Les exportations du pétrole libyen bloquées à la veille d'un sommet crucial

La Compagnie nationale de pétrole (NOC) a fait état de l'arrêt des exportations dans les ports du "croissant pétrolier": Brega, Ras Lanouf, al-Sedra et al-Hariga. ©AFP

Alors que doit se tenir à Berlin un sommet international sur la Libye dimanche, des forces loyales à l'un des principaux protagonistes du conflit ont bloqué les principaux terminaux pétroliers situés dans l'est du pays.

Des forces pro-Haftar ont bloqué samedi les principaux terminaux pétroliers de l'est de la Libye, jetant un froid à la veille d'un sommet international à Berlin censé relancer le processus de paix dans ce pays déchiré par la guerre civile.

L'arrêt des exportations d'or noir, qui représentent quasiment l'unique source de revenu pour les Libyens, est un signe de protestation contre l'intervention turque dans le pays, selon les tribus et des forces loyales au maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l'Est du pays en conflit avec le gouvernement reconnu par l'ONU à Tripoli. Les pro-Haftar estiment que les revenus pétroliers distribués par le GNA servent à payer des combattants venus de l'extérieur, notamment de Turquie.

-1,3 million
barils par jour
Ce blocage provoquera la chute de la production du pays de 1,3 million barils par jour à 500.000 bj et un manque à gagner de 55 millions de dollars par jour, selon la compagnie.

Dans un communiqué, la Compagnie nationale de pétrole (NOC) a fait état de l'arrêt des exportations dans les ports du "croissant pétrolier", poumon de l'économie libyenne: Brega, Ras Lanouf, al-Sedra et al-Hariga.

"Une décision du peuple"

Le porte-parole des pro-Haftar, Ahmad al-Mismari, a indiqué dans la nuit de vendredi à samedi que "la fermeture des champs et des terminaux pétroliers est une décision purement populaire. C'est le peuple qui l'a décidée", a-t-il dit. Mais pour Jalel Harchaoui, chercheur à l'Institut Clingendael de La Haye, "il s'agit d'une logique de chantage. Elle peut marcher. Mais il y a aussi le risque que Washington réagisse mal".

L'administration Trump est très opposée aux blocages des exportations du pétrole libyen, qui conduiraient à une hausse du prix du brut
Jalel Harchaoui
chercheur à l'Institut Clingendael de La Haye

Dans une interview à l'AFP samedi à Berlin, l'émissaire de l'ONU en Libye, Ghassan Salamé, n'a pas exclu pour sa part des motivations politiques avant la réunion de Berlin, qui rassemblera la plupart des pays impliqués dans le conflit en Libye. "Son timing est - disons-le - un peu louche", a noté M. Salamé. "Notre ligne est claire à l'ONU. Il ne faut pas jouer avec le pétrole parce que c'est le gagne-pain des Libyens. Sans pétrole, les Libyens meurent de faim".

Une "nouvelle" Syrie?

Entre l'arrivée sur le terrain de militaires turcs, la présence soupçonnée de mercenaires russes et l'afflux continu d'armes livrées par plusieurs Etats, la communauté internationale craint de voir le conflit en Libye dégénérer en "nouvelle Syrie" et de s'internationaliser davantage.

"Toute ingérence étrangère peut avoir un effet 'aspirine' à court terme", a dit M. Salamé samedi à Berlin dans une allusion notamment au cessez-le-feu entré en vigueur le 12 janvier en Libye, à l'initiative de Moscou et d'Ankara.

Le sommet de dimanche aura en particulier l'objectif de "consolider le cessez-le-feu" encore fragile, avec un embargo sur les livraisons d'armes. Les deux camps rivaux en Libye observent depuis dimanche dernier une trêve, à l'initiative de Moscou et Ankara. Mais les deux camps s'accusent mutuellement de "violations".

Le maréchal Haftar, qui mène depuis avril 2019 une offensive pour s'emparer de la capitale, est attendu dimanche à la conférence internationale sur la Libye organisée à l'initiative de l'ONU, de même que son rival Fayez al-Sarraj, chef du Gouvernement d'union nationale (GNA).

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