"Le Qatar veut s'ouvrir aux investissements belges"

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Le Qatar veut accroître ses relations commerciales avec la Belgique. Les entreprises de services financiers sont les bienvenues à Doha, incitants fiscaux à la clé.

Yousuf Mohamed Al-Jaida trône au sommet de la tour du Qatar Financial Center. Imperturbable, le CEO de la première plateforme financière du Qatar considère l’étendue des bénéfices inattendus apportés par l’embargo imposé par l’Arabie saoudite et ses alliés.

"L’année 2017 est la meilleure depuis notre fondation. lâche-t-il, Le blocus a eu un effet positif surprenant. Jusqu’ici, la plupart de nos clients, des multinationales, arrivaient le matin pour faire leur business et repartaient le soir. Maintenant, elles doivent contourner l’embargo, passer par d’autres pays pour arriver à Doha. Ce qui prend au moins dix heures. Alors, elles ont décidé de s’installer ici." Plus de cent holdings financiers se sont relocalisés au Qatar. "Avant le blocus, les gens vivaient à Dubaï pour le style de vie, même s’ils travaillaient à Doha. Maintenant, ils s’installent ici."

Incitants financiers

Le Qatar Financial Center compte plus de 450 sociétés financières, à 70% étrangères, et abrite plus de 20 milliards de dollars d’actifs. Le Qatar ne lésine pas sur les incitants, comme l’exemption d’impôts pour les activités menées hors du pays. Celles qui ont lieu sur son territoire étant imposées à 10%. "Notre espace est régi par la common law et nous avons notre tribunal d’arbitrage, ce qui évite aux étrangers de devoir se plonger dans le droit qatari", explique le CEO.

"Nous proposons aux entreprises belges de services financiers une exemption d’impôt pour les activités extérieures, une liberté totale d’affaires et du capital d’appoint."
Yousuf Mohamed Al-Jaida
CEO du Qatar Financial Center

Soupçonné de tolérance envers des groupes terroristes, le Qatar est isolé depuis juin dernier par neuf pays, l’Arabie saoudite en tête. Craignant une intervention militaire pour renverser son régime, l’émir Tamin ben Hamad al-Thani est à la recherche d’autres alliés. Le pays s’est peu à peu détaché de ses voisins, redessinant la carte géopolitique régionale. "Le blocus nous a ouvert des nouveaux marchés. Il force le Qatar à investir ailleurs et à s’ouvrir à des investissements étrangers, poursuit Yousuf Mohamed Al-Jaida. Nous avons libéré les visas avec dix-huit pays et nous offrons de plus en plus la résidence permanente. Nous avons adopté une nouvelle loi sur les zones franches."

Dans cette stratégie, la relation entre le Qatar et l’Europe est devenue centrale, en témoigne la visite de l’émir qatari en Belgique. "Le Qatar veut réellement s’ouvrir aux investissements belges et européens. Nous voulons accroître notre relation avec des pays qui, comme la Belgique, sont encore nouveaux pour nous."

Le Qatar est prêt à s’ouvrir "dans le secteur manufacturier, les infrastructures, le sport, dit-il, en insistant sur un secteur. Nous invitons les entreprises de services financiers belges à regarder vers Doha. Les Belges sont bons en services financiers. Nous leur proposons des incitants fiscaux, à savoir une exemption d’impôt pour les activités extérieures, une liberté totale d’affaires et du capital d’appoint ("seed capital")." Il vise les quartiers généraux de grands groupes.

Ces déclarations n’ont rien d’anodin, les investissements pouvant aller dans les deux sens. À ce jour, le puissant fonds souverain Qatar Investment Authority, de près de 300 milliards de dollars d’actifs, n’a pratiquement pas investi en Belgique. Le commerce entre les deux pays est essentiellement constitué de contrats gaziers.

Le financement du terrorisme nié

Sérieux revers de la médaille, le Qatar est soupçonné de financer des groupes terroristes tels que le Hamas, l’Etat islamique et Al-Qaïda. Ces soupçons reposent surtout sur des propos tenus par un fonctionnaire du Trésor américain en 2016 et une note diplomatique américaine diffusée en 2010 par WikiLeaks. Il est aussi accusé d’abriter des leaders des Frères musulmans, une force politique menaçant l’Arabie saoudite.

Le Qatar nie farouchement. "Il n’existe pas la moindre preuve. Ces informations sont fausses, elles tirent leur origine d’articles de presse de pays voisins, affirme le CEO. Les agences de notations suivent ça dans le détail et ne laissent rien passer. Or notre rating chez S&P est AA-, ce qui est très élevé. Les entreprises qui investissent chez nous sont assez malignes pour faire leur analyse elles-mêmes."

Soufflant le chaud et le froid, les Etats-Unis ont aussi loué à plusieurs reprises les efforts entrepris par Doha pour contrer le terrorisme. Leur plus grande base militaire à l’étranger se trouve d’ailleurs au Qatar, qui fait partie de la coalition militaire contre l’Etat islamique.

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