analyse

Les Israéliens votent sans espoir de renouveau

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, lors d'une visite au marché de Mahane Yehuda, à Jérusalem. ©EPA

Les candidats se préparent pour la dernière ligne droite avant les élections. Même si les récents sondages montrent une légère percée du Likoud, le parti de Benyamin Netanyahou, aucune formation politique ne se démarque.

Un sentiment de lassitude s’est emparé de tout un pays à l’issue de cette nouvelle campagne électorale. Pour la troisième fois en moins d’un an, les Israéliens sont appelés aux urnes ce lundi, sans grands espoirs de dénouer la crise politique. Depuis plusieurs semaines déjà, les analystes prévoient l’échec du scrutin, et l’organisation de quatrièmes élections.

Gantz plus à droite

Parfois impitoyable, cette bataille électorale a été rythmée par des attaques personnelles, masquant du même coup les différences idéologiques de plus en plus floues entre les deux grands partis. Avec l’approche de son procès, prévu à la mi-mars, et les accents populistes dans ses discours, Benyamin Netanyahou a déçu une partie du centre-droit attachée aux valeurs démocratiques. Un vivier électoral pour son rival Benny Gantz, qui en a profité pour droitiser sa campagne, au risque de s’aligner idéologiquement sur le Likoud et faire fuir des voix de centre-gauche. 

Benny Gantz a droitisé sa campagne et embrassé le plan de paix controversé du président Trump.

Fin janvier, le leader de la formation Bleu Blanc a embrassé le plan de paix controversé du président Trump. Tout comme Benyamin Netanyahou, il n’a cessé de plaider pour l’annexion des colonies israéliennes et de la Vallée du Jourdain, en Cisjordanie occupée.  Confirmant son virage à droite, il a aussi désavoué les partis arabes israéliens, qui lui avaient pourtant offert un appui inédit en septembre dernier. Régulièrement accusé de pactiser, selon les mots de Benyamin Netanyahou, avec "des soutiens au terrorisme", Benny Gantz craignait d’être associé à la cause palestinienne. 

Mais sa stratégie ne semble pas payer au vu des derniers sondages. Le Likoud progresserait d’un à deux sièges au Parlement israélien. Construction de nouveaux blocs de colonies à Jérusalem Est, promesse de reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le très sensible Tombeau des Patriarches à Hébron, Benyamin Netanyahou a voulu se placer en vrai représentant des idées de droite.

Netanyahou mise sur l'international

Pour ne pas laisser ses affaires judiciaires devenir un sujet de campagne, le Premier ministre a amplement misé sur son point fort: la politique étrangère. Un thème imparable pour l’électorat de droite en recherche de légitimité internationale. En Russie, il a accueilli l’Israélienne Naama Issachar, tout juste graciée par le Président Poutine. En prison depuis 9 mois pour trafic de drogue, son histoire avait provoqué l’émoi en Israël. A Jérusalem, il a utilisé le 5e Forum international de la Shoah comme tribune politique.

A Jérusalem, Netanyahou a utilisé le 5e Forum international de la Shoah comme tribune politique.

Le point d’orgue de cette stratégie s’est déroulé à Washington. Fin janvier, le Premier ministre se tenait triomphant aux côtés de Donald Trump, pour dévoiler les détails du plan de paix attendu depuis deux ans. C’était un "pari risqué" selon Dahlia Schiendlin, analyste de l’opinion publique israélienne: "En général, les candidats évitent de s’aventurer sur le thème du conflit. C’est une question trop clivante. Netanyahou a provoqué la colère de l’extrême droite, car même s’il est très favorable à Israël, le plan Trump prévoit la création d’un Etat palestinien". Mais c’était un pari nécessaire pour le Premier ministre, car les débats se sont concentrés sur l’annexion de la Cisjordanie, et non sur ses ennuis judiciaires. D’autant plus que les partis d’extrême droite sont des partenaires naturels de "Bibi" pour former un gouvernement. Ces voix ne sont pas perdues.

"Tout sauf Bibi"

Pour les adversaires de B. Netanyahou, l’enjeu était de replacer au centre du débat l’équation "Bibi vs l’Etat de droit". Mercredi dernier, Benny Gantz a prononcé un discours aux accents impétueux, accusant le Premier ministre de commettre un "crime de haine" contre la démocratie. Mais le message passe mal depuis l’annonce d’une enquête pénale sur l’ancienne société de Benny Gantz, dans laquelle le leader Bleu Blanc sera entendu comme témoin. Rien de comparable avec les très sérieuses affaires de corruption de "Bibi", mais l’image de figure politique intègre dont jouissait le leader centriste est écornée.

Quel que soit le choix des électeurs, une gagnante risque de se démarquer pour ces nouvelles élections: l’abstention. Découragés par la crise politique, les Israéliens sont aussi gagnés par la peur du coronavirus. 400.000 votants prévoient de rester confinés ce lundi, par crainte de la pandémie. 

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