Le sort des djihadistes européens détenus en Syrie reste incertain

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Donald Trump somme les Européens de rapatrier les djihadistes étrangers détenus en Syrie. Pour la Belgique, comme pour la France, ce sera au cas pas cas.

Samedi soir, le président des Etats-Unis Donald Trump a sommé les États de l’Union européenne de rapatrier les djihadistes européens du groupe État islamique capturés en Syrie. Les deux mille soldats des Forces spéciales américaines doivent quitter le pays en avril prochain. Européens et Américains discutaient depuis décembre, lors de l’annonce du retrait des GI, du sort des djihadistes détenus.

Les ministres européens des Affaires étrangères, réunis lundi à Bruxelles, ont botté en touche. S’il est facile pour Washington de lancer des imprécations, il l’est moins de passer aux actes en faisant revenir sur le territoire européen de véritables bombes à retardement. Les retours se traiteront au cas par cas.

800
combattants
Environ 800 combattants de Daech d’une cinquantaine de nationalités différentes se trouvent aujourd’hui dans les geôles kurdes.

Environ 800 combattants de Daech d’une cinquantaine de nationalités différentes se trouvent aujourd’hui dans les geôles kurdes. Il faut ajouter à ces djihadistes 1.500 enfants et 700 femmes répartis dans des camps pour déplacés.

La sûreté d’État belge comptabilise quatre terroristes originaires de Belgique parmi ces prisonniers. C’est peu au regard des 150 djihadistes belges répertoriés dans la région, morts ou en fuite. Il resterait aussi 17 femmes et une trentaine d’enfants belges sur place.

Les Kurdes affirment qu’ils ne relâcheront pas les prisonniers. Mais ils ajoutent qu’en cas d’assaut de la Turquie contre les forces kurdes de l’YPG (Unités de protection du peuple) et d’autres milices kurdes, les prisonniers pourraient s’évader et reprendre des activités terroristes. Aussi les Kurdes veulent-ils voir les Européens prendre en charge leurs ressortissants.

Pour l’instant, les Européens n’encouragent pas au retour. Les djihadistes peuvent s’adresser aux autorités consulaires de leur pays d’origine et demander à être rapatriés. S’ils le sont, ce sera pour être conduits en prison et jugés.

La position belge ne bouge pas

Pour la Belgique, comme pour la France, la question des djihadistes se réglera au cas par cas.

"Il n’est pas exclu que des pays de la région souhaitent mener des poursuites."
Didier reynders
ministre belge des affaires étrangères et de la défense

Didier Reynders (MR) a rappelé lundi, à la sortie du Conseil européen des Affaires étrangères, que les enfants âgés de moins de dix ans étaient éligibles au rapatriement pour autant qu’il y ait une demande de la famille restée en Belgique. "Au-delà, on ne ferme pas la porte, c’est au cas pas cas, a-t-il dit. On doit d’abord se concerter avec les pays européens concernés, mais aussi examiner la séquence et voir si d’éventuelles poursuites sont envisagées dans la région. Il n’est pas exclu que des pays de la région souhaitent mener des poursuites."

Cette position, réitérée vendredi par le ministre belge des Affaires étrangères et de la Défense, en marge de la Conférence de Munich, n’a pas changé d’un iota.

L’Irak a d’ailleurs condamné à mort plus de 300 djihadistes du groupe État islamique, parmi lesquels le Belge Tariq Jadaoun dit "Abou Hamza al-Belgiki".

Tribunal international

Didier Reynders ne rejette pas la possibilité que soit créé un tribunal international pour les djihadistes étrangers. La piste, suivie lors du génocide au Rwanda et la guerre en ex-Yougoslavie, n’a pas encore été explorée à cette heure. La propension au protectionnisme du président Trump ne contribue pas à ce genre d’initiative.

Le vice-Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld), en visite officielle lundi à Bagdad, a plaidé dans la capitale irakienne pour la constitution d’un tel tribunal. Pour le Premier ministre Charles Michel (MR), les djihadistes doivent être "au maximum" jugés dans la région où ils se trouvent.

Pas moins de 5.000 Européens ont quitté leur pays pour répondre au groupe État islamique. Ils proviennent majoritairement du Royaume-Uni, de France, de Belgique et d’Allemagne. D’après Interpol, environ 1.500 auraient regagné leur pays.

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