Moscou tente d'imposer sa paix en Libye

Le Premier ministre libyen Fayez al-Sarraj et le général libyen Khalifa Haftar ©AFP

Les deux chefs des gouvernements se disputant la Libye seraient proches d’un accord après des négociations indirectes, lundi à Moscou. La Russie et la Turquie sont parvenues à un cessez-le-feu, damant le pion à l’Europe dans une région stratégique.

Les chefs de guerre libyens Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar sont proches d’un accord pour mettre fin à neuf mois de guerre civile déchirant leur pays. Des négociations indirectes se sont tenues lundi à Moscou durant près de huit heures entre les deux belligérants, sous le parrainage de la Turquie et de la Russie.

À l’heure de mettre sous presse, un projet d’accord était sur la table, signé par Fayez al-Sarraj, alors que Khalifa Hafter se donnait la nuit pour réfléchir.

"Un certain progrès a été obtenu."
Sergeï Lavrov
Ministre russe des Affaires étrangères

"Un certain progrès a été obtenu", a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, lors d’une conférence de presse à l’issue des négociations. "Nous espérons que la décision (de Khalifa Haftar, NDLR) sera positive", a-t-il ajouté.

À Tripoli, la capitale, le calme règne après plusieurs semaines de combats. Le cessez-le-feu entamé dimanche, initié par Moscou et Ankara, est respecté dans la plupart du pays, avec quelques combats épars.

Les mercenaires russes déterminants

Fin décembre, la Turquie a commencé à déployer des militaires en Libye pour soutenir Fayez al-Sarraj, le chef du gouvernement d’union nationale libyen (GNA). La situation des troupes libyennes régulières devenait difficile face à celles du maréchal Haftar, soutenues par l’Egypte, la Jordanie, les Emirats et surtout Moscou. Des milices pro-turques auraient aussi quitté la Syrie pour soutenir al-Sarraj.

Khalifa Haftar, maître de l’est de la Libye, avait réalisé une percée jusqu’à Tripoli grâce au soutien de mercenaires russes du groupe privé Wagner, proche du Kremlin. De 200 à 300 combattants d’élite russes, débarqués en Libye, ont réussi à déstabiliser les défenses du GNA.

La Russie et la Turquie sont ensuite parvenues à imposer aux deux hommes de négocier un cessez-le-feu. En arrivant à Moscou, Fayez al-Sarraj a toutefois refusé de rencontrer directement son ennemi.

Des concessions difficiles

L’accord, s’il est signé par les deux parties, servira de base à la conférence de paix qui se déroulera plus tard en janvier, à Berlin, sous l’égide de l’ONU.

Le maréchal Haftar a accepté lors de ces négociations de mettre fin à son offensive sur Tripoli, alors qu’il semblait avoir la main. Une concession difficile. En échange, Fayez al-Sarraj a accepté que le maréchal Haftar reste à Tripoli.

L’accord, s’il est signé par les deux parties, servira de base à la conférence de paix qui se déroulera plus tard en janvier, à Berlin, sous l’égide de l’ONU. La communauté internationale revendique un rôle dans le processus de paix. Mais l’essentiel du travail a été réalisé par la Russie et la Turquie, qui ont damé le pion à l’Europe.

L’Europe hors jeu

L’UE est divisée, entre la France qui soutient le maréchal Haftar et l’Italie, fidèle au GNA. La diplomatique européenne ne dispose d’aucun moyen de pression, malgré la bonne volonté du président du Conseil Charles Michel. L’intervention militaire turque et les pressions "discrètes" des mercenaires russes auront suffi à faire pencher la balance de leur côté.

L’enjeu est le contrôle d’une zone pétrolière dont la production est actuellement perturbée par la guerre civile. La région est aussi un important couloir migratoire qui déstabilise l’Italie. Comme pour la Syrie, Ankara et Moscou ont trouvé un terrain d’entente là où, pourtant, leurs intérêts économiques et géopolitiques divergent. La Turquie a signé avec le GNA un accord qui lui permet d’accéder à une zone maritime riche en hydrocarbures, provoquant la colère d’Athènes.

Une guerre civile a éclaté en Libye en 2011, après la révolte populaire du Printemps arabe et la mort du colonel Mouammar Kadhafi. Deux gouvernements, l’un à l’ouest, le GNA, basé à Tripoli, et l’autre à l’est, à Tobrouk, se disputent depuis lors un pays soumis au chaos et déstabilisés par des groupes terroristes.

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