Les accusations de corruption menacent l'avenir de Netanyahou

Benjamin Netanyahou ne cède pas face à la pression et demande aux Israéliens d’encore voter pour lui. ©REUTERS

"Notre gouvernement ira au terme de son mandat", a certifié Benjamin Netanyahou mardi soir à la télévision israélienne. Droit dans ses bottes, le Premier ministre a assuré que "la vérité éclatera", demandant aux Israéliens de voter pour lui lors des prochaines élections qui, a-t-il juré, auront lieu à la date prévue – le 5 novembre 2019 – et "pas un jour avant".

Rien n’est pourtant moins sûr. Après quatorze mois d’enquête, plus de quatre-vingt témoins auditionnés, sept entretiens avec Netanyahou lui-même, la police israélienne a décidé de recommander la poursuite judiciaire du Premier ministre d’Israël.

Au terme d’un suspense qui a duré plusieurs semaines, la police a décidé de mettre en cause Netanyahou pour trois chefs d’inculpation dans deux affaires différentes. Des charges maximales qui font pression sur la Justice pour une mise en examen. Selon le quotidien de gauche Haaretz, ces recommandations "sonnent le glas de la vie politique de Netanyahou".

Un avis à peine plus nuancé pour le journal centriste le Jerusalem Post. "Qu’il le réalise ou non, [Netanyahou] a été frappé par un désastre juridique mortel, et ses chances de s’en sortir sont minces", écrivait le journal mardi soir.

Les affaires 1000 et 2000

Dans l’affaire dite "1000", les conclusions de l’enquête montrent que l’homme fort de la droite israélienne, aurait reçu, pendant plusieurs années, des cigares et du champagne rosé pour un montant estimé à 282 000 dollars soit à peu près 230 000 euros.

"L’Affaire 2000" concerne un accord qu’auraient passé Netanyahou et le directeur de la publication du journal d’opposition Yedioth Ahronoth, Arnon Mozes. Le Premier ministre devait affaiblir le quotidien rival, Israel Hayom, en échange d’une couverture plus favorable de ses actions. Un enregistrement de l’entrevue a été remis à la justice.

L’affaire des cigares est celle qui frappe le plus les esprits des Israéliens. Depuis des mois, des milliers d’entre eux défilent chaque samedi soir à Tel-Aviv contre la corruption dans leur pays. En cause: des produits de luxe livrés par le producteur hollywoodien, Arnon Milchan, et l’homme d’affaire australien, magnat des casinos, James Packer. Amis milliardaires du couple Netanyahou, ils avaient en commun l’emploi d’Hadas Klein, leur assistante en Israël.

Elle a confirmé à la police que le Premier ministre ou sa femme l’appelaient dès que leurs provisions en cigares ou en champagne manquaient afin de regarnir le stock. Le Premier ministre concède avoir reçu des cadeaux mais pas dans les proportions décrites et nie les allégations d’Hadas Klein.

Un autre témoignage a fait l’effet d’une bombe politique mardi soir: celui de Yair Lapid. Le leader du parti centriste Yesh Atid a été le ministre des Finances sous Netanyahou de 2013 à 2014. Auditionné par la police, il aurait fourni des preuves déterminantes attestant que le Premier ministre aurait exercé des pressions pour modifier une loi, et permettre à Milchan et Packer de bénéficier de millions de dollars de réductions fiscales en Israël. Cette mesure aurait finalement été refusée par Lapid "malgré toutes les pressions", a-t-il précisé mardi soir.

"Dans cet exemple, comme dans d’autres, a-t-il poursuivi, Yesh Atid a été la dernière barrière contre la corruption gouvernementale face à des politiciens qui ne se préoccupaient que d’eux-mêmes et de leur bien-être."

Appel à la démission

Opposant déclaré à Benjamin Netanyahou en vue des prochaines élections, Yaïr Lapid appelle à sa démission. Une preuve pour l’entourage de Netanyahou, que le Premier ministre est victime de manœuvres politiciennes. Le ministre du Tourisme Yariv Levin a déclaré qu’il est "scandaleux que le témoin clé contre le Premier ministre se trouve être le politicien Yair Lapid, qui, depuis des années, cherche à le remplacer."

"Il est scandaleux que le témoin clé contre le Premier ministre se trouve être le politicien Yair Lapid, qui, depuis des années, cherche à le remplacer."
yariv levin
ministre du tourisme

Alors que les couteaux sont déjà tirés entre l’opposition et le pouvoir en place, une voix dissonante s’est également faite entendre à l’intérieur de la coalition gouvernementale. Naftali Bennett, leader du mouvement sioniste religieux et ministre de l’Education nationale, a rappelé que le Premier ministre devait "servir d’exemple à l’ensemble de la population israélienne, et en particulier aux jeunes Israéliens". "Le fait d’accepter des dons en grosses sommes sur une longue période de temps n’est pas à la hauteur de cette norme", a-t-il ajouté. En attendant la confirmation ou non d’une mise en examen par le procureur général, la guerre de succession est déjà lancée.

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