Le yuan, une arme commerciale?

La Chine, accusée par les pays occidentaux de maintenir le yuan à un niveau artificiellement bas, a annoncé samedi, à une semaine du sommet du G20, que son taux de change serait progressivement assoupli. Elle ouvre ainsi la voie à un relâchement du lien entre la devise chinoise et le dollar. Françoise Lemoine, senior économiste au Centre d'Etudes Prospectives et d'Informations Internationales (CEPII) à Paris, livre son analyse.

  • Le yuan est-il utilisé comme une " arme commerciale " pour favoriser les entreprises chinoises ?

Cela n’est pas aussi simple. Entre mi-2005 et mi-2008, le yuan s’est apprécié de 20% par rapport au dollar, et les exportations chinoises n’ont jamais cru aussi vite. L’excédent commercial chinois a atteint des sommets. La compétitivité de la Chine ne tient pas seulement au taux de change mais à ce que les gains de productivité y sont plus rapides que la progression des salaires. A noter que les entreprises étrangères qui ont fait de la Chine une base d’exportation y gagnent aussi, et celles-ci réalisent la moitié des exportations chinoises. En juillet 2008, les autorités chinoises ont mis fin à ce mouvement d’appréciation vis à vis du dollar. C’était un moyen de soutenir les exportations du pays durement affectées par la chute de la demande mondiale, mais aussi une manière de soutenir le dollar, ce qui peut se comprendre étant donné que 70% de leurs 2400 milliards de dollars de réserves de change sont en dollars américains.

  • Qu’attendent les Américains et les Européens des autorités chinoises ?

La décision de la Chine de revenir à un taux de change flexible et fixé par rapport à un panier de devises va dans le sens de ce que souhaitent les Etats-Unis et l’Europe. Ils attendent une appréciation du yuan qui stimulera leurs exportations vers ce pays. Dans la mesure où elle permettra aussi à d’autres pays asiatiques qui sont concurrents de la Chine de laisser s’apprécier leur propre monnaie, cela peut aussi aider les Etats-Unis et l’Europe à tirer parti de la forte croissance des économies de la région. Néanmoins, il ne faut pas en attendre la solution aux déséquilibres globaux.

  • Quel est l’avenir du yuan : devenir une monnaie qui fluctue réellement par rapport au dollar, devenir une monnaie de référence sur le plan international ?

Les autorités prennent des mesures pour développer l’utilisation internationale du yuan (dans le commerce bilatéral avec un certain nombre de pays asiatiques notamment). Mais le yuan ne pourra pas devenir une monnaie internationale tant qu’elle ne sera pas librement convertible. Pour cela il faudrait que les autorités chinoises renoncent à contrôler les mouvements de capitaux et les laissent entrer et sortir librement du pays, ce qui n’est pas à l’ordre du jour. En outre, il faudrait que le marché financier intérieur chinois soit plus développé pour donner aux entreprises locales les moyens de se protéger contre les fluctuations du change. Les autorités chinoises vont poursuivre leur politique d’appréciation progressive et contrôlée de leur monnaie et la réforme de leur système financier. Les progrès vers la convertibilité du yuan dépendront aussi beaucoup de la stabilité de l’environnement international.

  • La question du yuan va-t-elle être au centre des discussions au G20 ce week-end à Toronto ? Certains analystes ont mis l'accent sur le côté "effet d'annonce" des déclarations de la Banque centrale...

La Chine a clairement déclaré qu’elle entendait décider de sa politique de change sans céder aux pressions extérieures. Elle revient à une politique de change flexible au moment où sa croissance économique interne et ses échanges extérieurs se sont bien rétablis après le choc de la crise mondiale. Dans ce contexte, son geste indique la volonté de la Chine de se montrer coopérative et elle cherchera à en tirer avantage sur le plan diplomatique. Elle pourrait à l’occasion du G20 donner quelques détails sur le système de change adopté mais sa politique de change ne sera pas à l’ordre du jour des discussions au G20.

  • Quel message la Chine envoie-t-elle ?

Un message de bonne volonté mais aussi le signe d’une confiance dans la situation de son économie. Mais il faut attendre de voir quelle sera la politique effectivement appliquée dans le cadre de ce régime de change flexible mais contrôlé.

 

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