Les PME wallonnes osent déjà le pari irakien

Les Mains de la Victoire, au centre de Bagdad. ©REUTERS

Les exportations wallonnes vers l’Irak ont battu un record depuis trois ans, atteignant près de 5 millions d’euros au premier trimestre. L’assureur public Credendo pourrait bientôt élargir sa couverture et faciliter, dès lors, la participation des PME wallonnes à la reconstruction du pays.

Lorsqu’on lui demande si la situation sécuritaire de l’Irak est un obstacle à la vente de ses équipements de manutention, Daniel Deconinck, export manager chez le briquetier cominois Ceratec, est formel: "Nous n’avons aucun problème. Je connais Bagdad, je m’y suis déjà rendu. Nous participerons d’ailleurs à la foire commerciale qui se tiendra en novembre prochain dans la capitale irakienne. Et d’après nos nombreux contacts sur place, il n’y a plus de problèmes de sécurité."

Après Kirkouk, Ceratec vise Bagdad et Erbil

Erbil connaît un véritable boom depuis la fin de la guerre grâce, notamment, aux revenus pétroliers. ©REUTERS

Tandis que le pays est encore jugé "instable" et "très dangereux" par le ministère belge des Affaires étrangères, la principale zone pétrolière qu’est le Kurdistan semble davantage sécurisée. C’est d’ailleurs près de Kirkouk, au nord, que Ceratec a réalisé, il y a deux ans, son premier projet en territoire irakien: la rénovation d’une briqueterie pour 2,5 millions d’euros. Un succès qui a fait de l’Irak le partenaire privilégié de Ceratec au Moyen-Orient.

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L’entreprise familiale forte de 662 employés lorgne désormais Bagdad et Erbil pour mener à bien quatre projets de rénovation et fourniture d’équipements: la mise en place du premier est prévue à la fin de l’année et chaque projet devrait rapporter, à terme, 10 à 15 millions d’euros.

"Nous avions beaucoup misé sur l’Iran mais à cause des sanctions américaines, nous nous sommes rabattus sur l’Irak, poursuit Daniel Deconinck. Le potentiel y est très important et les perspectives sont bonnes puisque Credendo (l’assureur-crédit public belge à l’exportation, NDLR) nous dit qu’il reverra sa position cet été à l’égard de l’Irak, ce qui permettra aux banques belges de travailler directement avec ce pays."

Credendo ne veut pas confirmer l’information. "Toute décision sur le sujet sera tributaire du prochain conseil d’administration qui se tiendra en août", nous explique-t-on. Par contre, "depuis mars 2019, nous n’avons plus de restriction territoriale en Irak pour tout ce qui concerne les transactions à court terme (inférieures de deux ans)."

©Mediafin


Un potentiel connu

Jusqu’à présent, Credendo ne couvrait pas les risques à long terme liés aux investissements belges en Irak, les entreprises devant faire appel à des intermédiaires bancaires régionaux souvent plus coûteux. Pour autant, les exportations wallonnes vers l’Irak ont atteint 4.883.631 euros au premier trimestre, selon la Banque nationale (voir graphique). Il s’agit d’une hausse de 30% par rapport à l’année dernière et un record depuis la "fastueuse" année 2016 qui s’était clôturée par un montant supérieur à 10 millions d’euros.

La Wallonie demeure loin de la Flandre, dont les exportations s’élevaient à près de 45 millions d’euros au premier trimestre.

"Le potentiel des entreprises belges est connu, mais les constructeurs irakiens estiment qu’elles ne sont pas assez actives ni présentes, explique Christophe Smitz, attaché commercial à l’Awex (l’agence wallonne à l’exportation) de retour d’une mission exploratoire de cinq jours à Bagdad. Trouver des partenaires prend du temps et ne peut se faire qu’à travers des déplacements."

Belourthe concurrence Nestlé

La demande est importante et nous jouissons d’une bonne réputation sur le marché irakien, malgré la présence de marques concurrentes comme Nestlé.
Helio Rodrigues
Export manager chez Belourthe

Ravagé par près de vingt années de guerres et de pillages, le pays a des besoins immenses en infrastructures. La période obsidionale de Daech, jusqu’à sa déroute militaire au printemps dernier, a aussi laissé de profonds stigmates sur la santé des Irakiens les plus fragiles. Belourthe, le fabriquant ardennais de céréales et de compléments alimentaires, exporte ses produits pour nourrissons depuis six ans dans le pays.

Afin de se conformer aux nécessités et normes locales, la PME wallonne a dû adapter la composition de ses produits en modifiant notamment les taux de sels minéraux. "La demande est importante et nous jouissons d’une bonne réputation sur le marché irakien, malgré la présence de marques concurrentes comme Nestlé, souligne Helio Rodrigues, export manager chez Belourthe. En 2020, nos exportations vers l’Irak atteindront probablement le million d’euros."

Contexte politique compliqué

Au coeur de la "Green Zone" de Bagdad où se situent notamment les ambassades. ©REUTERS

Au niveau politique, les conditions restent compliquées. Si l’Irak augmente ses réserves en dollars grâce aux revenus pétroliers, le pays peine à boucler son budget et à stabiliser la coexistence des trois principales communautés du pays que sont la majorité chiite, les sunnites et les Kurdes. Les ministres auraient tendance à répondre à leur parti plutôt qu’à leur Premier ministre, ce qui compliquerait la mise en place de projets et les prises de décisions.

Par ailleurs, depuis les élections en mai dernier, quatre ministres manquent toujours à l’appel: ceux de la Défense, de l'Intérieur, de la Justice et de l'Éducation. "Les Irakiens ont aussi une peur bleue qu’un conflit ouvert entre les Etats-Unis et l’Iran ne mette à mal la reconstruction de leur pays", conclut Christophe Smitz.

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