Les rues de Beyrouth s’embrasent

La double explosion de mardi dernier a laissé la capitale libanaise meurtrie. ©AFP

La catastrophe de mardi à Beyrouth a ravivé la colère des Libanais qui exigent un changement de système politique et de classe dirigeante depuis plus de dix mois.

Après la double explosion au port de Beyrouth de ce mardi soir, un autre feu se propage bien au-delà de la capitale libanaise: celui de la contestation populaire. La colère du peuple libanais est bien antérieure à cette catastrophe. Présentée comme celle "de trop", elle n’a fait que rallumer le mouvement de manifestations réclamant un changement de système politique, initié en octobre 2019.

Le peuple appelait au renouvellement de la classe politique qu’il juge corrompue et incompétente.

L’annonce, le 17 octobre 2019, d’une nouvelle taxe sur les appels effectués via les messageries internet avait d'ores et déjà déclenché une vague de révoltes, de grèves et de blocages routiers à travers tout le pays, de Beyrouth à Tripoli. Les rétropédalages et les promesses de réformes du gouvernement de Saad Hariri (Cdf) n’avaient pas suffi à apaiser les manifestants. Ces derniers exigeaient bien plus que cela: le renouvellement de la classe politique qu’ils jugent corrompue et incompétente. Le premier ministre Hariri et son gouvernement ont finalement été contraints de démissionner le 29 octobre 2019.

Après trois mois de tractations entre les différentes forces politiques, la présentation du nouveau gouvernement d’Hassan Diab, un ingénieur sunnite de 60 ans, vice-président de l’université américaine de Beyrouth, n’a pas convaincu la population. Cet ancien ministre de l’éducation (2011-2014) et ses 20 technocrates, comme le réclamait le peuple, étaient encore trop teintés politiquement. La contestation a tout de même fini par s’essouffler, tandis que les politiques restaient impuissants face à la pire crise économique qu’ait connu le pays depuis la guerre civile.

Le confessionnalisme blâmé

L’inertie de l’État libanais, durement pointée du doigt par les manifestants, est attribuée au jeu d'équilibrisme qui caractérise son système politique confessionnel. Le confessionnalisme garantit un équilibre entre les différentes communautés religieuses. Le président de la République, Michel Aoun (CPl), est dès lors chrétien, le premier ministre, Hassane Diab, est sunnite et le président du Parlement, Nabih Berri (Amal), est chiite. L’unique assemblée est quant à elle composée à part égale de membres de confession chrétienne et musulmane.

Si le confessionnalisme est ancré dans les institutions et les immobilise parfois, il régit également la vie quotidienne des libanais.

Si le confessionnalisme est ancré dans les institutions et les immobilise parfois, il régit également la vie quotidienne des libanais. Depuis la fin de la guerre civile (1975-1990), les anciens groupes militaires ont assis leur pouvoir non seulement à travers le contrôle de l’État mais aussi à travers le communautarisme. Ils défendent l'existence au sein de la société libanaise de communautés antagoniques. Le clientélisme des partis – chiite (Hezbollah, Amal), sunnite (Courant du futur d’Hariri) et chrétien (Courant patriotique libre) – rend ensuite les populations civiles encore plus dépendantes économiquement. Le Liban est ainsi divisé en régions soumises à l’influence de l’un ou de l’autre parti. Cette saturation du champs politique, cette hégémonie des partis traditionnels, constitue un rempart contre le changement.

Pendant que le monde entier s’émeut des conséquences de cette catastrophe, les Libanais la dénonce comme l’incarnation de la faillite de leur État. La gronde naît. Et pour l’éteindre, il faudra plus que des mesures d’aides internationales d’urgence. Les Libanais réclament un État fonctionnel.

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