analyse

Poutine et Erdogan redessinent la Syrie

Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan. ©Hollandse Hoogte / EPA

L’accord conclu entre Poutine et Erdogan à Sotchi prévoit le retrait des forces kurdes de la zone de sécurité de 30 km.

Le président russe Vladimir Poutine a réussi un coup de maître en imposant à la Turquie un contrôle conjoint de la zone de sécurité au nord de la Syrie, que le président Erdogan voulait envahir.

La manœuvre étend l’influence de la Russie sur le Moyen-Orient et ses ressources pétrolières, au détriment des Etats-Unis. Elle rétablit le pouvoir de Bachar al-Assad sur le territoire syrien et consolide l’assise du président Erdogan, dont l’image internationale a été mise à mal par son agression armée en Syrie.

L’UE, pieds et poings liés par son accord sur les réfugiés, a regardé sans bouger.

Un coup à trois bandes auquel l’UE, pieds et poings liés par son accord sur les réfugiés avec la Turquie, a assisté sans bouger.

L’opération a été rendue possible par le retrait soudain des troupes américaines de la région. Cette décision, prise par le président des Etats-Unis Donald Trump à la grande surprise de ses alliés de l’Otan, a permis à Moscou de s’engouffrer dans la brèche. Mercredi, l’armée russe déboulait vers la frontière turcosyrienne, en lieu et place des GI, pour "aider à l’évacuation des forces kurdes".

Les Kurdes et l’Otan perdants

L’accord conclu mardi soir entre Poutine et Erdogan à Sotchi prévoit le retrait des forces kurdes de la zone de sécurité de 30 km. La Turquie a l’intention d’y reloger les 3,6 millions de réfugiés syriens qu’elle a accueillis lors du conflit.

Les Kurdes, pris en étau entre la Turquie et la Syrie, sont les grands perdants de l’opération.

Les Kurdes, pris en étau entre la Turquie et la Syrie, sont les grands perdants de l’opération. Alors qu’ils ont sacrifié plus de 11.000 hommes dans la lutte contre le groupe État islamique, ils perdent la totalité des terres qu’ils avaient réussi à occuper, près d’un tiers du territoire syrien.

Pour eux, le retour dans le giron de Damas vaut mieux que de se faire massacrer par l’armée turque. Les forces kurdes de l’YPG, considérées par Ankara comme des terroristes, seront incorporées dans l’armée syrienne. C’est la fin du rêve d’autonomie kurde dans la région, pour une longue période au moins.

L’Otan, déstabilisée sur son flanc sud, est l’autre perdant. L’Alliance atlantique va débattre de la question lors d’une réunion des ministres ce jeudi à Bruxelles. Donald Trump, lui, saluait mercredi l’accord entre la Russie et la Turquie.

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