, mises à jour par des sources israéliennes, donnent déjà une idée du plan de paix. A priori, il semble être une victoire non pas pour la paix, mais pour la droite religieuse israélienne. Il donnerait le feu vert à l’annexion de la Vallée du Jourdain, et offrirait le contrôle de la disputée Jérusalem aux Israéliens. En Cisjordanie, le statu quo d’occupation serait maintenu, renforçant même le contrôle d’Israël, et l’État hébreu préserverait ses colonies. Pas de compensation pour la partie adverse, car le plan ne contiendrait aucune promesse concrète pour la création d’un État palestinien.

Les Palestiniens désabusés

Campagne électorale oblige, Benyamin Netanyahou et son rival Benny Gantz ont fait le déplacement jusqu’à Washington, chantant tous deux les louanges du "deal du siècle". Même des représentants des colonies israéliennes sont présents. Mais pas les Palestiniens. Pour Mahmoud Abbas, pas question d’accepter l’initiative américaine, qui signe selon lui "la fin de la solution à deux États". Depuis le déménagement de l’ambassade américaine à Jérusalem, le Président de l’Autorité Palestinienne ne croit plus en Washington pour résoudre le conflit.

En réponse au plan américain, l’Organisation de libération de la Palestine a menacé de se retirer des accords d’Oslo. Dans la foulée, les dirigeants palestiniens ont appelé à organiser une "journée de la colère" ce mardi. Mais l’appel pourrait tomber dans l’oreille d’un sourd. Même si la population palestinienne s’oppose vivement au plan américain, la crise de leadership du président Abbas, alimentée par les divisions intra-palestiniennes, fait douter d’une forte mobilisation.

En revanche, la publication du plan de paix pourrait entraîner une résurgence de la violence. Le Président du Palestinian Center for Policy and Survey Research, Khalil Shikaki, affirme qu’"à certaines occasions, le soutien à la violence monte de manière rapide, conséquence d’une forte émotion qui traverse la population palestinienne. Cela s’est vu tout de suite après l’annonce du déménagement de l’ambassade américaine".

Même s’il sonne comme un coup dur pour les Palestiniens, ce plan pourrait être l’occasion pour le Hamas et le Fatah, les deux frères ennemis, de se rapprocher. Ce dimanche, le leader du Hamas, Ismaël Haniyeh a appelé Mahmoud Abbas à se rendre au Caire pour discuter de la réponse à donner au "deal du siècle".

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