Les Saoudiens présentent leur "Vision 2030" aux Belges

(© Ian Timberlake) ©AFP

Une délégation saoudienne est actuellement en Belgique pour y faire la promotion du vaste programme de réformes socio-économiques "Vision 2030" dévoilé en avril 2016 par le prince hériter d’Arabie saoudite Mohammed ben Salman.

"Vision 2030", c'est l'ambitieux programme qui vise notamment à libérer l’économie saoudienne de sa dépendance au pétrole à l’horizon 2030, et donc à diversifier son tissu industriel, grâce à des investissements financés par la mise en vente programmée de 5% des parts du géant pétrolier Saudi Aramco.

La Chambre de commerce arabo-belgo-luxembourgoise (ABLCC) organisait ce mardi à Bruxelles, en collaboration avec Agoria et le Conseil des chambres de commerce saoudiennes, un séminaire sur cette fameuse "Vision 2030" en présence de la délégation saoudienne qui est actuellement en Belgique.

Bassem Alsallom, directeur adjoint de l’agence saoudienne des investissements étrangers, la Sagia, en a notamment profité pour présenter les secteurs d’activités que l’Arabie saoudite souhaite développer -l’e-commerce, les loisirs, la santé et les énergies renouvelables, par exemple-, et les projets d’infrastructures (routières, ferroviaires et aéroportuaires) pour lesquels elle aura besoin de partenaires étrangers et pourquoi pas belges.

Déjà des changements?

"Il y a des choses qui sont en train de changer en Arabie saoudite, notamment la volonté de produire local, mais il faut voir comment cela se traduira sur le terrain".
Philippe Follenfant
Vice-président de la stratégie et des grands projets chez Solvay

Monique Lempereur, faisait partie des entrepreneurs belges venus assister au séminaire. Managing director chez Continental Carbon Company Europe, l’antenne européenne du fabricant américain de noir de carbone, elle fait déjà des affaires en Arabie saoudite. Continental carbon travaille en effet en partenariat avec le producteur saoudien de polyéthylène Kemya (une joint-venture entre l’Américain ExxonMobil et le Saoudien SABIC). Si Monique Lempereur est venue à la conférence de ce mardi, c’est pour "voir si Continental Carbon pourrait développer de nouvelles opportunités en Arabie saoudite dans le cadre du programme Vision 2030". Et de fait, les Saoudiens souhaitent se lancer dans la production automobile, en ce compris de composants de voitures. Or, le noir de carbone entre dans la production du caoutchouc utilisé pour fabriquer des pneus. Bref, des opportunités, il y en aura.

A voir quand les choses bougeront réellement sur le marché saoudien pour faciliter l’implication d’entreprises étrangères dans la mise en œuvre du plan Vison 2030. Car, pour Monique Lempereur, "il n’y a pas encore grand-chose qui a changé d’un point de vue industriel".

Chez Solvay, qui fournit déjà des produits chimiques à l’industrie pétrolière et gazière saoudienne, on attend également de voir comment la Vision 2030 se traduira dans les faits. Philippe Follenfant, vice-président de la stratégie et des grands projets chez Solvay, ne le cache pas: "il y a des choses qui sont en train de changer en Arabie saoudite, notamment la volonté de produire local, mais il faut voir comment cela se traduira sur le terrain".

Installer des capacités de productions en Arabie saoudite reste par exemple compliqué. Les Saoudiens affirment avoir réduit les délais d’enregistrement de sociétés en Arabie saoudite. Mais la réalité n’est pas si simple. "Une fois que le dossier est prêt, on obtient assez vite l’enregistrement, c’est vrai. Mais le problème, c’est le temps qu’il faut pour obtenir tous les documents nécessaires, des documents qu’il faut traduire", explique Philippe Follenfant. Obtenir un visa pour l’Arabie saoudite, ça prend également du temps, ce qui oblige les sociétés étrangères à trouver des parades. "On organise des réunions à Bahrein, c’est bien plus simple. Là-bas, on vous tamponne un visa à votre arrivée à l’aéroport ", reconnaît Philippe Follenfant. Puis, il y a l’adossement à un partenaire saoudien qui reste fortement recommandé pour qui veut s’établir en Arabie saoudite et qui peut représenter un frein pour les investisseurs étrangers.

Les femmes plus présentes

Ce qui semble par contre avoir effectivement changé, c’est la place des femmes dans le monde du travail. "Lorsque je participe à des réunions chez Aramco, je vois beaucoup de femmes", constate Philippe Follenfant pour qui c’est aussi à nous de nous adapter et de battre en brèche les clichés. "Quand on participe à des missions en Arabie saoudite, on se demande toujours si l’on doit envoyer des femmes. Or, toutes nos collaboratrices reviennent positivement surprises de leurs voyages en Arabie saoudite. Toutes nous disent avoir été traitées avec beaucoup de courtoisie".

Un sentiment partagé par Monique Lempereur pour qui, en tant que femme, "ce n’est pas plus difficile de faire des affaires avec des Saoudiens qu’avec d’autres nationalités, à condition de respecter certaines coutumes de base". "Puis, ça peut ouvrir les esprits en Arabie saoudite de voir qu’une femme peut être managing director d’une société active dans un secteur très masculin", ajoute-t-elle en souriant.

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