Philippe Goffin: "Un drame humanitaire se joue à Idlib"

Le ministre belge des Affaires étrangères Philippe Goffin et 13 de ses homologues appellent la Syrie et la Russie à respecter le cessez-le-feu à Idlib. ©AFP

Le ministre belge des Affaires étrangères et de la Défense Philippe Goffin et 13 homologues européens dénoncent "une situation humanitaire dramatique" à Idlib (nord de la Syrie). Ils demandent à la Syrie et la Russie de respecter le cessez-le-feu.

Les ministres des Affaires étrangères de 14 pays européens, dont la Belgique, exigent que la Syrie et leur allié russe cessent leur offensive sur la province d'Idlib, dans le nord de la Syrie, et respectent le cessez-le-feu convenu en 2018.

Les Européens dénoncent les frappes aériennes menées par l'aviation russe contre des civils. "Au mépris du droit international humanitaire, les frappes visent délibérément des hôpitaux et des centres de santé, dont soixante-dix-neuf ont dû cesser de fonctionner, des écoles et des abris", dénoncent les ministres européens dans une tribune diffusée ce mercredi dans plusieurs journaux européens, dont L'Echo et De Tijd.

Un Syrien porte le corps d'un bébé après le bombardement des forces pro-syriennes dans la région d'Idlib. ©AFP

Selon le Haut Commissaire aux droits de l’homme, 298 civils ont trouvé la mort à Idlib depuis le début de l'année. "Les frappes aériennes incessantes et le largage de barils d’explosifs ont jeté sur les routes près d’un million de Syriens en quelques semaines", regrettent les ministres européens.

La Belgique en première ligne 

Philippe Goffin (MR), le ministre belge des Affaires étrangères et de la Défense, est un des signataires de la tribune. La Belgique a fait de la crise humanitaire à Idlib une priorité au Conseil de sécurité des Nations unies, l'organe de maintien de la paix dans le monde, dont elle occupe la présidence en février.

"Un drame humanitaire se joue à Idlib, et la crise s'amplifie", dénonce le ministre Goffin, "la Belgique est en pointe sur ce dossier, dans lequel nous réclamons le maintient des couloirs humanitaires pour acheminer l'aide en Syrie".

"La réduction des couloirs humanitaires a des conséquences très graves. C'est une crise humanitaire de masse."
Philippe Goffin
Ministre belge des Affaires étrangères et de la Défense

La situation à Idlib est à l'agenda du Conseil de sécurité de l'ONU, ce jeudi à New York. "Lors de cette réunion, présidée par le ministre de la Coopération Alexandre de Croo (Open VLD), le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres présentera son rapport sur la Syrie, dont la Belgique est cosignataire", dit Philippe Goffin. 

L'objectif du secrétaire général et de la Belgique est d'obtenir la réouverture des couloirs humanitaires pour acheminer de l'aide aux civils d'Idlib. Ces couloirs, au nombre de quatre, ont été réduits à deux en janvier. 

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La Belgique souhaite la relance de nouvelles négociations en faveur d'une résolution de l'ONU afin de faire entrer l'aide humanitaire sans demander l'autorisation du gouvernement syrien. Mais la Russie exige que toute aide soit autorisée par Damas.  

"La réduction des couloirs humanitaires a des conséquences très graves", poursuit Philippe Goffin, "le but est d'entamer des négociations. Il est aussi d'enclencher un processus qui remette en place en Syrie un État digne de ce nom". 

Blocage de la Russie 

"Ce qui m'a le plus marqué en visitant des familles de réfugiés syriens, c'est le regard des enfants totalement apeurés. Terrorisés."
Philippe Goffin
Ministre belge des Affaires étrangères et de la Défense

La Belgique s'attend à une forte résistance de la Russie, qui détient un droit de veto au Conseil de sécurité. "Clairement le blocage vient de la Russie", regrette le ministre belge, "nous voulons essayer de les convaincre avec une démarche diplomatique". 

Philippe Goffin se dit affecté par la situation des civils. "Je me suis rendu dans un camp de réfugiés syriens, en Jordanie, et je n'en suis pas sorti indemne. Nous sommes peut-être à l'aube d'une nouvelle crise migratoire", raconte-t-il, "ce qui m'a le plus marqué en visitant des familles, c'est le regard des enfants totalement apeurés. Terrorisés".

Le régime syrien persiste dans une stratégie de reconquête militaire du pays à n’importe quel prix, quelles qu’en soient les conséquences pour les civils syriens. Depuis le mois de décembre, ses opérations dans le nord-ouest du pays s’intensifient, avec l’appui de l’aviation russe.

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