analyse

Le nouveau visage de la Syrie, un danger pour les Kurdes et Israël

©REUTERS

Depuis le retrait américain de Syrie, l’équilibre régional s’en trouve bouleversé, au risque de provoquer de nouveaux conflits. La Turquie menace d’écraser les forces kurdes. L’Iran et le Hezbollah installent des bases tournées vers Israël. Et la Russie devient le maître du jeu.

Le 19 décembre, Donald Trump annonçait en un tweet lapidaire le retrait des troupes américaines de Syrie. L’organisation terroriste État islamique (Daech) étant "vaincu", a-t-il écrit, il ne voit plus aucune raison de mobiliser deux mille soldats des forces spéciales. Les "boys" seront rentrés fin janvier, promet la Maison- Blanche.

"John Bolton, conseiller à la sécurité nationale, avait promis il y a trois mois que les troupes américaines resteraient en Syrie."
Will Todman
Center for Strategic and International Studies

Cette décision surprise, conforme à l’isolationnisme du président Trump et à sa proximité idéologique avec la Turquie et la Russie, bouleverse l’équilibre des forces en présence. Elle pourrait aussi avoir de graves conséquences pour les Kurdes et Israël.

Donald Trump insistait depuis six mois pour retirer les troupes, mais ses conseillers tenaient bons. "Des responsables l’ont prévenu qu’un retrait soudain des troupes américaines aiderait l’État islamique à ressusciter, dit Will Todman, du Center for Strategic and International Studies (CSIS). John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale, avait promis il y a trois mois que les troupes américaines resteraient en Syrie aussi longtemps que l’Iran serait présent."

Empêcher la création d’un état kurde

Sur le terrain, Daech est toujours actif, même réduit à quatre poches de résistance (voir infographie). Le président américain affirme que la Turquie se chargera "d’éradiquer" les djihadistes. L’argument ne tient pas. Les derniers éléments du groupe terroriste sont enfoncés en territoire syrien, à des centaines de kilomètres de la Turquie.

Ankara veut, en réalité, en finir avec les Kurdes. L’armée turque s’est massée à la frontière syrienne, du côté de Manbij (nord-ouest), prête à en découdre. Le président Erdogan rêve d’écraser les Forces démocratiques syriennes kurdes (SDF) et les Unités de protection du peuple (YPG), afin d’empêcher la création d’un État kurde qui finirait, craint-il, pas s’étendre en Turquie.

Pendant la guerre, les forces kurdes, soutenues par les Américains, ont conquis un vaste territoire dans le nord-est en luttant héroïquement contre Daech.

Pendant la guerre, les forces kurdes, soutenues par les Américains, ont conquis un vaste territoire dans le nord-est en luttant héroïquement contre Daech. Ils lui ont pris, entre autres, les fiefs Raqqa et Deir Essor. Discriminés en Syrie comme en Turquie, les Kurdes ambitionnent depuis des décennies de créer leur propre État.

Craignant une attaque turque imminente, les Kurdes ont appelé l’armée syrienne à la rescousse. Vendredi, la Syrie, avec le soutien de la Russie, a déployé des effectifs pour créer une zone tampon autour de Manbij. Ankara a répliqué avec colère, affirmant que les forces "n’avaient pas le droit" de demander à la Syrie d’intervenir.

Les combattants kurdes sont occupés sur un deuxième front, au sud-est de la Syrie, où ils se préparent à reprendre aux djihadistes la poche de Hajin et Al-Bukamal.

©Mediafin

Le trio gagnant

Israël pourrait aussi faire les frais du retrait américain. L’Iran, avec ses gardiens de la révolution et le Hezbollah libanais, financé par Téhéran, se positionnent en Syrie avec le double objectif d’intimider Israël et créer un pont entre l’Iran en la mer Méditerranée.

Le retrait américain force Israël a redoubler de vigilance dans le Golan.

Autre bénéficiaire du conflit syrien et du retrait américain, Téhéran, qui détient une technologie suffisante, a installé des missiles et des drones armés. Le Hezbollah, aguerri au contact des Russes et des Iraniens, est devenu une armée. Israël a mené cette semaine un raid aérien pour détruire un de ses dépôts basé à Damas. Le retrait américain force donc Israël a redoubler de vigilance dans le Golan.

Le grand gagnant de ce bouleversement est la Russie. Moscou a renforcé ses bases syriennes lors du conflit, à Lattaquié et Tartus, lui assurant un accès aux mers chaudes et le contrôle de la région. La Russie s’affiche plus que jamais en protecteur du régime syrien, qu’elle a armé d’un bouclier antiaérien A2AD. En se retirant, les Etats-Unis ont offert, cerise sur le gâteau, les clés de la région à Vladimir Poutine. Le maître du Kremlin devient l’arbitre des forces en présence, dans une région toujours très instable. Mais en a-t-il les moyens?

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