analyse

Pourquoi l'Iran suspend certains de ses engagements sur le nucléaire

Le président Hasan Rouhani visitant la centrale nucléaire de Busher, en janvier 2015. Mohammad Berno. ©AP

L’Iran a donné mercredi 60 jours aux Européens, Russes et Chinois pour mettre en œuvre leurs promesses de protéger Téhéran contre les sanctions de Washington.

La tension entre Téhéran et la communauté internationale est brusquement remontée depuis que Washington a annoncé, le 22 avril dernier, la fin des dérogations qui permettaient encore à 8 pays (Chine, Inde, Turquie, Japon, Corée du Sud, Taïwan, Italie et Grèce) d’acheter du brut iranien.

Trump impose de nouvelles sanctions contre l'Iran

Par ailleurs, Donald Trump a imposé ce mercredi de nouvelles sanctions contre "les secteurs iraniens du fer, de l'acier, de l'aluminium et du cuivre" pour renforcer la pression sur le régime de Téhéran, et a menacé de prendre de nouvelles mesures si l'Iran ne "change pas radicalement d'attitude".

Un an après son retrait du texte international de 2015 sur le nucléaire iranien, le président des Etats-Unis a toutefois réaffirmé dans un communiqué son espoir de "rencontrer un jour les dirigeants de l'Iran pour négocier un accord".

La situation avait commencé à se dégrader avec le retrait unilatéral, il y a un an, des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015 entre Téhéran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne. Cet accord avait permis la levée d’une partie des sanctions contre Téhéran en échange de l’engagement iranien de ne pas se doter de l’arme nucléaire.

Le 8 mai 2018 cependant, Donald Trump annonçait le retrait des Etats-Unis de l’accord nucléaire et le rétablissement des sanctions. Celles-ci sont entrées en vigueur le 5 novembre 2018 contre les secteurs pétrolier et financier iraniens.

Washington a poursuivi l’escalade en inscrivant, début avril 2019, les gardiens de la révolution – princiaple force militaire – sur une liste noire d’organisations terroristes.

En réponse à ce qu’il considère comme des provocations américaines, l’Iran a suspendu une partie de ses engagements en donnant 60 jours aux autres signataires (Européens, Russes et Chinois).

Retour à la case départ

Le président iranien Hassan Rohani a toutefois précisé que Téhéran ne souhaitait pas l’échec de l’accord de 2015. "Si les cinq pays s’assoient à la table des négociations et que nous concluons un accord, s’ils peuvent protéger nos intérêts dans les secteurs bancaire et pétrolier, nous reviendrons à la case départ", a-t-il fait savoir dans un discours télévisé.

Les mesures annoncées par Téhéran ne semblent pas contrevenir jusqu’ici aux dispositions prévues par l’accord de Vienne, que l’Iran continue de respecter selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), mais pourraient remettre en cause l’accord si elles étaient renforcées à terme.

"On a peut-être affaire à une bombe à retardement."
Un diplomate européen

Hassan Rohani a en effet annoncé que la République islamique cesserait désormais de vendre son uranium enrichi et son eau lourde à l’étranger. Cette mesure, prévue par l’accord de 2015 pour plafonner les stocks de ces matériaux en Iran, n’est plus applicable depuis que Washington a annoncé la semaine dernière qu’il annulait une dérogation permettant cette vente.

"Pour le moment, rien ne change mais on a peut-être affaire à une bombe à retardement", a prévenu un diplomate européen auprès de l’agence Reuters.

À Jérusalem, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a réaffirmé la position affichée de longue date par Israël, à savoir que l’État hébreu "ne laissera pas l’Iran" se doter de l’arme nucléaire. Netanyahu est un des plus ardents pourfendeurs de l’accord de Vienne. La destruction d’Israël a toujours fait partie de la rhétorique du régime iranien, et Israël se voit comme la cible désignée d’un Iran qui serait éventuellement doté de la bombe atomique et des activités balistiques iraniennes. Téhéran, de son côté, assure que ses activités nucléaires sont purement civiles.

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