Les djihadistes consolident leur emprise en Syrie et en Irak

©AFP

L'EI étend désormais son emprise sur la moitié de la Syrie. Le régime Assad ne contrôle plus que moins d'un quart de son territoire. Le Moyen-Orient poursuit sa folle course vers l'abîme.

Les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) ont pris au régime syrien le dernier poste frontalier avec l'Irak, consolidant leur emprise sur une vaste zone transfrontalière après la conquête de Palmyre, dont les trésors archéologiques sont menacés.

L'EI contrôle désormais la moitié du territoire de la Syrie, pays ravagé depuis plus de quatre ans par la guerre civile, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

En huit jours, cette organisation ultraradicale sunnite a réussi à prendre Ramadi, la capitale de la province irakienne d'Al-Anbar, puis jeudi Palmyre, dans le désert syrien frontalier de l'Irak, avant de progresser vers le sud du pays pour s'emparer du poste frontière d'Al-Tanaf d'où se sont retirées les soldats.

Désormais, les trois passages frontaliers avec l'Irak échappent au régime de Bachar al-Assad, qui enchaîne les revers: celui de Boukamal est aussi aux mains de l'EI et le poste de Yaaroubié, plus au nord, est contrôlé par les forces kurdes. En réalité, ce sont la plupart des accès aux pays limitrophes qui sont désormais aux mains des diverses factions de l’opposition.

Le califat se renforce

L'EI renforce ainsi son emprise sur une large bande territoriale transfrontalière qui lui permet d'étendre son "califat" proclamé en juin 2014, malgré les frappes quotidiennes menées par une coalition internationale dirigée par les Etats-Unis sur ses positions en Syrie et en Irak depuis plus de neuf mois. Et en dépit aussi du soutien militaire de l'Iran, du Hezbollah iranien et de la Russie à Damas.

Responsable d'atrocités et accusé de crimes contre l'Humanité, ce groupe fort de dizaines de milliers d'hommes a profité de la guerre civile en Syrie pour prendre des territoires dès 2013 et de l'instabilité en Irak pour y renforcer sa base.

Le fait que l'EI contrôle la moitié du territoire syrien (plus de 95.000 km2), signifie que le régime ne détient plus que 22% du territoire, le reste étant aux mains d'autres groupes rebelles. Même si l'EI s'est emparé de régions peu peuplées, cela signifie qu'il contrôle désormais une étendue géographique très importante qui lui permettra de menacer la Syrie profonde comme Homs et Damas. Ces deux villes sont des bastions du régime.

Véritable carrefour routier, Palmyre est située dans la province de Homs frontalière de celle d'Al-Anbar en Irak. Selon l'OSDH et des militants, avant sa prise, la ville comptait 70.000 habitants outre 50.000 déplacés qui y avaient trouvé refuge. Alors que l'EI a détruit plusieurs trésors archéologiques en Irak, la communauté internationale craint qu'il ne fasse de même à Palmyre, cité vieille de plus de 2.000 ans, réputée pour ses colonnades torsadées romaines, ses temples et tours funéraires.

L'Unesco a lancé un appel à l'aide à l'ONU pour agir en avertissant que "toute destruction" à Palmyre, inscrite au patrimoine mondial de l'humanité, "serait une énorme perte pour l'humanité".

La bataille déclenchée le 13 mai a fait près de 500 morts et poussé des milliers d'habitants à la fuite. Parmi les victimes, des dizaines dont des civils ont été décapitées ou fusillées par l'EI a indiqué l'OSDH.

Outre cette région, l'EI contrôle la majeure partie des provinces de Deir Ezzor et Raqa (nord), et a une forte présence dans les provinces de Hassaké (nord-est), d'Alep (nord), de Homs et de Hama (centre).

Il est aussi maître de la quasi-totalité des champs pétroliers et gaziers de Syrie, qui lui assurent une importante source de revenus.

Dans les milieux diplomatiques, certains ressortent un scénario qui avait été évoqué au début de la guerre, quand le régime d'Assad semblait perdre pied: celui d’une retraite orchestrée vers le "réduit alaouite" traditionnel de Lattaquié et Tartous, à l’Ouest du pays et au nord du Liban. Ce qui permettrait au dictateur syrien de raccourcir considérablement le front et de se replier dans des régions qui lui sont favorables, tout en gardant un accès à la mer, avec notamment la base de la marine russe à Tartous. Il est cependant à craindre que dans tous les territoires perdus par le régime, l'Etat islamique multiplie les exactions et les massacres. 

L'assaut à Ramadi se fait attendre

Ailleurs en Syrie, les djihadistes d'Al-Qaïda et leurs alliés rebelles ont pris un hôpital de Jisr al-Choughour (nord-ouest) où étaient assiégés 150 soldats et leurs familles depuis près d'un mois, selon l'OSDH.

En outre, le père Jacques Mourad, prêtre de l'Église syriaque catholique du diocèse de Homs, a été enlevé jeudi dans son monastère avec un de ses collaborateurs par des hommes armés masqués, selon l'Oeuvre d'Orient.

De l'autre côté de la frontière, l'EI a poursuivi son offensive en prenant des positions gouvernementales à l'est de Ramadi, alors que la contre-offensive des forces de sécurité, aidées de milices chiites, pour reprendre Ramadi se fait attendre.

La perte de cette capitale de la plus grande province d'Irak est un coup sévère pour Bagdad et l'allié américain qui a reconnu devoir réexaminer sa stratégie, basée sur le "tout aérien". Une stratégie à laquelle les djihadistes se sont adaptés. Neuf mois après le début des frappes contre l'EI, le Moyen-Orient, gangrené par l'islamisme et où le Yémen est à son tour entré en déliquescence, poursuit sa folle course vers l'abîme.

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